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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 17:21


Notons, juste en passant, mais ceci démontre à lui seul la dimension spirituelle de la nation, … et son impossible définition, qu’en tenant compte d’une approche par les treize difficultés énoncées ci-dessus, et en ne retenant que deux éléments définiteurs tant pour l’identité que pour la nation, on arrive, dès que l’on hiérarchise les idées et oppositions, à un nombre de combinaisons possibles, donc de conceptions possibles avoisinant les … 64,5 x 1036 ! Il est donc humainement impossible de donner une définition unique à l’identité nationale, et ce encore plus dans le cadre d’un débat ouvert ! Il fallait donc préparer clairement le terrain du débat, ce qui ne fut jamais fait ! Par ailleurs, pour en revenir au mot spirituel utilisé plus haut, gardons à l’esprit que selon certains scientifiques la dimension maximale de l’Univers serait de l’ordre de 1027, ce qui tendrait à prouver, ne serait-ce que par intuition, que la nation dépasse très largement la réalité matérielle, cette nature spirituelle expliquant peut-être pourquoi, de par sa transcendance induite, les constitutionalistes l’ont peu à peu posée comme substitut à Dieu pour fonder le droit naturel, et ce bien plus que la Raison. Notons que selon le Père Garrigues, la nation est le moyen secondaire et indirect du gouvernement de Dieu sur le monde ; servant à gérer le provisoire, elle n’est donc pas destinée à la vie éternelle (Olivier Chaline, « Les nations et le salut du monde », in : Communio, n° XIX, 2, n° 112, mars-avril 1994, page 6). Par contre, elle se situe bien dans une métaphysique, ne serait-ce que dans celle des deux Cités augustiniennes ! D’ailleurs, Camille Desmoulins ne disait-il pas que la volonté d’une nation est la foi. C’est à elle seule qu’il sied de dire : car tel est notre plaisir (Camille Desmoulins, La France libre) ? La volonté de la nation serait une foi en elle-même… 

 

L’approche de l’idée de nation, de celle d’identité, et enfin celle d’identité nationale ne serait-elle donc qu’ontologique c’est-à-dire une analyse dans le cadre de l’être en tant qu’être. Nous sommes dès lors en pleine métaphysique, bref, dans la région de l’être, ces diverses propriétés et causes supposant une réalité essentielle et permanente, un principe d’activité et un sujet d’inhérence des qualités. C’est la région de l’être, de ce qui est en soi essentiellement et non accidentellement ou causalement. Il y aurait ainsi une science de l’être-nation par rapport au paraître-nation, de l’inconditionnel-nation par rapport à ce qui est conditionné et dépendant de et dans la nation. Et ce d’autant plus que la Constitution pose la nation à la fois comme être, comme étant, et comme être absolu, d’autant plus que la nation a peu à peu abouti à la négation de Dieu, ou plus exactement à sa négation comme référence. Dans le cadre d’une approche née des Lumières qui théoriquement le transcende, l’homme est grandi par la négation de toute référence autre que la référence à lui-même, ce qui a imposé l’introduction d’un substitut à Dieu, à l’Etre Suprême, à l’humanité-monde, bref, l’idée de nation !

 

D’ailleurs, même les législateurs de 1789 se sont sentis obligés de faire la Déclaration du 26 août en présence et sous les auspices de l’Etre Suprême, entité transcendante ! Mais les fondateurs des Nations unies ont pour leur part fait appel à un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations, l’objet se substituant ici à l’être… Ces deux formules sont claires… Le législateur de 1789 restait dans le cadre d’une idéologie européenne, même des Lumières, dans son option religieuse, ce qui impliquait et engendrait l’obligatoire référence à un Etre Suprême, à un Etre absolu posé au firmament de l’histoire humaine, la déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen se voulant universelle, au contraire de leurs équivalentes étasuniennes… Comme l’écrivait en 1970 Jacques Godechot, il y a une grosse différence entre les textes américains et le texte français [des déclarations des Droits de l’homme]. Les premiers (…) proclament les droits du citoyen de la Virginie ou du Massachussetts. La déclaration française, au contraire, se veut universelle (J. Godechot, Les Constitutions de la France depuis 1789, Garnier-Flammarion, Paris, 1970).

 

C’est le fruit de la tradition européenne – à la fois foi et raison –, de la philosophie théiste, l’œuvre des rédacteurs de théodicée qui, malgré tout, même matérialistes, ressentaient le besoin d’une transcendance vraie ! Les déclarants de 1948 se fondèrent et fondirent eux totalement dans une idéologie séculière rêvée, celle de l’idéal à atteindre. Ceci explique peut-être pourquoi l’ONU connaît tant de difficultés, l’homme idéalisé étant la seule mesure de l’homme réel… Nous reviendrons sur les deux dimensions posées ci-dessus…qui d’ailleurs à elles seules permettent de comprendre le rôle original que peut jouer la France au sein de l’ONU, si elle le veut bien, si elle veut bien ne pas se dissoudre, mais aussi les tiraillements qui ont toujours existé entre la France et cette organisation internationale qui se veut elle-même et par elle-même première !

 

Ceci oblige dans tous les cas, puisque nous sommes dans une métaphysique, républicaine certes, mais dans une métaphysique, à analyser la nation, fondatrice au sein de l’idée républicaine et du concept d’identité nationale au travers des idées d’acte, de puissance, d’être en lui-même, de substance, d’accident, d’essence et d’existence… En effet, la métaphysique reste fondée sur l’idée qu’au-delà du mouvement et de la quantité l’intelligence saisit en chaque res ce qui fait que chaque réalité a une existence indépendante de la matière et du mouvement, bref une substance, en chaque es une essence... Or, nation est à la fois res, juridiquement parlant, et es, idéologiquement – au sens non politique – parlant !

 

Dans tous les cas, il a donc été absurde de poser l’identité nationale comme norme juridique, dans une norme juridique comme l’ont fait les rédacteurs du Traité sur l’Union européenne, ou alors il fallait fonder l’Union sous les auspices de la … civilisation ou de la nation européenne, ce que voulait instinctivement Valéry Giscard d’Estaing avec sa référence au Christianisme et à l’humanisme grec dans la première mouture du projet de Constitution pour l’Union européenne, ce que soutenait Jean-Paul II ! A défaut, on est dans le simple vide de la technicité mécaniste…

 

Revenons un instant sur la nation comme es…, car la nation est un être de raison du fait qu’il ne lui appartient d’exister  que de par notre esprit seul…

 

Un être de raison est un être qui n’existe et ne peut exister en dehors de l’esprit de l’individu ou de la société où il se trouve comme objet ou comme concept objectif. Nous sommes avec la nation en présence d’un être de raison positif en ce sens qu’il fonde des relations, par exemple de prédicat, de la notion d’universel par rapport à ses « inférieurs » relatifs. L’être de raison est donc avant tout un être logique formant un mode particulier de connaissance de notre esprit, permettant de le dépasser. Nous sommes donc en présence d’une idée-être de nature spirituel mais liée à la stricte raison. Nouveau paradoxe de la nation…

 

Tous les êtres, existants ou possibles, ont ceci de commun d’être quelque chose à quoi il appartient d’exister d’une façon quelconque : id cui competit esses, id cujus actus est esse. Ce sont là les seules définitions que l’on puisse en fait donner de la notion d’être, puisqu’il s’agit de la notion la plus simple de toutes, et qui ne comprend ni genre, ni différence spécifique ; c’est aussi ce qui fait toute la difficulté de la définition de l’être. Or, la nation est un être de raison, tout en étant une idée… Se pose donc un nouveau problème, car, a contrario d’une idée, un être (… ce qu’est aussi la nation comme source, en faisant ainsi un être un soi, et comme sujet de droit, en faisant ainsi un être en un sujet, ici le droit), fut-il spirituel, fut-il imaginaire est essentiellement multiple. Et ce caractère multiple de la nation est une évidence ! Il y a de multiples façons d’être un être, ces façons étant caractérisées soit par l’absence de toute puissance passive (on parle alors d’acte pur), soit par le mélange plus ou moins complexe de puissance qui vient limiter le degré de cet acte essentiel qu’est l’existence. Mais la nation, si elle est être, peut-elle agir directement ? Ceci lui est impossible car, comme le dit d’ailleurs la Constitution, elle a besoin d’un medium pour agir, ce medium étant le peuple, qui pour lui permettre de s’exprimer lui est inséparable. Mais les textes constitutionnels posent alors problème puisque si la déclaration de 1789 énonce en son article 3 que le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation, la Constitution de 1958 nous apprend au premier paragraphe de son article 3 que La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

 

On pourrait néanmoins, déjà dire que si l’Etat n’est pas consubstantiel à la nation, le peuple lui l’est ! Or, la consubstantialité est-elle possible entre deux actants, d’ailleurs posés à des degrés différents, mais chacun premier par les deux textes de base de nos institutions ? sans consubstantialité, les deux peuvent-ils être à la fois, comme posé dans les textes constitutionnels en vigueur, les deux cause première ? Nous y reviendrons… Notons cependant que les Législateurs de 1789 avaient résolu le problème en plaçant leur texte sous l’auspice de l’Etre Suprême qui était alors cause première, nation et peuple devenant alors deux causes secondes efficientes…De ce fait, la notion d’être, pas plus d’ailleurs que celle de non-être, qui se distingue ici de néant puisqu’acte en potentiel, n’est donc pas une notion simplement et pleinement univoque.

 

Notons que même si elle est indéfinissable a priori, la nation est ! Elle impose donc une ontologie et une théologie. Elle est d’une certaine manière la religion de la cité terrestre, plus encore le substitut de Dieu pour le royaume de ce monde ; mais, à ce titre, elle offre le danger des guerres de religion. Les guerres des nations sont plus meurtrières que les guerres anciennes, comme le furent les guerres de religion, car c’est une foi qui est en jeu ; on est passé de guerres de famille et patrimoniale (économes en hommes du fait de l’idée de sujet et de patrimonialité) à des guerres de religion opposant deux fois nationales (cf. Première guerre mondiale…). Plus que la technique, c’est la nation qui a déshumanisé la guerre. Là, la critique de la nation est totalement admissible !

 

Etant d’une certaine manière la religion de la cité terrestre, et c’est comme cela que la percevront les idéologues marxistes, les radicaux anticléricaux et les positivistes, dont Maurras (Il suffit de réfléchir sur sa théorie de l’historicisme… Mais sans aller aussi loin, force nous est faite de constater que l’enseignement de Charles Maurras et de son école est en fait une application stricte du positivisme d’Auguste Comte à la politique ; puisque l’on peut rien savoir sur l’au-delà, les religions ne sont que des moyens qu’on fera servir l’ordre social. Il y a ici une stricte transposition à la politique du positivisme comme doctrine qui par un habile et inconscient transfert porte au compte de la certitude scientifique l’ancienne incertitude des sceptiques sur la valeur de la raison. C’est cela et non son monarchisme qui fonda son excommunication et l’interdit, toujours valable d’ailleurs, de certains de ses écrits…)... Et c’est ainsi qu’à partir de 1880 environ, bref de la prise des pouvoirs par les tenants et penseurs du socialisme marxiste et/ou anarchiste, tout semble avoir été conçu par les laïcistes – la laïcité n’ayant rien à voir avec le laïcisme – pour que la République laïque socialiste se substitue à la Foi catholique, l’objet de la politique des Lumières, du marxisme et d’un certain radicalisme uniquement socialiste étant non pas de fonder la République mais de détruire le Catholicisme, d’où la nécessaire mise en place, le spirituel étant malgré tout indépassable, d’une sotériologie de la nation, bref d’une doctrine du salut par la rédemption, d’où la nécessité des guerres de nations, mais aussi de la théorie du bienfait des crises, ce qui est totalement négatif ; c’est Jacques Rueff exposant dans la première moitié du XXème siècle que l’on ne briserait les archaïsmes des technocraties et des droites et des gauches inertes qu'en insistant sur le bienfait des crises, voire même qu’en les créant, mais des crises jugulées et conduisant au consensus de la concertation et du dialogue… Toujours est-il que dans le cadre de cette sotériologie de substitution de la nation à la religion catholique on pourrait poser les parallèles suivants :

 

Dieu = Etre Suprême, Déesse Raison

Trinité = Nation, Peuple, Raison (ou Liberté ou Loi)

Vertus théologales = Liberté, Egalité, Fraternité

Foi = Théisme, Matérialisme

Pape = Président de la République

Infaillibilité pontificale = élection du Président au suffrage universel

Infaillibilité de l’Eglise = absence de contrôle constitutionnel des actes de l’exécutif

Concile = Congrès

Cardinaux = Ministres

Archevêques = Préfets

Evêques = Parlementaires

Prêtres = Instituteurs

Religieux = Grand Orient de France

Abraham = Vercingétorix à Alésia

Moïse = Clovis et son baptême (!!!)

Salomon = Saint (!!!) Louis sous son chêne

David = Napoléon Bonaparte

Très Sainte Vierge Marie = Déesse Raison, puis Sainte (!!!) Jeanne d’Arc

Saints = Duguesclin, Saint (!!!) Vincent de Paul, Barat, Marceau, Lannes, Pasteur, Hugo, etc…

L’Inquisition = Procureurs et procédure pénale (celle-ci étant d’ailleurs … inquisitoire)

Ancien Testament = Taine, Michelet

Nouveau Testament = Aulard

Décalogue = Déclaration de 1789

Baptême = Certificat d’études, le baptême républicain n’ayant pas connu de réel succès

Confirmation = Admission au conseil de révision

Mariage religieux = Mariage civil

Eucharistie = Banquets républicains

Pénitence = Dégradation civile ou militaire

Ordre = Célibat des institutrices + Légion d’Honneur

Sacrement des malades = Assurance maladie

Pratique de la charité = Sécurité sociale

Vision de l’espérance = Les lendemains qui chantent

Exercice de la foi = Morale laïque

Pouvoir des clés = Divorce

Code de droit canonique = Constitution + Codes civil et pénal

Exégèse réservée aux théologiens = refus du mandat impératif

Calendrier grégorien = Calendrier révolutionnaire

Catéchisme = Manuel d’instruction civique, Catéchisme positiviste

Dimanche = décadi

Guerre juste = guerre révolutionnaire, guerre du droit

 

La nation, comme l’Eglise, a besoin de saints ; c’est le paradoxe de Jeanne d’Arc ! La nation a besoin de miracles ; c’est la mise en exergue des événements finalement anodins que furent la prise de la Bastille ou encore Valmy… La nation est posée ici comme une mystique républicaine, république étant prise ici au sens pur primitif d’aristocratie, de monarchie tempérée, de politie ou de démocratie, s’opposant à l’absolutisme, et, dès lors que l’absolutisme impose l’idée de nation, celle-ci se résume à la personne du chef qui l’incarne ou du Coran dans sa vision unitariste… Pour s’imposer, la nation, au sens non pur, a eu besoin de développer ses prophètes, de développer en parallèle une histoire factuelle et une mystique ; ce fut le rôle des Michelet, Taine, etc… La nation a besoin d’un ensemble de règles l’organisant, comme l’Eglise a eu besoin de développer un droit canonique ; ce seront la Constitution, le Code civil et le Code pénal, dont les rubriques sont d’ailleurs très parallèles à celles du droit canonique catholique !

 

Néanmoins, il est fort possible de faire exister le concept de nation avec un autre schéma idéologique, voire même avec un schéma idéologiquement neutre. En effet, il ne faut pas oublié que nous avons changé de paradigme en 1789. Mais il faut alors se dépouiller des oripeaux du marxisme et du matérialisme pur, admettre une certaine transcendance… Reste ici que la culture est inséparable de la nation comme le démontre le passage au XIXème d’une culture chrétienne ou des Lumières à une culture nationale. Nation et culture sont inséparables, ce qui fait que nation et civilisation sont elles aussi inséparables, la civilisation étant l’ensemble des connaissances, des croyances, des institutions, des mœurs, des arts et des techniques d'une société (Dictionnaire de l’Académie Française, 9ème édition) ; civilisation ne doit en aucun cas être pris au sens que lui donnent Freud et Marcuse, c'est-à-dire comme synonyme totalement interchangeable de culture (notons que lors de l’inauguration de la nouvelle galerie des arts islamiques du Musée du Louvre le 17 septembre 2012, le Président François Hollande a lié les mots culture et civilisation, hiérarchisant même les diverses civilisations islamiques, trouvant les anciennes supérieures à certaines contemporaines ! Il est vrai qu’il avait aussi parlé d’élan national, de patrie, dans son intervention sur TF1, le 9 du même mois… A-t-il oublié ses propos d’avant élection ?) ; mais ce caractère d’inséparabilité ne fait-il pas qu’il y a, en résonnance au romantisme, perspective d’un nouveau choc à venir entre les termes de nation et de civilisation ? ... La définition donnée par l’Académie Française, si elle est éventuellement valable en psychanalyse, est inexacte en science politique  – celle-ci considérant la culture comme une composante de la civilisation –, et même en anthropologie – cette dernière considérant la civilisation comme sous-concept de celui de culture –... Il est vrai que ce sens pourtant premier du mot n’est ni marxiste, ni marxien, ni anthropologique, ni évolutionniste, ni gauchiste, ni raciste ou ni voltairien... A ce propos, Lorsque Claude Guéant invoqua le 7 février 2012 la civilisation à l’Assemblée, totalement d'accord avec lui..., sauf que « civilisation » n’est pas synonyme de « régime politique », étant à la fois plus et à la fois moins… De plus, il s'étonne de la réaction ? Il n'avait qu'à pas baisser culotte avec l'UMP sur le débat relatif à l'identité nationale, alors même que l'article 4 § 2 du TUE imposait qu'on la définisse (mais on ne l'a pas dit)…D'ailleurs, en posant la civilisation européenne (laquelle au fait ?) comme des ténèbres, comme négative, certains à gauche, comme Madame Taubira, ne créent-ils pas eux-mêmes une hiérarchie des civilisations (hiérarchie que posait d'ailleurs Marx lui-même avec son idée d'évolution historique et sa théorie de la succession des modes de production) ? Il y a donc contradiction interne se surajoutant à une culture (fait certes général dans le monde politique à de rares exceptions près) assez faible sur le plan conceptuel... Les propos tenus en réponse par un parlementaire ont été outranciers, voire clairement insultants (« invasion », « ténèbres », comparaison avec le « nazisme », allusion aux « sociétés européennes comme uniquement négatives », etc...)... Avait-il oublié la propre doctrine du Parti Socialiste ? Aurait-il condamné François Hollande hiérarchisant les civlisation islamiques ? Mieux, comme Hitler parlait de civilisation nazie, met-il cette dernière à égalité avec la nôtre ? Je m’y refuse… Ultime question... Puisque la civilisation européenne et occidentale est mauvaise, pourquoi ce Parlementaire a-t-il ressenti la nécessité de passer un Doctorat à la Sorbonne, phare de la culture et de la civilisation "occidentale" ? Notons en passant que selon Jean-Claude Carrière, défendant Charlie Hebdo et ses outrageantes caricatures, il y a supériorité des civilisations reconnaissant les valeurs universelles et des droits de l’homme, et ce sur France Info le 19 septembre 2012.

