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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 10:34

 

L’Eglise catholique a toujours posé de nombreuses conditions à