 

Pourtant, comme l’écrivait Aristote, l’homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être surhumain (Aristote, Politique, I, 2, 9).  Pourtant, comme l’écrivait Bakounine, l’homme ne crée pas la société, il y naît… En fait, les adulateurs de la nation de la IIIème République avaient oublié que les deux cités peuvent coexister comme le démontra Saint Augustin, … trop souvent mal lu…

 

En effet, selon saint Augustin, comme il y a deux amours, il y a deux cités, l'amour engendrant spontanément une société dont il est le lien, et tous les groupements humains se réduisent à ces deux cités, qui peuvent donc être plurielles, cités dont les caractères sont opposés :

« Ainsi, il existe deux amours ; l'un saint, l'autre impur ; l'un de charité, l'autre d'égoïsme ; l'un concours à l'utilité commune, en vue de la société céleste, l'autre fait plier l'intérêt général sous sa puissance particulière, en vue d'exercer une orgueilleuse tyrannie ; l'un est calme et paisible, l'autre bruyant et séditieux. Le premier préfère la vérité à une fausse louange ;  le second aime la louange,  quelle qu'elle soit ; le premier, plein de sympathie, désire à son prochain ce qu'il souhaite pour lui-même ; le second, plein de jalousie, ne veut que se soumettre son prochain ; enfin, l'un gouverne le prochain pour le prochain, l'autre, pour soi. Ces deux amours ont d'abord paru chez les anges, l'un chez les bons, l'autre chez les mauvais : de là deux cités fondées parmi les hommes, sous le gouvernement merveilleux et ineffable de la Providence qui ordonne et régit la création universelle, la cité des injustes et celle des méchants. Elles se mêlent ici bas à travers les siècles, jusqu'au dernier jugement qui les séparera sans retour. Alors l'une sera réunie aux bons anges et trouvera dans son Roi l'éternelle vie, l'autre sera réunie aux mauvais anges et précipitée avec son roi dans le feu éternel. Telles sont les deux cités. » (Saint Augustin d’Hippone, De la Genèse au sens littéral, XI, 15, 20)

Quelques remarques importantes s’imposent suite à la lecture de cet extrait. En premier lieu, la Cité de Dieu peut se retrouver dans ce monde. Elle est donc, hormis celle des anges, elle aussi terrestre jusqu'à heure du dernier jugement. On devrait donc parler, pour ce qui est de ce monde, de la Cité de Dieu face à la cité des hommes. Ensuite, la Cité de Dieu ne s'oppose en rien à la démocratie et à la république, étant finalement indifférente à sa forme de gouvernement, tant que l'intérêt général et l'amour du prochain priment. Seules les formes dévoyées de gouvernement, telles que présentées par Aristote, s'y opposent : tyrannies, oligarchies, anarchies, … La Cité de Dieu n'est en fait conçue monarchie qu'après le dernier jugement, sous la seule royauté de Dieu, et de nul autre. Sa vision n'est donc en rien – contrairement à ce qu’affirment certains - apologie de la monarchie sur terre ! Enfin, et plus difficile à concevoir, ce n'est pas Satan qui règnera aux enfers, même s'il est le roi des mauvais anges et des méchants. Il souffrira lui-même du feu éternel. Donc, contrairement à une iconographie répandue, Satan lui même rôtira en Enfer. Mais nous reviendrons sur les deux cités, notamment lorsque nous analyserons la nation au travers des trois grands degrés de la société civile posés par Saint Augustin :

« Après la cité, l'univers, troisième degré de la société civile ; car le premier, c'est la maison. Or, à mesure que le cercle s'agrandit, les périls s'accumulent. » (Saint Augustin d’Hippone, De Civ. Dei, XIX, 7)


Et si la preuve de la nation ne pouvait être qu’ontologique, qu’au travers du si elle n’était pas ? La question en débat n’aurait-elle dû dès lors être : La France peut-elle exister sans identité nationale ? ou encore :  La crise de la nation est-elle le parallèle en démocratie de la crise actuelle de la foi religieuse ? Car on ne peut échapper à une évidence… Si l’on efface de l’esprit des gens la religion, la nation, ou tout autre principe transcendant, que ce soit la loi ou la raison, il n’y a plus de métaphysique, plus de philosophie première. On a seulement une sociologie et une action, dans le cadre du matérialisme, y compris pour l’art. Le véritable enjeu du refus de la nation, serait-il la suppression de la dernière transcendance collective, du dernier obstacle au matérialisme et à la finance ? Le triomphe de l’individualisme et du libéralisme matérialistes ?

 

Nous avons parlé dans la question possible posée ci-dessus de démocratie. En effet, la nation, sauf à être fondée sur le seul sang ou sur la race ce qui n’est pas l’approche française, n’est qu’un mythe en absolutisme, césarisme ou totalitarisme ; ce qui prime dans ces formes de gouvernement c’est la personne du chef, l’Etat, le peuple, le système économique, en aucun cas la nation ! Paradoxalement, la nation n’est pas soluble dans la non-démocratie, cette dernière préférant parler de peuple, de patrie, en aucun cas de nation… Ein Volk, ein Reich, ein Führer (Un peuple, un empire, un guide…) dans l’Allemagne nazie, Travail, Famille, Patrie pour l’Etat français, etc… Par contre, l’adjectif national est paradoxalement utilisé par toutes les formes de régime, comme synonyme de fait d’étatique, mais comme ce dernier mot fait peur… Néanmoins, on ne parle jamais autant du peuple, on ne le met jamais autant en avant dans les discours que dans les dictatures, de Jules César à la Corée du Nord, de Hitler à Mussolini, de l’Union soviétique aux démocraties populaires, de Pol-Poth à Castro… D’ailleurs, Robespierre passa de la lutte contre la peine de mort à la tyrannie en passant de la nation au … peuple…

 

Nous reviendrons sur toutes ces questions...

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Published by Serge Bonnefoi - dans Varia
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 16:59

L’identité est souvent perçue comme présentation des mêmes qualités, ou encore caractère d’un être assimilable à un individu type, ou encore égalité mathématique. Or, ici, avec l’identité nationale, avec l’identité en politique, identité est morale : identité de droit, particularisme de la nation ou du mouvement, mais sans jamais rien préjuger à l’égard de l’individualité ou de la personnalité de l’être dont il s’agit. En fait, il sera utile de repenser à l’identité personnelle dont parle Hume en appliquant cette dernière à l’être collectif qu’est la nation (cf. notamment le Livre I de son Traité de la nature humaine).

 

Est-ce un gros mot que de parler non seulement d’identité nationale, mais aussi d’identité tout court ? Non ! … Alors, juste un petit effort de mémoire… Déjà, écoutons beaucoup d’élus de gauche parlant de la nécessité de respecter, de relancer l’identité de la gauche, voire l’identité nationale tout court… Mais revenons à quelques exemples que nous devrons garder à l’esprit…

 

Le Parti socialiste a créé à l’usage de ses militants une collection intitulée L’esprit du socialisme. Et que lit-on à son propos sous la plume de Gérard Delfau, à l’époque délégué général du PS à la formation ?

« Au lendemain du congrès de Pau, nous lancions le thème de l’identité du P.S. comme base de la formation de ses militants. Pendant deux ans cette formule, si vite devenue familière, dut appliquée surtout aux trois axes fondamentaux que sont l’Union de la gauche, le Front de classe, l’autogestion. (…) Il faut à présent faire un pas de plus et enraciner notre identité dans le patrimoine du mouvement socialiste depuis un siècle. » (Gérard Delfau, in : Léon Blum, Discours de Tours, Parti Socialiste formation, 1977, page 2 de couverture)

Ainsi, à son propre propos, à propos de sa propre pensée, le Parti socialiste n’hésite pas à évoquer les notions d’identité, de patrimoine, … Il en fait même une base, une formule familière ! Et ce qu’il admet à son propos, ce qu’il admet pour la Nation socialiste, autre terme historique, il le dénie à la France elle-même ! Ceci est quant même surprenant ! Ce paradoxe a d’ailleurs été soulevé par Jean-Pierre Chevènement, mais aussi par des penseurs socialistes tels que Roger Sue et Alain Caillé… Il est vrai aussi que beaucoup ont surtout, outre les traditionnelles querelles partisanes que la France ne sait surmonter, voulu défendre une conception autre de la France et de la nation ! Peur des socialistes que ce débat ouvre les yeux des électeurs du Front National, les débarrasse de leurs peurs et les ouvrent à la fraternité, vidant ainsi ce parti de ses électeurs, le privant ainsi de son rôle d’épouvantail inventé par François Mitterrand ? Peur des socialistes de voir enfin la France réunifiée autour des valeurs de la République, qui ne sont pas celles du socialisme, la simple relecture de Léon Blum, voire même du programme de Suresnes le démontrant ?  Souvenons-nous de Mitterrand parlant en 1972 de ceux qui prennent conscience de l’identité profonde de leur condition (cité in : L’OURS, Janvier-juin 2011, page 182) ? Mitterrand peut parler de l’identité de classe pour lutter contre ce qu’il appelle la droite, mais pas l’UMP ? Sans même parler du Président François Hollande parlant d’intérêt national, d’élan patriotique devant les caméra de TF 1 le 9 septembre dernier, sans que personne ne s’indigne à gauche ? Deux poids, deux mesures ?

 

Rappel : « (…) Je n’y reviendrai pas. Il n’y a pas un seul socialiste qui consente à se laisser enfermer dans la légalité. (…) Je dis qu’il n’y a pas le moindre rapport entre l’action illégale sur laquelle nous sommes, je le répète, tous d’accord, et l’action clandestine, sur laquelle nous sommes loin d’être d’accord. La preuve que les deux notions ne coïncident pas, c’est qu’à l’heure présente le Parti français reconnaît la légitimité de l’action illégale et qu’il ne connaît pas encore d’organisation clandestine. (…) Un système socialiste se juge avant tout à sa conception révolutionnaire parce que la conception révolutionnaire est l’essence de toute doctrine socialiste. (…) La doctrine du Parti est une doctrine révolutionnaire. Si quelqu’un y manque, si quelqu’un y a manqué, c’est aux militants, aux Fédérations, aux Congrès, à appliquer les sanctions que le règlement prévoit. (…) Je ne connais qu’un socialisme, le socialisme révolutionnaire, puisque le socialisme est un mouvement d’idée et d’action qui mène une transformation totale de régime de la propriété, et que la révolution c’est, par définition, cette transformation même. (…) Révolution, cela signifie, pour le socialisme traditionnel français : transformation d’un régime économique fondé sur la propriété privée en un régime fondé sur la propriété collective ou commune, voilà ce que cela veut dire. C’est cette transformation qui est par elle-même la révolution, et c’est elle seule, indépendamment de tous les moyens quelconques qui seront appliqués pour arriver à ce résultat. Révolution, cela veut dire quelque chose de plus. Cela veut dire que ce passage d’un ordre de propriété à un régime économique essentiellement différent ne sera pas le résultat d’une série de réformes additionnées, de modifications insensibles de la société capitaliste. » (Léon Blum, Discours de Tours, 29 décembre 1920). On a dans ce discours de Tours beaucoup d’éléments qui sont contraires aux valeurs de la République, ne serait-ce que l’illégalisme et la remise en cause de la propriété ! Pourtant les socialistes continuent, par exemple dans la motion Harlem Désir au congrès de Toulouse 2012, de se référer aux valeurs de la République telles que les concevaient leurs pères

 

François Hollande lui-même, et tout le Parti Socialiste avec lui, avait d’ailleurs reconnu la nécessité de l’identité républicaine française, y associant d’ailleurs la … nation, en proclamant :

« C'est la France - depuis la Révolution - qui a défini avec le plus de force une conception de la nation qui en fait avant tout une " communauté de citoyens ". L'identité républicaine française s'est fondée sur une aspiration universaliste qui lui a fait repousser toute définition de la nation par la race, la religion, la géographie, la langue même. La formule de Renan, " un vouloir vivre ensemble ", a été et demeure celle de tous les républicains. Les droits sociaux, qui complètent et accomplissent la citoyenneté politique, ont été acquis dans ce cadre national. L'État nation n'a pas effacé les diverses appartenances locales, professionnelles, communautaires parfois, mais il a su les dépasser, les faire coexister par le respect de la laïcité. Les autres nations européennes ne s'appuient pas sur la même logique : la tradition anglaise fonde son État avant tout sur la défense des libertés individuelles, la tradition allemande sur l'existence d'un peuple fondé sur la culture et la langue ; elles n'ont pas construit souvent la même relation étroite que la France avec leurs États, mais elles ont rempli des fonctions semblables. » (Vouloir une Europe de gauche, texte présenté par François Hollande, la direction nationale du PS, et adopté par le Conseil national du PS le 1er mars 1999)

Quel démocrate a dit autre chose ?

 

Un autre exemple de la large utilisation par le Parti Socialiste de la notion d’identité ?

« Les effets de la révolution technologique, de la mondialisation économique et financière ainsi que la disparition des blocs antagoniques, sont très importants dans le cadre où se réalise la démocratie et la souveraineté : l'état nation. (…) Dans les processus de décentralisation vers le haut et vers le bas, l'Etat Nation est le véritable garant de la cohésion de ces ensembles. (…) [Décentralisation] vers le bas, dans des processus de répartition territoriale interne du pouvoir, à la recherche d'une plus grande souplesse, d'une plus grande proximité de l'électorat et, parfois d'une plus grande adéquation aux identités diverses. Le critère de subsidiarité commence ainsi à servir de guide à la répartition du pouvoir, mais on sous estime encore les critères d'identité et de cohésion des ensembles qui en résultent, et le fait que les risques de désintégration sociale et territoriale peuvent augmenter. (…) La Solidarité, en tant que valeur qui définit notre identité. (…) Rien de plus naturel dans un courant historique pluriel et démocratique, respectueux des identités de chaque pays, et des priorités immédiates de chaque moment historique dans les sociétés nationales. (…) Sur ces bases, nous développerons des programmes nationaux, adaptés à nos identités propres, … (…) La révolution technologique, dans sa neutralité intrinsèque, offre des possibilités inédites au bénéfice du genre humain, en même temps qu'elle engendre des menaces pour son intimité, sa dignité et son intégrité, et pour son identité culturelle, valeurs que nous avons l'obligation de sauvegarder. (…) Diverse et ouverte dans les instruments pour arriver à ces objectifs, d'accord avec les priorités immédiates et les identités des sociétés auxquelles nous nous adressons. (…) avec des intérêts et des identités de civilisations communs, compte tenu de la diversité culturelle. (…) C'est la responsabilité de la politique d'avancer vers un nouvel ordre international qui garantisse la paix et la sécurité, en respectant la diversité des identités, en apprenant à partager des valeurs différentes mais dans le respect des droits humains universels. (…) Les droits de l'Homme et l'expansion de la démocratie, dans toutes les parties de la planète et toutes les identités culturelles, sont les aspirations fondamentales de la gauche que nous représentons. » (Parti Socialiste, Déclaration de Paris, Pour une société plus humaine, pour un monde plus juste, document disponible sur le site Internet du Parti Socialiste)

Là, nous avons droit à l’identité à toutes les sauces, dans toutes ses dimensions : nationale, culturelle, socialiste, régionale, valeur, etc., et même insistance sur le concept d’Etat-nation ! Et que penser de ce journaliste de gauche demandant le 18 septembre 2012 sur France-Info que l’on rende son identité à la gauche ?

 

Prenons un autre exemple, toujours à Gauche, celui d’Olivier Besancenot, si prompt à dénoncer le débat sur l’identité nationale pour la France… Or, que nous apprend t-il ? Eh bien il écrit que la question de l’identité nationale se pose lorsqu’un peuple prend conscience de son existence en tant que nation, en tant que groupe d’hommes et de femmes qui veulent vivre ensemble, et bâtir une destinée commune (Olivier Besancenot, Révolution ! 100 mots pour changer le monde, Flammarion, 2003, page 108). Il parle non seulement d’identité nationale, mais il offre aussi une définition de la nation que nous pouvons très bien reprendre à notre compte ! Alors ? Ce qu’il admet pour les autres, ce qu’il admet contre les Etats occidentaux, pourquoi le dénie t-il à la France ? Ce qu’il admet pour cimenter sa révolution anticapitaliste, il le dénie à toute démocratie souhaitant défendre sa cohésion interne ! C’est là encore sidérant…

 

Notons maintenant à propos du Parti Communiste Français que Maurice Thorez évoquait très souvent les concepts d’intérêt national, de défense de la nation ou encore d’unité de la nation dans ses discours. Par exemple, dans son discours au Plessis-Robinson du 23 juin 1957 sur l’école publique, il parlait de combat pour l’intérêt national. Mieux, il disait un peu avant dans ce discours contre la Communauté économique européenne que l’établissement d’une Petite Europe, d’une Europe vaticane (…), ne pourrait pas rester sans répercussions sur les particularités traditionnelles de la vie nationale auxquelles notre peuple est légitimement attaché (…). Est-on loin de l’identité nationale en parlant de particularités traditionnelles de la vie nationale ? Sans autre commentaire… Il est vrai qu’il disait déjà avant guerre à propos du PCF :

« Nous sommes le Parti du peuple, la chair de la chair du peuple de France, de son avant-garde prolétarienne aux si glorieuses traditions. » (intervention au Comité Central du Parti Communiste du 23 juillet 1937),

le PCF renchérissant sur ce discours en écrivant :

« Nul Parti ne peut prétendre, autant que le Parti Communiste, au titre de Parti Français. Nous ne faisons point cette affirmation pour flatter le sentiment national très profondément enraciné dans les couches populaires. Nous faisons cette affirmation parce qu’elle est juste. (…) Montrer combien notre Parti est « la chair de la chair du peuple de France ». (…) Ce qui précède montre que les communistes expriment une incontestable vérité quand ils se considèrent comme les héritiers des traditions les plus héroïques du peuple français. (…) L’objectif final des communistes français : « Une France forte, libre et heureuse. » » (Ecole élémentaire du Parti Communiste Français, Sixième leçon. Le Parti Communiste et les Traditions du Peuple Français, Section nationale d’éducation du Parti Communiste Français, Paris, décembre 1937, pages 1 et 27)

Sans commentaire quant à l’identité nationale induite par le recours massif aux traditions françaises… Signalons aussi à cette occasion le fait que Karl Marx et la philosophie marxiste font souvent appel à la notion d’identité, tant en logique qu’en dialectique (voir par exemple : Sève (Lucien), Une introduction à la philosophie marxiste suivie d’un vocabulaire philosophique, Terrains/ Editions Sociales, Paris, 1980, 2ème éd., notamment pp. 1.7, 1.12, 3.12, 3. 13, 4.12, 4.14, 6.11, 6.17, 6.21 à 6.25, 6.27, 631 (note 82)…)… Mais passons…

 

Dernier exemple à ce niveau, même si nous sortons du champ de la Gauche… La Charte culturelle de l’Afrique, adoptée par l’Organisation de l’Unité Africaine en juillet 1976 fait clairement allusion, et à plusieurs reprises, à la notion d’identité nationale, en particulier dans son titre II intitulé Diversité culturelle et identité nationale. Notons que son article 5 énonce que l’affirmation d’une identité nationale ne doit pas se faire au prix de l’appauvrissement et de la sujétion des diverses cultures existant au sein d’un même Etat, ce que nul ne peut contester ! L’identité nationale française se doit et ne peut qu’intégrer les cultures régionales en son sein ; Bourdieu lui-même l’admet (« D’ailleurs, sur les problèmes de l’identité régionale, et sur tous les conflits qu’il peut y avoir entre elle et l’identité nationale, il y aurait beaucoup de choses à dire. » (« Questions à Michel Foucault sur la géographie », in : Hérodote, n° 1, janvier-mars 1976, pp. 71-85, cité in : Michel Foucault, Dits et écrits II, 1976-1988, Gallimard, Paris, 2001, coll. Quarto, page 37)) ! Tout comme elle se doit d’intégrer les autres cultures existant sur son sol ! C’était le sens d’un Ministère de l’intégration nationale, justement pour éviter tout appauvrissement et de l’un et de l’autre ; il fallait fondre et non pas fondre, mais nous touchons là aux limites de la langue française qui devient dès lors source de confusion ! Malheureusement aussi, cette idée originelle a été très vite oubliée, alors que fondre au sens premier n’est pas confondre et qu’intégrer n’est pas désintégrer ! Toujours est-il que cet article 5 pourrait très bien figurer dans notre propre corpus constitutionnel, renforçant par là même son équilibre… Signalons aussi ici l’article 4 de la même Charte qui dit que les Etats africains reconnaissent que la diversité culturelle est l’expression d’une même identité, un facteur d’unité et une arme efficace pour la libération véritable, la responsabilité effective et la souveraineté du peuple. Peut-être aurait-on du lancer le débat à partir d’une réflexion sur ces deux articles, sur ces articles 4 et 5 ?

 

Alors, l’OUA peut parler d’identité nationale, tout comme l’ONU (voir par exemples divers documents de la Conférence de Durban des 31 août/7 septembre 2001, bref de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée. Ou encore les divers textes du CSNU évoquant l’identité nationale et sa nécessaire défense, soit au sujet du Burundi, soit au sujet de l’Afghanistan pour en rester à ces deux exemples), tout comme l’UNESCO (voir par exemple le Rapport mondial sur la culture Diversité culturelle, pluralisme et conflits de 2000, ou encore le Rapport mondial Investir dans la diversité culturelle et le dialogue interculturel du 20 octobre 2009), dans chaque cas de manière assez positive même si des barrières sont posées, et pas la France ? Même la Cour européenne des Droits de l’Homme évoque, défend et reconnaît l’identité nationale ! (cf. par exemple : - 2 oct. 2001, Stankov et Organisation macédonienne unie Ilinden v. Bulgarie, req. jtes n° 29225/95 et 29221/95 ; 14 sept. 2010, Dink v. Turquie, req. jtes. N° 2668/07, 6102/08, 30079/08, 7072/09 et 7124/09).

 

Bref, tout le monde peut parler d’identité, nationale ou non, en Europe, tout le monde peut parler de nation, tout le monde peut en parler à Gauche, mais pas l’UMP ? Pourquoi ? Par manque de définition et de clarté de pensée « à droite » ? Par absence constante de toute vraie réflexion philosophique à l’UMP ? Mais avant tout, une autre question : pourquoi aucun des dirigeants de l’UMP n’a-t-il fait référence à ces propos ? Je reviendrai sur ces points en conclusion... Pourquoi  aussi avoir laisser passer dans l’opinion sans véritablement se défendre les idées gauchistes déformant la notion d’identité nationale, comme par exemple celles de Gérard Noiriel (cf. :A quoi sert l’identité nationale ?, Agone, Marseille, 2007), alors même que ce dernier ne semble même pas maîtriser l’histoire du droit de la nationalité en la faisant partir de la Loi de 1889, ignorant superbement par exemple les lois révolutionnaires ou encore le Code Napoléon ? Rappelons ici que le rattachement à une nationalité relève du domaine réservé de chaque Etat, comme le rappelle d’ailleurs la Convention de La Haye qui expose en son article 1er le seul principe admis sans conteste par le droit international en matière de nationalité, celui selon lequel il appartient à chaque Etat de déterminer par sa nationalité qui sont ses nationaux. En la matière, les Etats sont souverains, sont seuls maîtres, et rien dans les autres textes ne leur impose autre chose, de la Convention de Strasbourg du 6 mai 1963 à celle du New York du 20 février 1967 en passant par quelques autres ! Comme les Etats sont maîtres de la définition de leur identité nationale, ils sont maîtres de la nationalité de leurs nationaux !

 

Sinon, il fallait aussi et surtout rappeler à tous une autre raison, fondamentale, du pourquoi de cette question du Président sur l'identité nationale... Elle réside au paragraphe 2 de l'article 4 du Traité sur l'Union européenne qui dit que l'Union respecte l'égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité nationale... Le mot identité nationale figure au Traité, et pas seulement de puis le Traité de Lisbonne, et il impose à l'UE de respecter son contenu ! Ce mot peut être invoqué en justice, tant nationale qu'européenne, tant par l'UE contre la France que par la France contre l'UE, tout comme les citoyens pourraient l’invoquer contre la France dans le cadre de certaines procédures. Il faut donc le définir, malgré tout le définir, afin de donner des armes à la France contre certains excès de la Commission européenne qui en prend parfois un peu trop contre les Etats membres, et tout particulièrement la France. Si nous ne le faisons pas, la Commission européenne s’en chargera à notre place, … et à son avantage ! On peut regretter que le Conseil constitutionnel n’ait évoqué qu’une seule fois cette disposition, et encore sans chercher à définir la notion d’identité nationale, la posant simplement comme inhérente aux structures fondamentales politiques et constitutionnelles des Etats… (cf. Conseil Constitutionnel, décision n° 2004-505 du 24 novembre 2004, JO du 24 novembre 2004)…

 

Le mot n'était donc pas sorti du néant. Et la réponse n’est donc pas politique au sens politicard…

 

Pour revenir sur cette question, pourquoi l’UMP a-t-elle échoué dans le cadre du débat sur l’identité nationale ? Comme je l’ai déjà dit par manque de définition et de clarté de pensée « à droite », par absence constante de toute vraie réflexion philosophique à l’UMP, par manque de culture politique de base puisqu’aucun des dirigeants de l’UMP n’a fait référence à l’usage que fait la Gauche des mots nation et identité !

 

Mais aussi à cause d’un sujet mal posé ! La banalité apparente du sujet à traiter, l’identité nationale, a produit un effet pervers, lié sans doute à la sensibilité de la question même, mais aussi la non préparation réelle du débat, celui de privilégier l’un ou l’autre des éléments. Certains, surtout à gauche, ont privilégié la notion d’identité, mais ils avaient beau jeu de le faire et auraient eu tort de s’en priver, d’autant plus face à l’inculture du « camp d’en face » ; d’autres, surtout à droite, dont certains obnubilés par le Front National, n’ont privilégié que celle de nation, mettant en fait l’identité en sujétion par rapport à la nation, la réduisant à des valeurs normées et à l’opposée de la diversité. Mais, finalement, quasiment tout le monde a négligé la compréhension de l’expression « identité nationale » elle-même et en elle-même. Mais c’était à l’UMP de faire cet effort, pas à la Gauche !

 

Quasiment personne n’a analysé avec rigueur la locution « identité nationale », esquivant ainsi totalement la difficulté représentée par l’union des deux termes d’identité et de nation. En clair, chacun, enfermé dans son idéologie réelle ou rêvée, a cherché à ramener l’inconnu au connu, omettant ainsi de s’étonner et de se questionner sur l’association de ces deux concepts.

 

En fait, même lorsqu’elle fut condamnée, la notion d’identité sera le plus souvent restée indéterminée. En revanche, le concept de nation aura donné lieu à des développements en apparence davantage précis, même si trop de propositions de définition en ont été faites, sans que l’on cherche seulement à les approfondir vraiment, ce qui fait que l’idée de nation elle-même s’est retrouvée pervertie par son plaquage sans aucune logique dans le cours d’une problématique précise. Sans parler des confusions permanentes entre ses définitions allemande, française et italienne, entre ses aspects politiques, sociologiques, géographiques, culturels, etc…

 

Et, ainsi, on a fini par escamoter la notion même d’identité nationale par la confrontation entre contestataires et partisans de l’idée d’identité, entre des contestataires et des partisans de l’idée de nation, sans même rechercher pourquoi ces deux mots se sont trouvés associés, hors les pétitions de principe politicardes, donc par nature réductrices, même si elles se réclamaient fondées sur des réalités et des perçus sociaux.

 

Politisation a priori du débat, alors même qu’il dépassait la politique pour atteindre au politique, précipitation de la réflexion, manque d’attention  au sujet lui-même, manque d’approfondissement critique, absence crasse de toute connaissance des concepts élémentaires d’identité et de nation ont conduit à l’enlisement puis à l’échec du débat !

 

Qui s’est par exemple posé la simple question de savoir ce qu’était réellement l’identité et de savoir si elle n’induisait pas concernant l’humain l’idée même de différence ? Qui s’est posé la simple interrogation du « qui décide qu’il y a identité », ce qui fait que chacun est resté entre les œillères de son idéologie ou de sa subjectivité, et ce même si les deux concepts, et partant la locution même fixant sujet, sont subjectifs et pluriels !

 

Il fallait pourtant bien sentir l’un des enjeux majeurs de la question posée par le sujet, à savoir que telle ou telle manière d’affirmer ou de nier l’identité, de juger de la signification et de la valeur de la nation, de plus trop souvent conçue comme synonyme d’Etat ou de somme des citoyens, dévoile inévitablement une certaine interprétation du sens et une certaine conception de la destination de l’homme vivant en société.

 

En fait, évoquer en quelques débats entre non spécialistes, sans aucune préparation la question de l’identité nationale était quasiment impossible. Il y a en effet deux termes dans cette question, l’identité et la nation, puis l’association de ces deux termes. Et cette question ne devait être ni celle de l’intégration, ni celle de l’immigration, ni celle de la citoyenneté ! Elle était dessine-moi une nation pour paraphraser le Petit Prince… Ce débat n’était pas celui de l’Islam, des minarets, des banlieues, des étrangers, ni même de la définition du « Français », mais de la France elle-même, de la refondation de la République sur les principes de 1789 ! Souvenons-nous de ces paroles de Jean-Pierre Raffarin :

« La question de l’identité, ça ne peut pas être une réflexion de comptoir. Si on veut éviter le populisme, il aurait fallu sans doute qu’on pose intellectuellement la question à un certain nombre de responsables pour avoir une réflexion préalable. »

Or, ce fut un débat de comptoir ; pire, ce ne fut même pas un débat de comptoir !

 

Ce n’était pas non plus, du moins je l’espère, une psychanalyse collective de la France, ou alors il aurait alors fallu aller jusqu’au bout de cette psychanalyse ! … Une psychanalyse inachevée conduit toujours à des catastrophes ! En effet, ce débat aurait pu être une psychanalyse de la France, car pourquoi le Français se sent-il le plus pessimiste au monde alors même que le bonheur – tant individuel que collectif – n’est pas loin, que le bonheur est possible, malgré les difficultés ? mais alors il aurait fallu qu’il soit posé, au moins dans sa conception, comme un débat visant à nous débarrasser des influences de certains aspects négatifs (car tous ne le sont pas) de Marx, de Nietzsche et de Freud (paradoxalement), aspects négatifs qui ont détruit toutes les valeurs – mais pas forcément celles de la République, loin de là – et fait perdre tous les repères qui faisaient que l’homme était libre et responsable et non pas seulement un individu confronté à d’autres individus dans une simple pensée libérale et individualisatrice ; que l’homme est libre et responsable et non pas cherchant toujours à se réinventer lui-même contre l’autre. Alors, le but de ce débat aurait été de mettre en place une démocratie vraie, plurielle, tenant compte de l’autre et de chacun, bref d’une démocratie de transaction sociale et non plus somme d’intérêts individuels…

 

En fait, qui peut dire quel était l’objectif de ce débat ? Ses initiateurs eux-mêmes le savaient-ils, le surent-ils ?

 

Un effort d’explication a priori aurait été indispensable, alors que la surface du débat pouvait être réduite à un groupe de travail… L’ancien débat aurait d’ailleurs dû être préparé par la lecture du Rapport Gaubert d’avril 2009, source de ce travail, mais aussi de sa confrontation avec le Rapport Veil de décembre 2008, et ce a minima, car présupposant que la nation était définie et définissable, et connue par tous comme définie !

 

Il aurait fallu a priori, après la phase définitrice de l’identité et de la nation, s’efforcer de faire surgir et d’expliciter les paradoxes de l’expression identité nationale, ne serait-ce que par une matrice confrontant les diverses définitions des éléments de la locution sujet… Mais l’impréparation au débat, la non-préparation des militants et des citoyens a conduit à l’échec du débat, de par ses lacunes et ses faiblesses.

 

A écraser les élites, les intellectuels et la philosophie, fusse t-elle politique, pouvait-il en être autrement de la part de l’UMP ? Dois-je évoquer le mépris élevé au rang de dogme qu’ont les responsables de l’UMP, ainsi que certains militants, des intellectuels, des textes un peu élaborés… La petite phrase, voilà la règle à l’UMP, tout le reste étant qualifié de bla… bla… L'UMP n'a plus rien à voir avec ce qu'était le RPR, avec l'esprit du Gaullisme... L’UMP a-t-elle des Mauriac, des Malraux ??? On a vu où cela à conduit…, et pas seulement l’UMP…

 

Il fallait en fait mener une démarche intellectuelle en cinq étapes : - approcher ; - déconstruire ; - structurer ; - décloisonner ; définir !!! Sans cela, toute tentative de réflexion sur l’idée de nation et le concept d’identité nationale était inévitablement vouée à l’échec !

 

Or, ce débat, comme toute une partie de la politique, m’a fait penser à ces quatre recettes de Marc Lambron ("Comment je suis devenu moderne", in : Revue des Deux Mondes, nov.-déc. 1999, pp. 176-179) :


- J'ai renoncé aux principes républicains de mérite, d'effort et d'égalité pour pratiquer la discrimination positive et l'éloge lyrique des cancres ;

- Je revendique le devoir de mémoire et m'épargnant toutefois la fatigue qui naît de l'étude précise du passé ;

- J'ai appris à contracter ma pensée en quelques slogans économiques et frappants. Il me semble que toute expression authentique aboutit aux monosyllabes ;

- J'ai appris à déguiser ma mauvaise foi en expression politique articulée. J'aime dénoncer.

Restait surtout une question indépassable : qui doit être le définiteur de la nation, de la morale et des valeurs qui en découlent ??? Quant on voit que l’UMP détricote et retricote à nouveau sa Charte des Valeurs… Finalement, le PS, avec ses motions, ses courants, ses résolutions, ses contributions à l’occasion de ses congrès, n’est pas aussi idiot, aussi éclaté qu’on le pense ! Cela lui permet d’imposer à ses dirigeants de na pas penser qu’en fonction de leur people rank !

 

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 09:49

Arrêtons nous maintenant de manière très rapide sur le caractère même de l’idée de nation,  puisqu’il faut bien se poser comme étant le fait qu’une idée se ramène toujours, selon la philosophie thomiste (il faudrait aussi analyser au travers du filtre de la théorie des entités et des fictions de Jeremy Bentham), à trois approches :

une approche selon l’objet ;

une approche selon le rapport du sujet des idées à leur objet ;

une approche selon l’origine.

Or, sans même avoir réellement besoin d’approfondir, force est de constater que rien n’est simple avec l’idée de nation, quelle qu’en soit la définition retenue, fors certaines définitions par nature raciste comme la définition nazie assimilant la nation au seul sang.

 

                        Section 1. Les difficultés de l’approche selon l’objet

 

                                    § 1. Première difficulté : raison v. métaphysique

 

Une idée peut être psychologique, physique ou métaphysique. S’il est évident que la nation n’est en rien physique, tout comme il est évident qu’elle est métaphysique, puisque posée comme fondement du système constitutionnel, elle est aussi psychologique en ce sens qu’on la pose comme émanation directe de la raison…

 

N’oublions pas que pour comprendre l’Europe, il faut comprendre ses sources ; et seuls l’humanisme grec et la Foi chrétienne le permettent…De très nombreux éléments de ce qui deviendra la culture européenne trouvent leur origine dans les mondes grecs et latin, même si cette simple approche méconnaît l'apport fondamental d'autres cultures comme la culture celtique et celle des peuples du nord. Le christianisme et sa foi, s'ajoutant à l'humanisme païen, présente un double héritage de l'Antiquité : la culture de la raison qui doit, pour l'humaniste, assurer la perfection de l'homme, la culture de la foi qui doit assurer la perfection du chrétien. Ces deux héritages de l'Antiquité ont prédominé, plus que tout, toute l'histoire et la civilisation européenne, l'Occident n'ayant depuis jamais cessé d'être déchiré entre la raison et la foi, entre le concret et le subjectif. On peut donc parler d'une véritable métaphysique de la culture européenne, la portée des sciences et de la conscience découlant de l'humanisme païen, l'intelligence ordonnatrice et l'inconscient découlant de l'héritage chrétien. L'accord entre la foi et la raison a été parfois réalisé, aussi bien chez les individus que dans les sociétés. En fait, christianisme et humanisme n'ont jamais cessé d'exercer l'un sur l'autre une influence profonde. Ainsi, qu'ils s'opposent ou qu'ils s'accordent, le christianisme et l'humanisme sont les deux éléments constants de la culture européenne, ce qui laisse déjà présager du pourquoi de la double nature et de la double source de l’idée de nation…

 

                                         § 2. Deuxième difficulté : substance v. rapport

 

De même, l’abstraction et l’analyse nous font distinguer l’être, la manière d’être et les rapports, d’où les idées de substance, de qualité et de rapport. Si l’idée de qualité ne semble pas s’imposer immédiatement à l’esprit quant à la nation, elle est déjà une idée de substance et une idée de rapport puisque posée constitutionnellement comme source de la Constitution et de tout pouvoir, et comme cause de ces mêmes concepts…

 

                                         § 3. Troisième difficulté : nécessité v. contingence

 

On distingue par ailleurs des idées nécessaires, celles dont l’objet ne peut pas ne pas être, et des idées contingentes, bref des idées dont l’objet peut être ou ne pas être. Or, posée comme cause première de notre système politique, la nation en est idée nécessaire. Mais, l’idée de nation est néanmoins contingente en ce sens que le pouvoir peut très bien exister en dehors de l’idée de nation, ce qui en fait une idée contingente…

 

                                    § 4. Quatrième difficulté : simplicité v. composition

 

De même, une idée peut être simple ou composée. La nation est posée par la Constitution comme une idée simple, ne pouvant comme cause première se décomposer en plusieurs éléments. Or, elle est aussi une idée composée puisque pouvant se décomposer en plusieurs éléments, ne serait-ce que celui de l’Etat-nation. Et tout ceci est complexifié par l’introduction de la notion d’identité qui est a priori une idée simple non décomposable. Comment peut-on donc, si l’on en revient à la question de l’identité nationale, associer deux causes premières comme étant un tout, deux idées simples comme dépendantes l’une de l’autre ?

 

                                    § 5. Cinquième difficulté : singularité v. collectivité

 

Ensuite, une idée peut être singulière, concernant un individu, ou collective, ayant pour objet plusieurs individus considérés comme réunis en une même totalité. La nation étant posée comme cause première par la Constitution, elle est concerne chaque individu, qui la ressent chacun à sa manière, et surtout l’individu « peuple », lui aussi posé comme cause première par la Constitution. Là encore le problème de deux causes premières dont aucune n’émane de l’autre, ce qui est absurde ! Mais c’est aussi une idée collective par sa nature même…

 

Par ailleurs, en posant l’idée de Nation, la France s’est voulue Rome, alors que la nation, inséparable d’une culture ou d’un sentiment, ne peut être que plurielle dans ses approches, d’où une sorte de théologie de la réforme applicable à la Révolution, et la difficulté des premiers temps avec l’Eglise catholique, d’autant plus que la Déclaration de 1789 se voulait universelle et non pas seulement nationale... A noter en passant que Luther a été le premier à associer nation à religion, mais dans le sens allemand, hors de celui des Lumières (cf. son manifeste de 1720 à la noblesse chrétienne de la nation allemande sur l’amendement de l’Etat chrétien).

 

                                    § 6. Sixième difficulté : concrétion v. abstraction

 

Une idée peut être concrète ou abstraite… La Constitution pose la nation comme objet et donc comme idée concrète, comme un être quasi-substantiel avec tous ses modes. Pourtant cette idée est aussi abstraite puisqu’indéfinissable a priori, puisque subjective. Nouveau paradoxe, sans même entrer dans la distinction entre idée abstraite générale et idée abstraite individuelle…

 

                                    § 7. Septième difficulté : sensibilité v. intellect

 

On distingue encore les idées sensibles, celles qui tombent sous le sens, des idées intellectuelles et des idées morales. La Constitution pose la nation comme objet sensible puisque ne la définissant pas. Pourtant, c’est aussi une idée intellectuelle, aussi difficile à définir que l’identité, que la vérité, et cetera. Et c’est aussi une idée frôlant l’idée morale puisqu’induisant, surtout confrontée à l’idée d’identité, des qualités moralement bonnes ou mauvaises…

 

                                    § 8. Huitième difficulté : réalité v. chimère

 

Enfin, pour en rester au seul objet, la nation est posée comme réelle par la Constitution, tout comme par exemple par le Préambule de 1946. Or, elle est aussi chimérique en ce sens qu’elle n’existe pas concrètement, qu’elle n’est qu’une construction de l’esprit, et ce même si elle peut être ressentie comme métaphysiquement réelle…

 

L’erreur de base qui perturbe toute réflexion est peut-être celle de l’Etat-nation, car il n’y a pas – à de très rares exceptions près – « une nation Þ un Etat », mais « un Etat Þ une nation », l’Etat suscitant inévitablement la nation et non le contraire… Il suffit d’analyser les exemples italiens ou allemands. En ce sens, la nation est artificielle ! Elle est une invention de la raison telle que définie par les Lumières, une invention servant à rationaliser.

 

Notons en passant que Voltaire critique très vertement dans son Dictionnaire philosophique (article Etats, gouvernements) l’Abbé de Bourzeis lorsque ce dernier pose le fait que la raison doit être la règle d’un Etat, ce qui est ici intéressant car Voltaire n’évoque la nation que d’une manière a priori neutre, la confondant tantôt avec l’Etat, tantôt avec la patrie… Heureusement que l’on nous surine que Voltaire est un admirateur de la raison ! Il est vrai qu’il a tant dit tout et son contraire… Il est vrai qu’il est peut-être erroné de faire de Voltaire un philosophe des Lumières, alors qu’il est bien plus un philosophe du despotisme absolu, même s’il cache cette idée d’absolutisme sous l’adjectif éclairé. Ou alors, si Voltaire est un philosophe des Lumières, cela nous forcerait à résumer les dites Lumières au seul progrès économique et au seul refus de tout obscurantisme religieux, voire même de toute religion révélée ; or, les Lumières sont bien plus que cela ! Peut-on considérer comme éclairé et éclairant un auteur ayant osé écrire les phrases suivantes : - Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article « Peuple » que vous croyez digne d’être instruit. J’entends par peuple la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s’instruire. Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. (Lettre à Damilaville, 1er avril 1766) ; - Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Il faut mentir comme le diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours. (Lettre à Thiriot, 21 octobre 1736) ; - Vous ne trouverez en eux [les Juifs] qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition, et à la plus invincible haine pour les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. (Dictionnaire philosophique, tome V) ; - Cette petite nation juive ose étaler une haine irréconciliable contre toutes les nations : toujours superstitieuse, toujours avide de bien d’autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur et insolente dans la prospérité. (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, paragraphe 42) ; - Des Nègres et des Négresses, transportés dans les pays les plus froids, y produisent toujours des animaux de leur espèce. (…) La nature a subordonné à ce principe ces différents degrés et ces caractères des nations, qu’on voit si rarement se changer. C’est par là que les Nègres sont les esclaves des autres hommes. (Essai sur les mœurs et l’esprit des nations) ; - Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. (Traité de Métaphysique) ; Il y a une canaille à laquelle on sacrifie tout et cette canaille est le peuple. (Lettre au Marquis de Condorcet), etc… ? Le mépris du peuple, des noirs, des Juifs et des Musulmans (cf. sa pièce Mahomet), l’apologie du mensonge, du despotisme et de l’absolutisme, le rejet de la démocratie et de l’égalité ne sont pas pour moi parmi les caractéristiques d’un homme éclairé, et encore moins d’un homme pouvant faire profession de lumières ; or ce sont là les idées de Voltaire !

 

Pourtant, le plus idiot des supporters de rugby sait bien que la nation n’est pas l’Etat, du Tournoi des Six Nations à celui du Four Nations : l’Ecosse n’est pas un Etat, alors qu’ Irlande regroupe un Etat et une partie d’un autre Etat, tout comme un joueur d’une autre nationalité peut très bien jouer sous un maillot différent que celui de son Etat sous quelques réserves d’éligibilité.

 

Mais, paradoxalement, elle se heurte très vite à la raison car elle est tant spirituelle qu’indéfinissable matériellement.  C’est pourquoi, alors qu’elle est née contre la religion chrétienne, sous l’impulsion de la Gauche, en vue d’établir une cité terrestre se substituant à la cité de Dieu, elle ne peut être que contestée par cette même Gauche devenue marxiste. L’autre paradoxe est que la droite catholique puisse l’admettre, sauf si elle sombre pour sa part dans la pensée de Maurras qui ne voit dans la religion qu’un ordre social, en aucun cas une foi. Dès lors, la nation ne peut être que liée à l’ordre chez la droite libérale (au sens pur) – par nature athée ou agnostique – et maurrassienne.

 

Ici, il nous sera nécessaire de chercher à approfondir le concept de nation au travers de l’approche ontologique de Jeremy Bentham qui distingue les entités réelles, les entités fictives, les entités fabuleuses, les fictions logiques et les non entités, même si des passerelles existent entre les entités fictives et les fictions logiques, les fictions logiques étant la texture des entités fictives (cf. Bentham (Jeremy), De l’ontologie et autres textes sur les fictions, Le Seuil, Paris, 1997, coll. Points Essais n° 353, Ph. Schofield éd., trad. et comm. J.-P. Cléro et Ch. Laval).

 

                                    § 9. Remarque in itinere

 

Huit difficultés… Et encore ne sommes nous ici que dans le cadre l’idée vue selon son objet… L’absurdité est déjà apparente : c’est celle de vouloir poser la nation comme transcendance de la Constitution et de la souveraineté, par exemple au premier alinéa de l’article 3 de la Constitution de 1958 ; c’est celle de vouloir la juridiciser, de l’introduire comme norme ou comme élément définiteur dans le droit (par exemple aux article L. 113-10 ou encore L. 132-76 du Code pénal, la nation dépassant d’ailleurs dans ce dernier cas la nation « française ». Cela est encore le cas dans notre corpus constitutionnel ou encore dans le Traité sur l’Union européenne !) ! Il est vrai, notons le en passant, que les auteurs de la Déclaration du 26 août 1789 bénéficièrent de l’aide de l’idée … d’Être Suprême, ce qui facilitait bien des choses… (…) En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre Suprême, les droits suivants de l’Homme et du Citoyen (…) (fin du préambule de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789). D’une certaine manière, l’homme ayant besoin de croire, la nation a été originellement, du moins dans son sens politique, le substitut offert par l’Etre suprême à la religion. Mais reste que l’on peut s’interroger sur le fait de savoir si quelque chose peut être à la fois idée et objet, surtout en droit et en science politique, bref en toute science de l’homme…

 

A noter en passant que, contrairement à une idée reçue, la Constitution des Etats-Unis du 17 septembre 1787 n’est fondée ni sur Dieu, ni sur un Etre suprême, ni sur une quelconque transcendance ! D’où la prépondérance et le symbolisme du dollar, ainsi que la profusion des sectes ?

 

 

Section 2. Les difficultés de l’approche selon le rapport du sujet des idées à leur objet

 

Considérons maintenant les idées selon le rapport de leur sujet à leur objet. Plus clairement, réfléchissons selon la manière dont l’individu, sa conscience, sujet des idées, se met en rapport avec les objets par ses idées. Là encore, on peut percevoir plusieurs distinctions et paradoxes.

 

                                    § 1. Neuvième difficulté : clarté v. obscurité

 

Une idée peut être claire lorsqu’elle fait bien comprendre son objet, mais elle est obscure lorsqu’elle ne se fait comprendre qu’imparfaitement, qu’avec difficulté ou pas comprendre du tout. Il est ici possible d’affirmer, et ce sans aucun doute possible, que l’idée de nation est une idée obscure. Pas de paradoxe, tant l’objet de l’idée que l’idée elle-même étant difficilement définissable, voire même indéfinissable…

 

Une idée peut aussi être claire ou confuse. La nation devrait être une idée claire puisque, selon la lettre de la Constitution et sa place dans la dite Constitution, elle devrait nettement se distinguer de son objet, bref de la souveraineté. Or, rien n’est plus confus puisque la nation se laisse très facilement confondre, y compris chez les spécialistes, avec d’autres idées telles que la patrie, que l’Etat, que communauté, que civilisation, qu’ethnie, que race, etc. ; et même que … peuple… La nation est une idée confuse, alors qu’elle devrait être claire pour tous, de par ces confusions… Et ceci impose d’ailleurs de définir les mots supposés synonymes…

 

                                    § 2. Dixième difficulté : confusion v. incomplétude

 

Maintenant, s’agit-il d’une idée confuse ou d’une idée seulement incomplète, car, le plus souvent, lorsqu’il y a obscurité dans l’esprit sur un sujet cela est dû à une insuffisance d’idées, ou alors à un manque de connaissances, de lumières sur le sujet. Certes, l’idée de nation est incomplète parce que l’on ne représente pas totalement son objet, mais ici, la confusion ne nait pas de la seule incomplétude ; elle nait du concept lui-même ! …

 

Section 3. Les difficultés de l’approche selon l’origine de l’idée

 

                                    § 1. Onzième difficulté : sensation v. raison

 

Reste la question de l’origine, de la manière dont nous vient ou nous est venue l’idée de nation… Et, là encore difficulté ! En effet, l’origine d’une idée peut être expérimentale (de l’externe), psychologique (de l’interne), bref liée à l’idée de sensation, l’intuition pouvant être considérée comme une sensation ; mais elle peut aussi être d’origine rationnelle, produit non plus de la sensation mais de la raison. Or, la nation est tout cela à la fois : le fruit d’une expérience sociale commune, le fruit d’une intuition de communauté, mais aussi le fruit de la raison elle-même, ce qui fut le cas dans l’esprit de la plupart des Constituants…

 

La nation est un phénomène tant psychologique que moral, mais surtout un phénomène social, supposant donc une nature ayant une certaine fixité, indifférente à l’action qu’elle subit, ce qui est distincte de l’identité. Or, un phénomène social est modifié en permanence par la conscience même que l’on en prend, ce qui permet de lui proposer d’autres fins. Cela le distingue d’une technique politique qui consiste à utiliser, pour une fin clairement définie, des déterminismes naturels ; on pensera ici à la pensée de Dominique Parodi.

 

 

                                    § 2. Douzième difficulté : vérité v. erreur

 

Maintenant, on considère, du moins en Occident, qu’une idée est soit juste, soit fausse, ce qui a été au cœur du débat politique sur ce sujet quant à la nation. Mais comment se fait-il que l’idée maîtresse d’une Constitution puisse tantôt être jugée vraie, tantôt jugée fausse, parfois même par les mêmes personnes, non pas forcément simultanément dans le temps, mais dans l’espace ? Tout est ici affaire de jugement. Néanmoins, un concept aussi fort que celui de nation ne devrait pas être jugé faux par des républicains, tout comme des anti-démocrates ne devraient pas forcément le juger comme vraie ! Paradoxe ! Si l’idée de nation est à la fois juste ou fausse selon l’instant ou le lieu, c’est donc qu’elle est mal définie ou indéfinissable, car un jugement ne peut pas être double sur le même objet ! De plus, si une idée est jugée de cette manière, elle ne peut en aucun cas être cause première, alors même qu’elle est centrale dans notre histoire constitutionnelle ! Enorme difficulté !!!

 

§ 3. Treizième difficulté : quelle logique ? un, deux, trois, quatre, … ?

 

Ne faudrait-il donc pas raisonner autrement la nation, selon une autre logique, par exemple en s’inspirant d’autres cultures, non forcément contradictoire ? Par exemple, la logique japonaise n’admet pas deux possibilités de jugement, mais quatre : certes le « oui » et le « non », mais aussi le « oui-et-non » et le « ni-oui-ni-non » (cf. Marc Luyckx, Les religions face à la science et la technologie, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, novembre 1991, page 181). On notera que, dans son Ethique à Nicomaque, Aristote dit clairement que le juste est quelque chose de proportionnel (…) et que la proportion discrète est formée de quatre termes (…) le juste se [composant] également de quatre termes au moins, (…) (Aristote, Ethique à Nicomaque, V, III, 8-9) ; notons aussi que, dans son Ethique à Eudème, il insiste sur la médiété et sur les intermédiaires qu’elle porte (Aristote, Ethique à Eudème, II, 3). Il n’y a donc aucune incompatibilité avec la pensée européenne classique !

 

Dès lorsque l’on modifierait les possibilités de jugement logique, certaines difficultés s’estomperaient, …même si d’autres émergeraient… Ou encore admettre que la nation, idée métaphysique par nature, tout en n’échappant pas aux obstacles et aux difficultés de la métaphysique et de la théodicée, peut être pluriel tant verticalement qu’horizontalement en un même espace, ce qui condamne d’une manière ou d’une autre la conception fixiste de l’Etat-nation ? Ou encore penser la nation non plus dans les approches monistes, duales ou ternaires traditionnelles aux sociétés indo-européennes et méditerranéennes pour la penser dans la vision quaternaire proposée par les civilisations noires africaines, par l’hindouisme tardif ou encore par … le Catholicisme marial ! … Treizième difficulté, d’autant plus que chacune de ces quatre approches cosmologiques du monde a sa propre approche de la nation, le problème définiteur se posant en fait dès que la vision dépasse le binaire car on n’est plus dans le duel mais en présence d’une altérité qui complexifie les rapports qui, dès lors, ne sont plus simplistes !

 

On pourrait réfléchir à partir de la vision quaternaire, qui permettrait d’intégrer le « soi », l’ « autre », le « tierce » et … le monde lui-même ! Et nous n’avons pas forcément à inventer ! L’organisation des sociétés et des pouvoirs africains n’est pas trinitaire mais quaternaire (cf., y compris pour  les trois éléments suivants, Dika-Awa nya Bonambela, « La sacralité du pouvoir et le droit africain de la succession », in : Sacralité, pouvoir et droit en Afrique, Éd. du CNRS, 1979, et notamment de la page 39 à la page 45) :

il y a ainsi quatre fondements du pouvoir : l’homme, l’ancêtre, la divinité et enfin Dieu en tant que tel ;

chaque point cardinal est associé à une saison ou à un moment de la journée, les règles organisant l’espace de la cité reflétant celles de l’organisation sociale, mais aussi et surtout la cosmologie. En effet, la cité est organisée sur un plan quaternaire, y compris en Égypte pharaonique ;

tout comme il y a quatre formes d’énergie substance de tout pouvoir politique : la capitalisation des biens, la capitalisation des parentés, la capitalisation de prestige et la capitalisation des connaissances.

 

Donc, alors que la conception de la société en Europe et en Asie occidentale et centrale est avant tout géo-cosmique, elle est avant tout cosmo-biologique en Afrique. En Afrique noire, le pouvoir et le droit partent de l’ethnie pour aboutir au cosmos en passant par l’organisation sociale, alors qu’en Europe et dans le monde indo-européen, le pouvoir et le droit partent du cosmos, de la terre et de l’individu pour aboutir, là encore par l’organisation sociale, à la société ; et, dans la pensée des Lumières qui nous baigne et qui inspire notre vision politique, la nation est substitut au cosmos... Et pas de rupture néanmoins dans la pensée quaternaire puisqu’un point commun existe cependant : la nécessité d’une organisation sociale, ce qui explique pourquoi il y a conjonction entre les modes de royauté et les modes de sacralisation entre ces deux cultures…

 

Un autre point de conjonction est que, chez les noirs africains le trait d’union entre la divinité et l’humanité est symbolisé par trois pierres, trois autels, comme si la vision trinitaire restait la pierre de base de toute l’humanité dès que l’on veut institutionnaliser une autorité ou potentialiser une institution… On peut penser ici au Masoso, c’est-à-dire aux trois pierres reliant les divinités aux humains que l’on retrouve dans le foyer de chaque Père-maître et seigneur du lignage Djolof au Sénégal. À noter aussi une très fréquente division binaire entre le dos et le ventre…, ainsi qu’une vision unitaire dans l’approche solidaire de la famille, du groupe, de la tribu ou de l’ethnie…

 

                                    § 4. Déconstruire ?

 

Il serait aussi intéressant de faire application à la nation des processus de déconstruction posés par Derrida, qui propose par ce procédé d’en revenir aux briques originelles, permettent de revenir à une structure initiale de pensée de cette idée, et ce quel que soit le penseur politique analysé. Le socle pourrait être, malgré les paradoxes, solide… Et si, en fait, ce n’était pas le schème fondateur qui variait, l’idée de nation qui variait dans ses imprécisions, mais seulement les schèmes interprétatifs ? Or, rien de cela n’a été fait !

 

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Science politique
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 09:46

Jusqu'à ces dernières années, et même aujourd'hui, l'idée de nation a dominé la culture européenne. L’Armée n'étant, dans une démocratie, que la délégataire de la nation, il nous faut donc définir ce qu’est la nation. Il nous faudrait aussi définir ce qu’est l’État.

 

Pourquoi la nation ? Il faut toujours un principe indépassable pour qu’il y ait justice, ordre et liberté … Quel qu’il soit, Dieu ou la raison, la nature, le peuple ou la nation ! Mais il faut aussi un consensus minimal sur ce point, et c’est ce que recherchait selon moi, peut-être suis-je naïf, Nicolas Sarkozy, ou du moins certains de ses conseillers…

 

                        Section 1. La Nation, fille de 1789, et son détournement

 

Souvenons-nous que la nation est fille de 1789 ! Qu’elle fut adulée par Saint-Just, personnage clé de son émergence dans le vocabulaire politique et constitutionnel français !

 

La Révolution française a eu des implications paradoxales : elle se présente d'emblée comme un fait européen, sera réaffirmée comme telle, mais elle va embraser partout les sentiments nationaux. La Révolution  française se veut un fait européen par la bouche de Saint-Just lorsqu'il écrivait en 1791 :

« L'Europe marche à grands pas vers sa révolution, et tous les efforts du despotisme ne l'arrêteront point. Le destin, qui est l'esprit de la folie et de la sagesse, se fait place au travers des hommes et conduit tout à sa fin. La révolution de France n'est point le coup d'un moment, elle a ses causes, sa suite et son terme : c'est ce que j'ai essayé de développer. Je n'ai rien à dire de ce faible essai, je prie qu'on le juge comme si l'on n'était ni Français ni Européen... » (Louis Antoine Léon de Saint-Just, Esprit de la Révolution et de la Constitution de France, 1791), 

ou encore en 1793 :

« La Constitution des Français doit consumer le ridicule de la Royauté dans toute l'Europe, (...) ; elle doit être simple, facile à établir, à exécuter et à répandre..... Bientôt les nations éclairées feront le procès à ceux qui ont régné sur elles ; les rois fuiront dans les déserts, parmi les animaux féroces leurs semblables, et la nature reprendra ses droits. » (Louis Antoine Léon de Saint-Just, Discours à la Convention sur la Constitution à donner à la France du 24 avril 1793).

Michelet reprendra cette idée par ces lignes : Par devant l'Europe, la France, sachez-le, n'aura jamais qu'un seul nom, inexpiable, qui est son vrai nom éternel : La Révolution (Jules Michelet, Le Peuple). Le messianisme français a en fait intensifié les particularismes et les sentiments nationaux dans toute l'Europe et, en s'efforçant de parachever par la force une certaine unité culturelle par une unification politique, Napoléon Ier allait lui donner le coup de grâce.

 

Au XIXème siècle, l'art lui-même devient national, un fait radicalement nouveau, même la Renaissance ayant laissé libre champ à la diffusion artistique, ce dont il faut lui être gré. L'oeuvre et la vie de Verdi sont là pour en témoigner. Ainsi, Verdi deviendra célèbre grâce au caractère patriotique de Nabucco, les spectateurs lisant en filigrane de l'histoire des Hébreux opprimés par les Assyriens celle de l'Italie occupée par l'Autriche, le célèbre Va pensiero  des Hébreux ayant été voulu comme un hymne à la liberté de l'Italie, de la nation italienne… O ma patrie si belle que j'ai perdue ! O souvenir si cher et si fatal ! D'ailleurs Verdi devait faire suivre cet opéra par un autre à caractère encore plus patriotique : I Lombardi.  Et que penser de son opéra La Bataille de Legnano qui raconte l'histoire de l'empereur Frédéric Barberousse battu par une ligue lombarde au sein de laquelle sont unies les principales villes italiennes, la répétition générale de l'œuvre à Rome le 27 janvier 1849 étant saluée aux cris de Vive Verdi ! Vive l'Italie !, en réponse au serment des soldats de la Ligue : Vive l'Italie ! Un pacte sacré unit tous vos fils. Verdi lui-même n'expédia t-il pas à Mazzini un hymne intitulé Suona la tromba, avec ces mots : Pour chanter avec  accompagnement  de canon dans les plaines de Lombardie (!!).

 

C'est l'émergence du romantisme, de Fichte à Michelet, de Goethe à Chopin, de Mazzini à Wagner, romantisme qui met en valeur la Nation, la subjectivité et le peuple. Michelet écrivait ainsi : Il y a bien longtemps que je suis la France,  vivant jour par jour avec elle  depuis deux milliers d'années ; il écrivait de même que l'Angleterre est un Empire, l'Allemagne est un pays, une race, la France est une personne (Jules Michelet, Histoire de France, chapitre II), mettant en évidence la lien entre la subjectivité et la rupture induite par le fait national. Michelet se voulait aussi le porte-parole du Peuple : Et moi, qui en suis sorti, qui ai vécu avec lui, travaillé, souffert avec lui, qui plus qu'un autre ai acheté le droit de dire que je le connais, je viens poser contre tous la personnalité du peuple. Quant à la subjectivité, il s'agit du règne exclusif du moi, comme l'exprime dans ces mots le poète allemand Johann-Paul Friedrich : Un matin, ...me vint du ciel comme un éclair cette idée : «Je suis un moi », qui dès lors ne me quitta plus ; mon moi s'était vu lui-même pour la première fois, et pour toujours., ou encore, avec encore plus de force en ce qui concerne le déchirement du romantique, Chateaubriand : Dans l'existence intérieure et théorique, je suis l'homme de tous les songes; dans l'existence extérieure et pratique, l'homme des réalités. Aventureux et ordonné, passionné  et méthodique, il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi, de plus ardent et de plus glacé... (François René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe,  première partie, livre XI, chapitre 1).

 

Les cultures nationales ne sont certes pas choses nouvelles en Europe, mais elles avaient toujours gardé un caractère subordonné par rapport à celui de la culture européenne commune aux élites et aux peuples de tous les lieux européens; ainsi en était-il par exemple des Chants Courtois des troubadours occitans. C'est cela qui est fini : désormais il n'y a plus de culture cosmopolite commune mais seulement un système de cultures nationales.

 

Mais, avant d’aller plus loin, une quasi-provocation à partir d’un passage de Guy Sorman. Ce dernier affirme que les hommes, comme les abeilles de Mandeville, contribuent par la somme de leurs vices et de leurs vertus à édifier un ordre collectif dont les principes mêmes leurs échappent (Guy Sorman, La solution libérale, Fayard, Paris, 1984, pp. 71-72). Et si la nation était cet ordre collectif ? Et surtout, sommes-nous capables de dire quels sont les principes même de la nation ? Peut-on connaître ces principes ? Et, s’ils sont, ne sont ils pas évolutifs en fonction du temps, de nos actes, de ceux de nos partenaires et adversaires, mais aussi de notre démographie, de nos décisions politiques, et ainsi de suite ? Bref, la nation et son identité sont-elles des notions figées ou évolutrices ? et surtout, peut-on savoir ce dont on parle lorsque l’on parle de nation, d’identité et d’identité nationale, ou cette tache est-elle impossible ?

 

Cette tache est-elle impossible ? et ce d’autant plus que dans nos sociétés, inspirées par un libéralisme mal compris et d’ailleurs tel que condamné par tous les Papes, prévaut la thèse selon laquelle chaque individu n’a qu’une seule approche du monde, toujours égocentrée. Cette vision, paradoxalement bien plus répandue chez les socialistes et les extrêmes français qu’à droite, est celle défendue et promue par l’égérie du co-listier de Mitt Romney, Paul Ryan, bref par Ayn Rand ; cette dernière ultra-libérale à faire passer un Jacques Garello pour un affreux marxiste avait posé la doctrine de l’égoïsme rationnel ; notons que cette doctrine est née de sa vision athée et libertaire de la vie…

 

Mais, si la nation est indéfinissable, alors même qu’elle semble au cœur de beaucoup, est-il possible de la dépasser, de la cadrer malgré tout ?

 

Section 2. La nation dans les textes constitutionnels français, …et quelques autres

 

Nous nous bornerons ici à voir si la nation comme telle est présente ou non dans diverses Constitutions qui ont accompagné nos institutions depuis 1789.

 

La Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789

Le mot nation n’apparaît qu’une seule fois dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, mais en un lieu fondamental de ce texte, puisque l’article 3, déjà cité, pose que le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. L’importance d’un mot n’est donc pas liée à sa fréquence. Reste que l’on doit se poser deux questions fondamentales à la lecture de cet article 3 : 1/- Qu’est-ce que la nation, lieu de résidence de la souveraineté ? 2/- L’adverbe essentiellement doit-il se comprendre au sens d’essence, ou au sens de source première mais non pas unique ? de la réponse à ces deux questions dépend tout l’esprit des institutions… Or, y a t-on répondu ???

 

La Constitution du 3 septembre 1791

Le mot nation  est présent 23 fois dans la Constitution de 1791. Il est surtout utilisé comme opposition, ou plus exactement comme équilibre, à la personne du roi.

 

On a souvent posé la nation telle que définie par la Constitution de 1791 comme étant la réunion du roi et du peuple. Or, ceci est à la fois vrai et faux ! C’est vrai puisque la nation est posée comme la source de tous les pouvoirs, tant le roi que le Corps législatif étant des organes, les deux organes vivants de la nation, les deux organes délégués de la nation, le pouvoir exécutif étant délégué héréditairement à la race régnante, le pouvoir législatif étant délégué par élection aux représentants du peuple. Mais c’est faux puisque le roi était considéré comme ayant abdiqué dans trois cas, ouvrant de facto à sa succession : a) s’il ne prêtait pas le serment d’être fidèle à la nation et à la loi, de maintenir la Constitution et de faire exécuter les lois ; b) s’il se mettait à la tête d’une armée dirigée contre la nation ou ne s’opposait pas par un acte formel à une telle entreprise dirigée contre la nation ; c) si, étant sorti du royaume sans autorisation de la nation, il n’y rentrait pas dans le délai fixé par proclamation du corps législatif, ce délai devant être d’au moins deux mois. Or, s’il était partie de la nation, pourquoi le roi devrait-il prêter serment à lui-même ? s’il était partie de la nation, pourrait-il s’y opposer, s’opposer à lui-même ?

 

La Constitution du 24 juin 1793

Le mot nation n’est repris qu’une seule fois dans la Constitution de 1793, en son article 29 qui dispose que chaque député appartient à la nation entière. Par contre, l’article 23 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen posée ici comme partie intégrante de la Constitution (…dans une version différente de celle de 1789) pose le principe de la souveraineté nationale.

 

La Constitution du 5 Fructidor An III (22 août 1795)

Cinq références au mot nation, avec ou sans la majuscule de majesté d’ailleurs, aux articles 15, 52, 132, 373 et 374. Le plus significatif est l’article 52 qui dispose que les membres du Corps législatif ne sont pas représentants du département qui les a nommés, mais de la Nation entière, et il ne peut leur être donné aucun mandat.

 

La Constitution du 22 Frimaire An VIII (13 décembre 1799)

Une seule référence à la Nation française à l’article 86, et encore dans un article relatif aux veuves, orphelins et invalides de guerre. L’esprit est finalement proche de celui du préambule de 1946 qui lui aussi n’usait de l’expression nation que pour introduire des mesures à caractère social.

 

Le Senatus-consulte organique de la Constitution du 16 thermidor An X (4 août 1802)

Aucune référence à la nation… Par contre, on retiendra que l’article 2 du  Senatus-consulte du 14 thermidor an X (2 août 1802)proclamant Napoléon Bonaparte Premier consul à vie prévoir une statue de la Paix, tenant d'une main le laurier de la Victoire, et de l'autre le décret du Sénat, le tout attestant à la postérité la reconnaissance de la Nation à Napoléon Bonaparte ; ici, nation est posée en opposition à peuple, puisque l’article 3 dispose que le Sénat portera au Premier consul l'expression de la confiance, de l'amour et de l'admiration du peuple français. Texte totalement incohérent dans les faits, comme si l’on avait voulu juxtaposer des mots parlant aux cœurs de tous sans leur donner en fait aucun sens réel, aucun sens autre que politique et d’adhésion à la personne du premier consul !

 

La Constitution du 28 floréal An XII (18 mai 1804)

Seulement deux références, et encore très vagues, l’une à l’article 14 édictant la nécessité  d’une organisation du palais impérial conforme à la dignité du trône et à la grandeur de la nation, l’autre à l’article 55 relatif au serment du régent qui comporte une partie l’engageant à maintenir (…) les droits de la nation. On remarquera que l’article 53 relatif au serment de l’Empereur ne comporte aucune disposition relative au respect ou au maintien des dits droits…

 

La Charte constitutionnelle du 4 juin 1814

Aucune référence à la nation…

 

L’Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire du 22 avril 1815

Deux références seulement à la nation, dont la principale en préambule posant pour fait que Napoléon avait toujours cherché à répondre aux besoins et aux désirs de la nation. L’autre référence se retrouve à l’article  41 qui dispose que tout ministre, tout commandant d'armée de terre ou de mer, peut être accusé par la Chambre des représentants et jugé par la Chambre des pairs, pour avoir compromis la sûreté ou l'honneur de la nation ; très flou là encore, car comment définir l’honneur de la nation pour en rester à ce seul cas ?

 

La Charte constitutionnelle du 14 août 1830

Aucune référence à la nation. L’adjectif national n’est utilisé que par référence à la propriété nationale ou à la garde nationale.

 

La Constitution du 4 novembre 1848

La référence à la nation est totalement absente de la Constitution de 1848 ! Par contre, l’adjectif national est omniprésent, mais le plus souvent dans le cadre de l’expression Assemblée nationale. On retiendra surtout que l’article 1er de cette Constitution précise que la souveraineté réside dans l'universalité des citoyens français ; elle n’utilise donc ni peuple, ni nation comme siège et détenteur de la souveraineté, comme si l’universalité des citoyens français était la conjonction des deux notions !

 

Les Lois constitutionnelles des 24 février, 25 février et 16 juillet 1875

Le mot nation à nouveau absent des Lois constitutionnelles de 1875. Par contre, l’adjectif nationale est utilisé en permanence pour qualifier l’Assemblée.

 

Les Actes constitutionnels de l’Etat français (régime de Vichy)

Le mot nation est toujours totalement absent des divers Actes constitutionnels de Vichy, sauf pour évoquer une éventuelle ratification d’un projet de Constitution.

 

La Loi du 2 novembre 1945 portant organisation provisoire des pouvoirs publics

Aucune référence à la nation, même au travers d’un adjectif ; il est vrai que ce texte ne comporte que 8 articles. On notera juste le fait que c’est le peuple qui a adopté cette loi, pas la nation.

 

Le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946

La Nation apparaît trois fois, plus une fois au travers du pronom elle dans le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, toujours en lien avec des droits sociaux d’ailleurs, droits que se doit de protéger la Nation. On notera que les quatre alinéas concernés se posent en opposition totale avec la Déclaration de 1789 !

 

Le dixième alinéa pose le caractère plurielle de la société en édictant que La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. Cet alinéa se pose en opposition totale avec l’individualisme proclamé tout au long de la Déclaration de 1789. Notons que la famille n’est pas ici définie par le mariage, comme le démontrent notamment les débats du 29 août 1946, en particulier l’intervention du député Pineau. La famille n’est pas posée comme une fonction ou comme ayant des fonctions, mais seulement comme ayant de simples doits matériels. Sa conception est donc toute autre que celle de l’article 4 de la Déclaration de l’An VIII, des paragraphes IV et VIII du Préambule de 1848, et bien évidemment des dispositions de la Loi constitutionnelle du 10 septembre 1940 et des principes de la communauté de décembre 1941…

 

Pour leur part, les alinéas 11, 12 et 13 insiste sur le rôle actif de la société. Ici, encore en total contraste avec les principes de 1789, l’Etat a un rôle positif, voire même actif à jouer dans la société. Cela passe par l’édiction de garanties matérielles : a) des garanties dans le quotidien, avec par exemple le passage de l’assistance à l’assurance posé à l’alinéa 11 ; b) des garanties face aux situations anormales, avec l’obligation de solidarité et d’égalité devant les calamités posée à l’alinéa 12 ; c) des garanties intellectuelles, posées à l’alinéa 13.

 

La Nation est donc invoquée pour introduire la société dans les droits de l’homme et du citoyen, pour réformer certains principes républicains, et ce sous une majorité pas particulièrement de droite, soit dit en passant !

 

La Loi constitutionnelle du 3 juin 1958 portant dérogation transitoire aux dispositions de l’article 90 de la Constitution

Même si l’on y évoque trois fois l’Assemblée nationale, mais uniquement comme source de la dite loi, aucune référence à la nation…

 

La Constitution du 4 octobre 1958

Il n’apparaît que six fois dans le texte de la Constitution de 1958. Par contre, l’adjectif national est présent, ainsi que par exemple les idées de nationalité et de nationalisation. Notons que son Préambule pose comme impératifs les principes de la souveraineté nationale, alors que le premier alinéa de son article 3 pose clairement le principe de souveraineté nationale : La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

 

On notera bien le pluriel au mot principe, qui s’oppose au singulier de l’article 3 de la déclaration de 1789. Une confrontation des deux passages constitutionnels, puis une analyse fine de leur contenu serait nécessaire ! Pour continuer sur le pluriel utilisé dans le Préambule, le lien étant fait directement avec la Déclaration de 1789, le Préambule de 1946 et la Charte de l’environnement de 2004, on peut affirmer sans risques que le contenu de ces trois textes est le définiteur tant de la souveraineté nationale que de la nation elle-même ; or, en se posant comme universels et non spécifiquement citoyens, ces principes font que la nation ne peut pas, dans le cadre de la Cinquième République, se limiter aux seuls citoyens, aux seuls nationaux français ! La nation serait-elle donc plus vaste que, ou a minima dépasse, en son et ses principes le peuple français lui-même ? Ceci devrait interpeller nos dirigeants de toutes tendances !

 

La Charte de l’environnement de 2004

 

La nation n’apparaît qu’une seule fois dans la Charte de l’environnement de 2004, et encore de manière accessoire en son Préambule : (…) Que la préservation de l'environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation. Néanmoins, cet accessoire n’est pas sans importance, très loin de là, car il met l’environnement au rang des autres intérêts et priorités nationaux. Par contre, ce texte met en avant le peuple, puisqu’il commence par ces mots : Le peuple français (…) ; dans le cadre de l’environnement, les seuls français seraient-ils plus importants que le reste de l’humanité ? Mais cette impression est corrigée par le Préambule de la Constitution de 1958… Néanmoins, on pourrait pressentir ici une tendance réductrice, un peu exclusive, paradoxalement par le remplacement du mot nation par le mot peuple !

 

Dans tous les cas, aucun texte constitutionnel ne donne la moindre définition de la nation ! Par ailleurs, contrairement à une idée reçue, le mot nation est finalement très rare dans les textes constitutionnels français, exception faite de celle de 1791 !

 

On notera en passant que la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne  du 23 mai 1949 ne fait à aucun moment usage du mot de nation ! On notera aussi que la Constitution turque, dans sa version révisée le 23 juillet 1995, regorge de références à la nation, mais aussi au … nationalisme et à toutes les autres déclinaisons possibles du mot : nationalité, nationalisation, national, etc… 259 occurrences pour …194 articles, y compris les transitoires ; comme si l’on voulait de force imposer, asséner, faire croire à l’idée d’une nation turque se confondant avec la Turquie ! On pourrait dire au travers de ces deux exemples que là où la nation est évidente on n’a pas besoin de la citer, mais que là où elle n’est pas totale – de nombreuses populations turques sont en fait dispersées en Asie – ou réelle – pensons aux minorités kurde, orthodoxe, arménienne, assyro-chaldéenne, tcherkesse, et cetera (en fait 46 groupes ethniques et minorités) – on la met à toutes les sauces…

 

 

  Dessine-moi une nation ! (2° partie)

 

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Science politique
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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 09:44

(suite de : Dessine-moi une nation ! (1° partie) )

 

                        Section 3. Les définitions de manuels scolaires

 

Nous nous contenterons ici d’énumérer quelques définitions de la nation tirées de manuels scolaires de diverses époques. Cette simple lecture permet déjà de ressentir l’évolution du concept selon les époques… On gardera néanmoins à l’esprit que jusqu’au milieu des années trente, les manuels parlent plus souvent de patrie, de peuple, de civilisation ou encore de race française (sic !!!) que de nation, celle-ci n’étant évoquée que comme synonyme d’Etat, en lien avec une certaine idée de civilisation spécifique admettant la diversité dans l’homogénéité, face aux autres nations, ou alors comme justificatif de … l’impôt voté par le parlement, représentatif de la nation ! En fait, la nation se substitue à la patrie dès lors que l’identité dans la différence commence à être perçue comme une réalité, soit au commencement de perception de la réalité des Colonies, soit à celle de perception des diversités régionales comme non antinomiques à la cohésion de la France… Elle est aussi utilisée dans un sens de possibilité de réconciliation avec les ennemis traditionnels qu’étaient le Royaume-Uni et l’Allemagne ; hélas, si la réconciliation a été possible avec les britanniques de par une approche assez voisine, elle fut impossible avec l’Allemagne, celle-ci continuant à ne penser la nation qu’au travers de l’idée de communauté de sang et de race au sens ségrégationniste ! Et ce fut un échec par le retour à la pseudo-synonymie entre patrie, peuple et nation, alors que ce sont trois choses, certes liées, mais très différentes !

 

1938 : «  Elle (la nation) est une grande famille. On a souvent défini la nation : une grande famille. Cette définition, prise dans son sens le plus large, indique bien la force des liens par lesquels les enfants d’un même pays sont reliés les uns aux autres : tous portent le même nom, ont les mêmes ancêtres, habitent le même territoire, ont entre eux mille traits de ressemblance physique et morale, même communauté d’intérêts et d’aspiration. De là, une réciprocité de sympathie et d’affection, qui se traduit plus particulièrement quand des compatriotes se rencontrent à l’étranger. » (Bourceau (E.) & Fabry (R.), Morale. Instruction civique. Droit usuel. Economie politique. Cours du brevet et des écoles primaires supérieures, Librairie L’Ecole, Paris, 1938, pp. 117-118)

Avec les deux définitions des années 80, il me semble que cette définition est la plus acceptable de celles ici exposées, la plus complète, même si elle tend néanmoins à trop insister sur l’idée d’ancêtres communs. Par contre, l’idée de famille, au sens spirituel mais non pas religieux ou encore de communauté génétique, est très intéressante car très parlante.

 

1938 : « Qu’appelle-t-on une nation ? C’est l’ensemble des citoyens ayant la même langue, mêmes mœurs, mêmes affinités de race, qui se groupent pour se constituer en un Etat autonome et indépendant. » Vuillemin (L.), Manuel de Préparation Militaire Elémentaire, Charles-Lavauzelle et Cie, Paris, 1938, 56ème éd.,  page 116)

La confusion est ici évidente avec l’Etat-nation ! De plus, cette définition est inquiétante car, finalement, non seulement elle tant à quantifier la nation, elle évoque la notion de race, mais aussi celle de langue. Or, le seul exemple suisse démontre qu’il peut exister au sein d’une même nation une pluralité de langues…

 

1948 : « La France comprend un certain nombre d’individus vivant généralement à l’intérieur des mêmes frontières, gouvernés par le même régime, et obéissant aux mêmes lois. Cette collectivité humaine est la Nation (on dit aussi souvent le pays). » (Longaud (F.), Précis d’instruction civique et économique. Classes de 4e et de 3e, Hachette, Paris, 1948, p. 39)

Outre le fait que le mot pays peut recouvrir plusieurs acceptations, dont des acceptations juridiques, la nation est ici résumée, réduite à l’une des trois composantes de l’Etat : la population. Dès lors, la nation ne serait que l’une des trois composantes de l’Etat, au même titre que le territoire et la souveraineté… Ou alors, la nation ne serait que la forme élaborée de l’Etat-nation, se confondant avec lui…

 

1970 : « La Nation, cela signifiait l’ensemble des citoyens français et le sol sur lequel ils vivaient. » (Leif (J.) & Grimal (P.), Instruction civique 3e, Fernand Nathan, Paris, 1970, page 10)

 

Cette définition est assez bizarre, car si elle semble en sa première partie définir très simplement mais clairement la conception de la nation qu’auraient pu avoir les législateurs de 1789, elle intègre en seconde partie la notion de sol. Or, il est patent que la notion de sol n’est pas un élément de la nation ; il y a ici confusion avec la patrie ou encore avec l’Etat-nation ! Peut-il y avoir une vie démocratique d’un sol, pour reprendre la finale du quatrième alinéa de l’article 4 de notre Constitution ? Pour en rester à cette notion de sol, bref de territoire, on peut s’interroger à la lecture des premiers mots de l’article 16 de la Constitution de 1958 : Lorsque les institutions de la République,  l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire (…). Le territoire dont il est question est-il celui de la République ou de la nation ? Il semble bien que ce soit celui de la République et non pas de la nation

 

Peut-on nier que la Pologne a existé en tant que nation en dehors même de toute souveraineté, voire même de territorialité réelle, sans même parler de la nation juive, plus et toujours diaspora, malgré l’existence de l’Etat d’Israël ? On notera de plus l’imparfait utilisé, comme si la nation n’existait plus, comme si la nation n’était plus qu’une notion du passé ; or, ceci est inexact dès lors qu’elle apparaît toujours comme une réalité fondatrice dans notre corpus constitutionnel.

 

 

1984 : « A l’idée même de nation s’attachent deux images contraires entre lesquelles a oscillé son histoire depuis deux siècles : une image positive, parce que la nation est liée à l’idée de civilisation, au progrès, à l’émancipation des peuples opprimés et désireux de devenir des nations libres, indépendantes et souveraines. Une image négative, parce que la préférence accordée à sa propre nation nourrit facilement un nationalisme xénophobe et un patriotisme chauvin. » (Nora (P.), « Nation », in : CNDP éd., Guide républicain. L’idée républicaine aujourd’hui, Delagrave et al., Paris, 2004, p. 66)

Cette définition met très bien en évidence la problématique de la nation. La nation peut être ange ou démon, voire les deux à la fois ! Esope disait que la langue pouvait être la meilleure et la pire des choses ! Il en est de même de la nation, et c’est là la difficulté de toute réflexion sur elle ! Selon que l’on choisisse telle ou telle approche… La nation en elle-même, du moins en son acceptation française, n’est ni bonne ni mauvaise a priori, le seul critère déterminant, étant celui de l'objectif pour lequel elle est utilisée... Des conclusions opératoires et institutionnelles que tirent les gouvernements de la nation dépendent en grande partie la justice et la démocratie. Comme disait Ésope....

 

1985 : « – Mais qu’est-ce que la Nation française ? – C’est l’ensemble des habitants, des Français qui vivent sur le territoire national. Ils parlent une même langue, ils ont défendu leur patrie, ils ont écrit et continuent à écrire chaque jour les pages de leur Histoire. Ils ont vécu des guerres, construit des monuments. Leur devise est « Liberté, Egalité, Fraternité ». (…) Tout cela t’appartient, comme à tous les Français : c’est ton patrimoine. » (Vanderschaeve (J.), Instruction civique CE2, Magnard, Paris, 1985, page 67)

 

A bien les lire, nous voyons que ces définitions s’adressant à des enfants sont parfois bien plus signifiantes et caractéristiques d’une époque que certaines posées par des philosophes ou des politiques. Elles sont de plus fondamentales à connaître en ce sens qu’elles ont marqué les esprits des générations qu’elle a touché, étant énoncées souvent lors du seul contact des citoyens avec la théorie civique. On notera aussi que leur vision est le plus souvent fermée, réservant l’appartenance à la nation aux seuls citoyens français ; ceci nous posera problème lorsque j’évoquerai in fine le paradoxe du Légionnaire, tout comme cela peut aussi poser problème avec l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

 

Section 4. Les définitions de dictionnaires antérieurs à la seconde guerre mondiale

 

On notera dans ces dictionnaires l’absence de toute vision spirituelle à la Renan, l’idée de territoire prédominant, celles de lois et de langue commune n’étant pas toujours reprise. On notera que seules les définitions postérieures à la défaite de 1870 évoquent la notion de mœurs communes ou encore de race. Ce qui prédomine, c’est le caractère descriptif de la nation, très proche de l’usage que fit du mot Voltaire, d’ailleurs bien plus dans Le Siècle de Louis XIV que dans son Dictionnaire philosophique. Notons ici que Voltaire, farouche partisan de l'évolutionnisme, allait surtout travailler sur les indiens du Canada. Néanmoins, ses recherches présentent le grave défaut d'avoir été réalisées non sur le terrain mais au travers de seuls témoignages écrits, plus ou moins véridiques. Pas d'observation directe sur le terrain, pas de témoignages émanant de scientifiques... Selon Voltaire, la diversité des cultures et des sociétés humaines serait la représentation d'une série de clichés, clichés représentant chacun l'une des différentes phases de l'évolution de l'homme, cette succession de clichés étant la preuve de l'évolution des sociétés. Donc, par introduction du facteur temps, le sauvage n'est plus le barbare ; certes… Pourtant, cette théorie, séduisante au premier abord, surtout pour des hommes du XVIIIème siècle pétris des Lumières, n'avait ni base réelle, ni expérimentation sur le terrain, d’autant plus qu’il tire de cette évolution l’idée de race, ainsi que celle, du fait de l’évolution de la supériorité de races sur les autres…

 

Le mot nation  est donc neutre – au contraire du mot patrie, que l’on retrouvera d’ailleurs dès les premiers mots de La Marseillaise -, du moins jusqu’à 1789, même si des exceptions existent parfois, mais nous y reviendrons…

 

1690 – « Nation - Se dit d’un grand peuple habitant une même étendue de terre renfermée en certaines limites ou même sous une certaine domination. » (Dictionnaire de Furetière(cité in : Fr. Furet & M. Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution Française. Idées, Flammarion, Paris, 1992, coll. Champs n° 267, page 340))

 

1694 : « Nation – Tous les habitants d’un mesme Etat, d’un mesme pays, qui vivent sous les mesmes lois, et usent de mesme langage. » (Dictionnaire de l’Académie Française (cité in : Fr. Furet & M. Ozouf, Dictionnaire critique (…). Idées, op. cit., page 340))

 

1771 : « Nation - Se dit d’un grand peuple habitant une même étendue de terre renfermée en certaines limites ou même sous une certaine domination. » (Dictionnaire de Trévaux (cité in : Fr. Furet & M. Ozouf, Dictionnaire critique (…). Idées, op. cit., page 340). On notera l’exacte reprise de la définition du Furetière.)

 

1789 : « Nation - Tous les habitants d’un même état, d’un même pays. » (Vocabulaire François ou Abrégé du Dictionnaire de l’Académie Françoise, Demonville, Paris, 1789, nvlle. éd., page 460, col. 1)

 

1874 : « Nation – Réunion d’hommes habitant un même territoire, soumis ou non à un même gouvernement, ayant depuis longtemps des intérêts assez communs pour qu’on les regarde comme appartenant à la même race. (…) Fig. Toute espèce de gens considérés comme faisant une sorte de nation à part. (…) » (Littré (Em.), Dictionnaire de la langue française, édition de 1874, page 746, col. 2)

 

1878 : « Nation - Agglomération d’hommes vivant sous les mêmes lois, en communauté de mœurs et de langage, dans une certaine circonscription territoriale. » (Lachatre (M.), Nouveau dictionnaire universel, Docks de la Librairie, Paris, 1878, vol. 2, page 817, col. 2)

 

1883 : « Nation – (…) Agglomération d’hommes vivants sous les mêmes lois, en communauté de mœurs et de langage, dans une certaine circonscription territoriale. (…) Se dit quelque fois des habitants d’un même pays, encore qu’ils ne vivent pas sous le même gouvernement. Ainsi l’on dit la nation italienne, la nation allemande, … (….) On nomme aussi nation une agrégation d’hommes qui ont une origine commune : ainsi, aujourd’hui partie de peuples différents, on peut très bien dire la nation slave, pour exprimer cette collectivité d’individus ayant une origine commune, attestée encore par l’identité des mœurs et du langage. (…) Fig. Classe d’individus suivant les mêmes principes, le même culte, les mêmes opinions, la même profession, … (…) Employé en cette acceptation, ce mot se prend souvent en mauvaise part. » (Bescherelle aîné, Dictionnaire national ou Dictionnaire universel de la langue française, Garnier Frères, Paris, 1883, 18ème éd., volume 2, page 614, col. 3 & 4. On notera l’exacte similitude entre la première des définitions données par ce dictionnaire et celle donnée par le Lachatre)

On notera la grande richesse de cette définition qui reprend beaucoup des sens que peut aujourd’hui revêtir l’idée de nation, mettant en évidence la difficulté de sa compréhension. Elle insiste en particulier sur le sens figuré du mot, trop souvent mis en avance ces dernières années comme seul signifiant du concept…

 

1928 : « Nation – Réunion d’hommes habitant un même territoire et ayant une origine commune ou des intérêts depuis longtemps communs, des mœurs semblables et, le plus souvent, une langue identique. (…) Fig. Classe d’individus unis par leurs opinions, leurs intérêts ou leur profession. (…) – Syn. Nation, peuple. Le mot peuple s’applique à cette même réunion d’hommes que comprend le mot nation, mais considérée au point de vue politique : plusieurs nations peuvent former un seul peuple. (…) – Encycl. Une nation peut se définir l’ensemble des personnes que réunit la conscience d’une certaine communauté morale, attestée le plus souvent par la communauté d’origine, de race ou de langue. La nation ne se confond avec l’Etat fondé sur la force, l’intérêt, le lien dynastique ou les nécessités géographiques, que lorsque les limites de l’une ou l’autre coïncident, ce qui n’est pas toujours le cas. (…) Il y a également une distinction à établir entre la nation et la patrie que constitue la volonté de vivre dans la même communauté politique : actuellement, la patrie suisse comprend des éléments empruntés à trois nations (…). » (Larousse du XXe siècle, Paris, 1928, volume 5 (N-Riz), page 23, col. 1 & 2)

 

Section 5. Des définitions de dictionnaires et de lexiques spécialisés

 

Droit

 

1988 : « Nation – Dr. const. – Groupement d’hommes ayant entre eux des affinités tenant à des éléments communs à la fois objectifs (race, langue, religion, mode de vie) et subjectifs (souvenirs communs, sentiment de parenté spirituelle, désir de vivre ensemble) qui les unissent et les distinguent des hommes appartenant aux autres groupements nationaux. (…) » (Guillien (R.) & Vincent (J.), Lexique de termes juridiques, Dalloz, Paris, 1988, 7ème édition, page 307, col. 2))

 

Géographie humaine

 

1970 : « Nation – Groupe de populations occupant un territoire « historique » uni par une communauté linguistique et culturelle et conscient de son unité. Une nation peut résulter de la fusion d’ethnies et de peuples différents réunis dans un même attachement à la défense d’un territoire et d’un patrimoine de civilisation, symbolisé par l’histoire et par une littérature nationale. – Une nation peut s’identifier avec un Etat (Etat national : la France, l’Italie), ou constituer un des éléments constitutifs d’un Etat sur la base de l’égalité des droits (Etat fédéral : la Fédération nationale de Yougoslavie) ou, dans la situation de minorité nationale, dans un Etat dirigé par une autre nation juridiquement privilégiée, même si la minorité bénéficie de la reconnaissance de ses droits culturels (…). – Enfin, un cas particulier est constitué par l’Allemagne, dont l’Etat national a été coupé en deux à la suite de la seconde guerre mondiale. » (George (P.) dir., Dictionnaire de la géographie, PUF, Paris, 1970, page 291, col. 1)

 

1984 : « Nation – Espace homogène où les populations participent de la même ethnie, ont une identité culturelle et linguistique poussée, et sont  héritières d’un patrimoine historique commun et bien défini. » (Cabanne (Cl.) dir., Lexique de géographie humaine et économique, Dalloz, Paris, 1984 , page 276)

 

Philosophie

 

1971 : « Nation – Groupe de citoyens qui se reconnaissent membres d’une même communauté. C’est cette reconnaissance qui constitue la nation (ni l’unité de langue, ni l’unité de religion ne sont nécessaires). Distinguer la nation de l’Etat qui désigne une unité purement administrative (par exemple : la nation polonaise, au cours de l’histoire, a été partagée entre l’Etat russe, l’Etat prussien, l’Etat autrichien). » (Huisman (D.) & Vergez (A.), Petit dictionnaire de la philosophie, Fernand Nathan, Paris, 1971, page 102)

Cette définition, très simple est peut être la meilleure possible, du moins si l’on évoque la nation hors du cadre du droit constitutionnel, le critère de reconnaissance ne pouvant concorder avec l’inscription de la nation dans des textes de droit positif, ce dernier s’imposant à tous, même à ceux qui ne le reconnaissent pas !

 

1992 : « Nation. – Lat. natio, dér. de nasci (naître), natus (né) : ensemble d’individus nés dans le même pays, nation. – Ensemble des familles ou des individus constituant ou ayant constitué une société politique autonome (Etat) ou du moins liés par une communauté de culture et de tradition, de race ou d’habitat, qui conditionnent ou leur font désirer cette autonomie. La nation polonaise survivait aux éclipse de l’Etat polonais. » (Foulquié (Paul), Dictionnaire de la langue philosophique, PUF, Paris, 1992, 6ème éd., page 467, col. 2)

 

Science politique

 

1974 : « Nation – Communauté humaine dont les membres, unis par des liens de solidarité matériels et spirituels, ont pris conscience de former une entité distincte des autres communautés humaines. Deux conceptions se dégagent de cette définition : – Une conception objective fondant l’existence de la nation sur des liens matériels ou ethniques tels que la race, la langue, la religion, etc. (conception de Gobineau, Chamberlain…). – Une conception subjective qui fonde la nation sur un ensemble d’éléments spirituels rattachés au passé d’un peuple (civilisation, histoire, tradition) ou orientés vers son avenir : volonté de vivre ensemble (Renan). » (Debbasch (Ch.) & Daudet (Y.), Lexique de termes politiques, Dalloz, Paris, 1974, page 163)

 

Section 6. La définition « officielle » de l’Académie française

 

« Nation n. f. XIIe siècle, naciuns. Emprunté du latin natio,-onis, « naissance », puis « peuple, nation ».

I. Anciennt. Groupe de personnes possédant une origine commune. Spécialt. Relig. Parfois avec la majuscule. Les nations, nom par lequel on désigne dans l'Écriture les peuples païens, par opposition au peuple élu. Le Christ prescrivit d'annoncer l'Évangile à toutes les nations. Saint Paul a été appelé l'Apôtre des nations. - Hist. Au Moyen Âge, terme utilisé dans l'université pour classer, suivant leur origine, les maîtres et les étudiants. L'Université de Paris comprenait au XIIe siècle quatre nations : celles de France, de Picardie, de Normandie et d'Allemagne. Les Quatre Nations, au XVIIe siècle, les populations des provinces du Roussillon, de Pignerol, d'Alsace et de Flandre, récemment rattachées à la France. Le collège des Quatre-Nations, fondé par Mazarin pour accueillir des élèves originaires de ces provinces, abrite aujourd'hui les cinq académies constituant l'Institut de France.   Fig. Se dit plaisamment d'une catégorie d'individus qui possèdent des caractères, des intérêts communs, qui forment une sorte de société. La nation des dévots, des poètes, des gens de justice. La Fontaine parle dans ses « Fables » de la nation des belettes.

II. Communauté dont les membres sont unis par le sentiment d'une même origine, d'une même appartenance, d'une même destinée.  1. Ensemble de personnes établies sur un territoire et unies par des caractères ethniques, des traditions linguistiques, religieuses, etc. Chaque nation a ses coutumes, ses mœurs. La sagesse, le génie des nations. Une nation de soldats, de commerçants, de navigateurs, qui s'est illustrée dans le domaine de la guerre, du commerce, de la marine. Nation belliqueuse, pacifique, policée, barbare. On parlait de la nation italienne, de la nation allemande à l'époque où l'Italie et l'Allemagne étaient partagées en divers États. 2. L'ensemble des personnes formant la population d'un État déterminé, soumises à la même autorité politique souveraine ; par ext., l'entité étatique représentant cette collectivité. La nation française, espagnole. Deux nations ennemies, alliées. Une jeune nation. Les droits, les libertés, les lois que se donne une nation.  Avec une majuscule, particulièrement depuis la Révolution française. La communauté, parfois considérée comme une personne juridique, que forment les individus régis par une même constitution. L'idée de Nation. La Nation délègue à ses représentants l'exercice de la souveraineté. Vive la Nation ! cri des troupes de Kellermann et de Dumouriez à la bataille de Valmy, en 1792. Spécialt. Pupille de la Nation, orphelin de guerre adopté par l'État et à qui est accordé jusqu'à sa majorité un soutien matériel et moral. Droit international. La Société des Nations ou, par abréviation, la S.D.N., l'organisation réunissant un grand nombre d'États, créée en 1920 pour le maintien de la paix mondiale et le développement de la coopération entre les peuples. L'Organisation des Nations unies ou, par abréviation, l'O.N.U., l'organisation internationale fondée en 1945 selon les mêmes principes que la Société des Nations, à l'initiative des Alliés vainqueurs de l'Axe. Clause de la nation la plus favorisée, voir Clause.  3. Par ext. Se dit aussi de l'ensemble des citoyens considérés comme un corps social distinct des individus comme du gouvernement. S'adresser, en appeler à la nation. Demander des sacrifices à la nation. Spécialt. La nation en armes, appellation qu'on donne parfois à l'organisation de la défense nationale fondée sur le concours actif de chaque citoyen. »

 

                        Section 7. A la recherche de l’impossible définition ?

 

Approfondissons… Au XIXème siècle, dans tous les domaines, la Nation s'affirme désormais comme la forme suprême de la société humaine, alors même que nul ne peut encore aujourd'hui, tant le phénomène échappe au rationnel, pour reprendre la phrase de Planhol dans Les Nations du prophète, définir de manière concrète, précise, voire même intuitive, ce qu'est une nation.

 

La nation est-elle cette grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a fait, ce désir de continuer  la  vie commune de Renan (1882) ? « (...) Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. .... La nation, comme l'individu, est l'aboutissement d'un long passé d'efforts, de sacrifices et de dévouements.... Une nation est donc une grande solidarité,  constituée par le sentiment des sacrifices  qu'on a  faits  et de   ceux qu'on est disposé à faire encore. » (Qu'est-ce qu'une nation ?, conférence prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882). Jolie, mais négative car excluant potentiellement les Juifs de la Nation dans son prolongement (cf. Le judaïsme comme race et comme religion, conférence prononcée en 1883.  Lire par exemple sur ce sujet délicat, car la pensée de Renan a pu être dépassée par ses commentateurs : Sand (Shlomo), De la nation et du peuple juif chez Renan, Editions Les Liens qui lièrent, Paris, 2009)..., souvent non publié… De plus, l’approche de Renan ne vise qu’à asseoir définitivement la confusion entre la nation et l’Etat…

 

Est-elle cette trame de vie de l'intérêt général du général de Gaulle ? « Dès lors qu'une nation est formée, qu'à l'intérieur d'elle-même des données fondamentales - géographiques, ethniques, économiques, sociales et morales - sont la trame de sa vie et qu'en dehors elle se trouve en contact avec les influences et les ambitions étrangères, il y a pour elle, en dépit et au-dessus de ses diversités, un ensemble de conditions essentiel à son action et finalement à son existence et qui est l'intérêt général. C'est d'ailleurs l'instinct qu'elle en a qui cimente son unité, et c'est le fait que l'État s'y conforme ou non qui rend valables ou incohérentes ses entreprises politiques. » (conférence de presse au Palais de l'Élysée, 9 septembre 1965, texte repris in : Ch. de Gaulle, Discours et messages. Pour l'effort 1962-1965, Plon, Le Livre de Poche, 1970, page 405). Trop imprécise…

 

Est-elle ce corps d'associés vivant sous une loi commune et représentée par la même législature de Sieyès répondant à la question  Qu'est-ce que  le Tiers-État ?, ou encore dans sa Lettre sur les richesses de 1775 ?

« Qu'est-ce que le tiers état ? Le plan de cet écrit est assez simple. Nous avons trois questions à nous faire : 1° Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. 2° Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l’ordre politique ? Rien. 3° Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. » (…) La nation est un corps d’associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature. (…) Qu’est-ce que la volonté d’une nation ? C’est le résultat des volontés individuelles, comme la nation est l’assemblage des individus. Il est impossible de concevoir une association légitime qui n’ait pas pour objet la sécurité commune, la liberté commune, enfin la chose publique. (…) De quelque manière qu’une nation veuille, il suffit qu’elle veuille : toutes les formes sont bonnes et sa volonté est toujours la loi suprême. (…) Si nous voulons nous former une juste idée de la suite des lois positives qui ne peuvent émaner que de la volonté de la Nation, nous voyons en première ligne des lois constitutionnelles. Ces lois sont dites « fondamentales » non pas en ce qu’elles pourraient devenir indépendantes de la souveraineté nationale mais parce que les corps qui existent et agissent par elles ne peuvent point y toucher. » (Emmanuel Joseph Siéyès, Qu’est-ce que le Tiers-Etat ?, janvier 1789)

Trop exclusive…

 

Arrêtons nous un instant sur la définition donnée par l’Abbé Emmanuel Joseph Sieyès : Le Tiers Etat constitue une nation complète ! Ainsi, dès l’origine, la notion moderne de nation est marquée par l’idée d’exclusion ! Elle inclut au principe même de la Nation un germe d’exclusion, [légitime] par avance la guerre civile et (…)[crée] la pathologie de la Nation (Fr. Furet & M. Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution Française. Idées, op. cit., page 343). Et cette tendance sera renforcée par le Pasteur Paul Rabaut Saint-Etienne déclarant : Le clergé n’est pas la nation, il est le clergé. (…) La noblesse n’est pas la nation. On est très proche de l’approche marxiste et communiste de la notion de peuple, le peuple étant pour eux le seul peuple des travailleurs partisans de leurs idées…, et même de celle de nation [« Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national quoique nullement au sens bourgeois du mot. » (Karl Marx, Manifeste du Parti communiste, cité par Jacques Duclos, in : Cahiers du Communisme, n° 7/8, juillet-août 1957, page 1047. On notera dans le numéro de cette revue l’usage fréquent des expressions intérêt national, unité de la nation, etc…). Bourgeois, le grand mot est lâché !] ! On notera aussi un Abbé et un Pasteur s’unissant pour inventer un concept d’exclusion, sans même parler de l’acteur décisif que fut… l’Abbé Grégoire ! La raison de la sacralisation de la Nation comme substitut à la religion ? Et  une telle approche permet de justifier toutes les exclusions, toutes les ignominies, tous les camps, tous les hôpitaux psychiatriques, tous les massacres, puisque celui qui ne pense pas comme vous n’est rien, se trouve réifié, réduit au seul état de matière, d’ennemi par nature ou de malade ! Toujours est-il que l’on est très loin du mythe des seuls théistes et athées instaurant la nation et la constitution civile du clergé…

 

Ou alors est-elle l'âme collective dont nous parlait Joseph de Maistre ? Ou bien est-elle le Volksgeist  (l’âme du peuple) ou encore la plante de la nature de Johann Gottlieb von Herder (cf. Herder (J. G. von), Philosophie de l’Histoire de l’Humanité, Lacroix, Paris, tome II, pp. 116-117), ce dernier en faisant même une personne (cf. Herder (J. G. von), Philosophie de l’Histoire …, op. cit., page 201) ?  Est-elle l'unité de langue [idée aussi reprise par Fichte  selon qui la nation rassemble des hommes dont l’organe vocal subit les mêmes influences extérieures, qui vivent ensemble et qui cultivent leur langue à travers les communications qu’ils ne cessent d’entretenir les uns avec les autres. (Discours à la nation allemande, 4ème discours)] et de race de Friedrich von Schlegel [cf. Essai sur la langue et la sagesse des Indiens, 1808. C’est aussi dans cet ouvrage que Schlegel invente le mot Aryen et le mythe qui va avec ; ce n’est donc pas Gobineau qui a fondé cette idée, contrairement à une idée reçue… Et cet ouvrage ne s’est donc pas contenté d’introduire l’orientalisme dans le romantisme… Il est vrai que, comme beaucoup d’admirateurs de la nation romantique (cf. Fichte, de Maistre, Maurras, Renan, Hitler, …), il était nourri d’une foi naturaliste ou positiviste, négateur de la Foi catholique (mais pas paradoxalement toujours de l’ordre social catholique). N’écrivait-il pas ces vers : « Je vous quitte à jamais, tristes Nazaréens, Disciples de Saül, vains théologiens, Vos sacrés auteurs juifs sont pour moi des profanes. Pythagore, Platon, les sublimes Brahmanes Sont mes oracles saints, interprètes des dieux. » (cité in : Murray (Ph.), le 19e siècle à travers les âges, Denoël, 1984, page 185) ? On notera aussi que ces adulateurs de la nation ont très souvent été séduits pas les pensées hindouistes et bouddhistes… Rappelons ici que Maurras rejette le Christ hébreu entouré de juifs obscurs… On retrouve aussi dans l’édition originale de 1901, tout comme dans celle de 1912, à la page 62, de son Anthinéa ce passage sidérant où il parle du Christ comme de ce Nazaréen par qui tout l’ancien s’écroula. De même, il condamne absolument les catholiques lorsqu’ils exposent leur Foi basée sur les Béatitudes et une égalité entre tous les hommes…] ? Est-elle ce Moi collectif se substituant au Moi individuel qui n’a dès lors qu’une simple fonction collective de Fichte [« C’est exclusivement la caractéristique générale de la germanité qui peut nous permettre d’éviter l’effondrement de notre nation par sa fusion avec l’étranger, et de reconquérir un Moi reposant sur lui-même et incapable d’accepter la moindre dépendance. » (J. G. Fichte, Discours à la nation allemande, I, 1)] ? Là encore, trop exclusives…

 

Est-elle le Volk d'Adolf Hitler qui réclamait la réunion de tous les Allemands en une Grande Allemagne en vertu du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (programme du Parti national-socialiste, 24 février 1920, in : M. Duverger, Constitutions et documents politiques, PUF, coll. Thémis, 8° éd., 1978, page 855)  ? Définition à balayer…

 

Est-elle cette communauté de culture de Joseph Staline pour qui la Nation était une communauté stable historiquement constituée, communauté de langue, de territoire, de vie économique et de formation psychique, qui se traduit dans la communauté de culture, et pour lequel il suffit qu'un seul de ces indices manque pour que la nation cesse d'être une nation ?

 

Serait-elle donc, comme l'affirme Marcel Mauss, une société matériellement et moralement intégrée, à pouvoir central stable, permanent, à fonctions déterminées, à relative unité morale,  mentale et culturelle  des habitants qui adhèrent  consciemment à l'État et à ses lois (article « La Nation », in : L'Année sociologique, 3ème série, 1953-54, page 20)? Ou est-elle ce groupement de population fixé au sol chez qui un lien de parenté spirituelle  développe  la  pensée  de  l'unité  du groupement lui-même comme l'a écrit Maurice Hauriou (in : Précis de droit constitutionnel, Paris, 1923, page 25) ? Même si j'adhère à titre personnel à cette dernière définition, nul ne peut véritablement dire ce qu'est une nation, la nation étant plus une conscience individuelle née de l'inconscient collectif qu'une réalité palpable.

 

La nation est donc une réalité distincte de celle de l'État, ce qu'il ne faut pas oublier... Et, dans l’absolu, la nation intègre à la fois les citoyens et ceux qui, vivant sur son territoire, adhèrent à ses valeurs ! C’est d’ailleurs ceci qui la distingue de la patrie ! La citoyenneté n’est pas la nation ! Celle-ci est bien plus, car ce sont des valeurs partagées avant tout ! Mais toute la confusion nait d’une faiblesse du vocabulaire, la nationalité n’ayant pas le même champ que la nation !

 

 

 

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 09:13

- Pourquoi ne dites-vous pas que la question de la dette de la Catalogne est un faux problème, puisque celle-ci est théoriquement intégrée, selon les règles de Maastricht, dans le total de la dette publique espagnole ? Ou alors, si cela n'a pas été fait, pourquoi ne pas avoir surveillé comme vous le deviez ?

 

- Pourquoi ne dites-vous pas que le AAA est l'exception et non la règle, et que, de plus, il n'est fixé que par des boîtes privées payées par leurs clients ?

 

- Pourquoi continuez-vous à trouver normal que la Banque centrale européenne prête à des taux très bas à des banques pour que ces dernières prêtent aux Etats à des taux forts, alors même que les avoirs de la Banque centrale ne sont que des avoirs des dits Etats ? Donc, pourquoi ne pas prêter directement, malgré les règles de Maastricht ?

 

- A qui va l'argent qui est remboursé par les Etats ? et son transit est-il suivi ?

 

- Y a-t-il un lien entre les révoltes "arabes" et la crise actuelle ?

 

- Pourquoi ne dénoncez-vous pas la spéculation sur les monnaies, alors que celle-ci représente un flux infiniment supérieur au total des PIB de tous les Etats de la planète ?

 

etc... etc... etc...

 

Et vous voulez que nous continuions à faire de la politique ?

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 16:05

La gauche a repris la main lorsqu'elle a posé ses mots, lorsqu'elle les a définis... Elle l'a fait, non pas à grand spectacle, mais par l'entremise d'un petit groupe... Puis, ces mots étant définis, ils ont été introduits dans les fédérations et les sections... Puis, aucune définition n'étant faite "en face", ces définitions, ces mots se sont imposés en leur sens socialiste dans les media, puis dans l'opinion... Et on voit aujourd'hui des dirigeants de droite user de mots en leur sens de gauche, ou alors avoir honte d'user de ces mêmes mots en leur sens réel ! Mais à critiquer les élites, les intellectuels, fallait-il, faut-il s'en étonner ?

 

Combien à droite peuvent finir en leur sens réel les mots de gauche, démocratie, république, nation, patrie, Etat, idéologie, suffrage, peuple, libéralisme, légitimité, légalité, pouvoir, exécutif, législatif, lutte des classes, pensée, justice, droit, citoyen, civisme, et même ... droite ou encore gaullisme ? Et que l'on accuse pas l'Université, surtout pas !

 

Faut-il être con pour avoir fait une campagne sur ... l'insécurité et l'immigration, alors que l'on a été aux affaires pendant deux ans ? C'était reconnaître d'avance son erreur ! Exactement la même connerie que celle de Giscard sur l'emploi et l'économie lors de son débat contre Mitterand en 1981 !!!

 

On a ainsi "armé" le Front National en croyant s'y opposer ? Et en plus, "on" croit que le vote FN en zone rurale est dû à cela, alors que c'est lié aux méthodes de contrôle, aux méthodes d'octroi des aides, à la mauvaise maîtrise par "Paris" des filières !!!

 

Question très dure : nos caciques parisiens ont-ils compris ? ont-ils même voulu gagner, veulent-ils que l'on gagne ?

Je veux dire par cette dernière question : ne veulent-ils pas en fait, se foutant du tiers comme du quart du terrain, laisser tout le pouvoir à la gauche, pensant ainsi gagner plus dans cinq ans ? Mais, pendant ces cinq ans, on fait quoi ? On crève ?

 

On a trop oublié que pour compenser leur défaite attendue aux Législatives de 1986, le PS et Mitterand ont inventé deux choses :

- le Front National ;

- le messianisme du Président lui donnant légitimité meme en l'absence d'exercice du pouvoir et d'absence de majorité dans l'opinion. De Gaulle n'était pas cela car il a toujours fondé sa légitimité de Président sur l'accord de l'opinion, démissionnant en 1969 dès lors qu'il n'avait plus l'assentiment des citoyens !

 

Nous sommes tombé dans le triple piège :

- de la confusion entre la légitimité gaulliste et la légitimité présidentielle qui étaient deux choses totalement différentes ;

- celui de l'identification du FN à un mouvement de droite alors qu'il ne l'est pas !

- de la confusion entre arbitrage présidentiel et pouvoirs législatifs et gouvernementaux !

Et nous sommes tombés dans le panneau !

 

L'oubli de nos valeurs propres et la concurrence entre télévisions (imposant les petites phrases, les affaires meme lorsqu'elles n'étaient pas) a fait le reste !

 

Dès lors, peut-on s'étonner que les Français croient avoir fait l'essentiel en votant aux Présidentielles, oubliant que les vraies élections majeures et décisionnelles sont les Législatives et les Européennes ?

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 10:09
On nous parle beaucoup de légitimité actuellement... Alors, quelques mots...

Tout pouvoir politique est par nature même illégitime pour les anarchistes et pour les ultra-libéraux… Tout pouvoir républicain est par nature illégitime pour les Royalistes… Tout pouvoir du centre ou de la droite est par nature illégitime pour les marxistes et les gauchistes, le peuple se limitant dans leurs propres définitions au seul peuple … de gauche ! Mais nous ne développerons pas ici ces trois conceptions particulières…

Le « Lexique de termes politiques » publié par Dalloz définit la légitimité comme « la qualité de ce qui est conforme à la loi ou à l’équité. ». Il appelle légitimité démocratique « la qualité d’un gouvernement issu de la volonté générale ou tacitement approuvé par la grande majorité des citoyens. »

Développons donc un peu…

La notion de légitimité présuppose a priori une suite de deux phases, au moins :
- une phase 1 où un élément X, dont on discute la légitimité, n’avait pas de rôle prépondérant ;
- une phase 2 où l’élément X joue un rôle prédominant, et ce après avoir été choisi, élu ou nommé à la place qu’il occupe.

Par ailleurs, la légitimité présuppose également la présence, ou plus exactement l’existence, de deux éléments, au moins :
- un élément X, celui dont on discute la légitimité ;
- un élément Y sur lequel s’exerce la réalité du pouvoir de X ;
- et, éventuellement, un élément Z (qui peut être l’élément Y qui a permis à Z d’obtenir avec l’accord de Y sa propre légitimité).

La légitimité, qui est caractéristique de ce qui a les qualités requises par la loi naturelle et normative, comporte en son sein trois obligations :
- la légalité constitutionnelle du pouvoir, du moins pour ce qui nous concerne ;
- le bon usage de ce pouvoir qui, s’il est usurpé, n’est plus légitime, sa personnalité morale ayant été violée ;
- un soutien de base de tous ceux sur lesquels s’exerce son pouvoir, ou du moins de la majorité des citoyens gouvernés.

Est donc légitime, et je reprends ici les éléments présentés par Fabre, le gouvernement ou l’homme politique qui est :
- légalement élu, élu de manière conforme à la Constitution et aux règles de droit ;
- soutenu, la majorité des gouvernants devant approuver sa politique ;
- effectif.
A titre d’exemple, le Gouvernement de Pétain était légal mais illégitime car, dès son origine, il n’avait aucune effectivité de pouvoir(s) ! L’effectivité est un facteur clé trop souvent oublié !

Un gouvernement peut donc être légal, mais illégitime ; par contre, s’il est illégal, il est toujours illégitime au regard du système constitutionnel et/ou international en place…

Le Général De Gaulle a démissionné en 1969 alors qu’il était légalement élu et qu’il exerçait effectivement le pouvoir ; mais le Général a démissionné car ne se jugeant plus légitime, le « Non » au referendum le rendant à ses propres yeux illégitime car le privant du soutien de la majorité des citoyens…

On peut donc « légitimement » ;-)) se poser la question de la légitimité du pouvoir présidentiel en période de cohabitation ou en cas de « Non » à un referendum soutenu par le Président de la République… Mais bien peu de politiques ont et ont eu le courage et le sens de l’Etat de De Gaulle…
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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 09:45

Ce que l'on appelle parachute doré n'est parfois que la mise en oeuvre d'une clause conventionnelle pré-existente compensant un engagement à ne pas travailler au-delà de l'âge de la retraite pour une entreprise étrangère concurrente, ainsi qu'un engagement de confidentialité et de non concurrence... Trop de "morale" peut avoir des effets pervers et coûter au final des milliers de fois plus que la pseudo-économie "moralisante" faite...

Là encore, les actionnaires, ne réfléchissant que le bout de leur nez, n'ont vu que les quelques centimes d'euros de dividendes en plus, vrais moutons de Panurge suivant les médias... Ils ont par contre perdu de vue les euros qu'ils perdront à moyen et à long terme, tant de par l'absence de dirigeants de haut niveau que par l'absence de clauses de non-concurrence ! par contre les traders et les footeux, on n'y touche surtout pas !

Sinon, recapitaliser les banques ne sert à rien tant que les dites banques restent sur les marchés boursiers comme entreprises soumises à cotation ! C'est vouloir remplir le tonneau des Danaïdes ! Il vaudrait mieux, plus encore que la séparation banque d'affaires/banque classique (qui n'est qu'une utopie dans l'histoire et dans la réalité), imposer le système du Crédit Mutuel ou de la Banque Populaire qui permet d'éviter le piège de la Bourse et de vraiment recapitaliser efficacement car ces systèmes rendent les banques plus fortes face aux traders et aux boursicoteurs !

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 11:02

Une amie m'a posé une question : « Reste t-il des plumes de droite ? » Alors, quelques réflexions rapides...

 

Ma réponse est claire : "Non" ! Si l’on appelle « plume » l’adulation sans analyse, il en reste certes, mais si ce qualificatif porte sur la réflexion, la réponse est bien négative !

 

Mais tout a été fait, y compris dans notre propre camp, pour qu’il en soit ainsi !

 

Nous nous sommes laissé imposer l’idée que la doctrine était supérieure à l’idéologie, alors même que le concept d’idéologie exprime les idées de pensée, d’action et de transmission, celui de doctrine se limitant à l’idée de verticalité de la pensée du haut vers le bas… La doctrine impose le « béni oui-ouisme », et c’est à cela qu’est réduite aujourd’hui la « plume de droite »… Soyons clairs, on a « tué » les plumes de droite, car elles pouvaient être critiques, oubliant que la critique que pouvait avoir ces plumes était constructive ! Il est bien joli de vouloir dénoncer les élites comme on le fait aujourd’hui, mais lorsque nous avons nous-mêmes détruit ces élites, du moins celles de notre bord, est-ce réaliste ?

 

Guaino a bien essayé de revenir là-dessus en critiquant les « élites », mais, en l’absence de toute explication et d’historique, cela est destructeur et réducteur…

 

Le FN a des plumes, mais la droite n’en a pus ! Mais le FN n’est pas une droite contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, mais un melting-pot de mécontentements ! Il n’est pas un idéal, mais la superposition de rêves individualistes, un super-libéralisme de jalousies et de conservatisme ! D’ailleurs, à bien y regarder, les fiefs du PCF d’avant 1981 sont aussi les fiefs du FN d’aujourd’hui…

 

La défaite fort possible aura lieu sur l’idée, sur la pensée et non sur le bilan ! La défaite sera celle du déficit intellectuel de la droite, déficit voulu par la droite elle-même, en rien celle du bilan ! Car la droite a cédé à la tentation de l’abandon de ses idées, de ses idéaux, pervertissant l’idée du rassemblement, l’idéal de l’harmonie qui sont ses fondements !

 

La défaite de la droite, sa ruine, est inscrite dans les gênes de la droite depuis l’abandon du débat sur l’identité nationale, depuis l’abandon de toute réflexion sur les valeurs… Nous avons abandonné l’idée de nation – qui est d’ailleurs aussi de gauche, ne l’oublions pas – au FN, alors que ce melting-pot, ce salad-bowl nous a piqué beaucoup de nos idées, mais en les outrant, en les déformant, en les privant des valeurs républicaines, ou du moins de certaines… Or, nous nous sommes couchés…

 

D’ailleurs, qui chez nous pourrait renier la finale du discours de Hollande à Vincennes sur la nation et le drapeau ? Personne ! Mais là encore nous nous sommes couchés, nous avons abandonné, justement faute de « plumes », faute d’élites intellectuelles, la finalité ayant été de les détruire !

 

Notre défaite serait celle de l’abandon de l’idée de valeurs, idée à laquelle nous avons renoncé dans les faits ! Et ce n’est pas « Bruxelles » qui en est responsable ! C’est nous-mêmes, c’est lorsque nous avons abandonné l’idée du rassemblement pour celle de « droite », copée ayant ici sa part de responsabilité, même si elle est inconsciente et subconsciente ! Nous avons cautionné l’idée de confrontation – lutte des classes, France d’en haut/France d’en bas, Nation/monde – au détriment de l’harmonie qui est aussi discussion… L’ouverture faite par Sarkozy lors de ses deux premières années était un retour à nos valeurs, à l’idéologie du rassemblement, mais elle a été trop rapide, et surtout abandonnée, induisant un glissement de l’idéologie à l’idéologisme !

 

N’oublions pas que la gauche est soudée par le marxisme, qu’il soit modéré ou non, trotskyste ou social-libéral ! A droite ? Nous nous sommes laissés enfermer dans l’image du fascisme, alors même que le fascisme, on oublie trop de le rappeler, n’est qu’une forme de socialisme, que ce dernier soit d’inspiration marxiste ou non ! Le fondement de notre pensée était l’idéologie du rassemblement et non pas celle du sauveur, et nous l’avons oublié, abandonné en tuant les élites qui, dès lors, ne peuvent plus être que de gauche ou technocratiques ! Guaino a essayé de sauver les meubles, mais il n’a pas expliqué, donc il a échoué ! Et ses attaques contre les élites sont désormais destructrices !

 

Souvenons-nous aussi que le Général de Gaulle n’était ni de droite, ni de gauche mais au-dessus dans une certaine idée de la France ! Son grand mot était «L’intendance suivra », alors même qu’aujourd’hui le grand mot est « L’intendance précède tout »… De Gaulle parlait-il à tout bout de champ de croissance, d’économie ? Non ! Il parlait d’action, de rassemblement, de grandeur, … Le déclin a commencé avec les dernières années de Pompidou, lorsque l’on a donné la primauté à l’argent sur la grandeur ! C’est le désastre de son « Plus de petites femmes, fini la fête, … »… C’est la défaite de Malraux face à la finance mondiale et face à l’énarchie mono-pensante et non pas servante ! C’est la défaite de De Gaulle et de Malraux face à la théorie du bienfait des crises, or la crise n’est pas une réussite mais toujours échec car réduction de l’harmonie, bris du rassemblement ! or, cette idéologie du bienfait des crises a été mise au pinacle ces dernières années, sauf les deux premières de Sarkozy… Mais pourquoi a t-il abandonné son idéal ?

 

Aujourd’hui, la droite n’offre plus de rêve réaliste, d’utopies réalisables, mais seulement de l’économisme ! Elle n’offre plus qu’un matérialisme d’action et non plus de pensée, ce qui est contraire à toutes les valeurs, à toutes les traditions françaises, et c’est pourquoi certains des nôtres voteront Hollande ! Car le vide de la pensée n’est pas une solution ! Car le « fric-roi », le « fric tout-puissant » n’est pas la solution ! L’homme ne vit pas que d’eau et de pain, il vit aussi de pensée, de rêve, d’espoir… Or, porter la désespérance comme seule alternative n’est pas une solution !

 

On a oublié que nos racines étaient plurielles, et pas seulement chrétiennes ; qu’elles étaient aussi celtiques, grecques, latines, juives, carthaginoises, "barbares", etc… et même un peu musulmanes sous l'influence du XII° siècle... Et, dès lors, en réduisant, nous en sommes arrivé à une pensée apparaissant comme d’exclusion alors qu’elle ne l’est pas a priori…

 

Dès lors, il ne peut plus y avoir, entre la destruction de l’idée d’élite et la pensée unique « finances », de plumes de droite, et celles qui restent sont comme le Mozart de Cesbron : on les « assassine » !

 

NB : Quant à Twitter, ce n'est que le post-mâché d'une pensée réductrice se voulant dominante...

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Published by Serge Bonnefoi - dans Politique
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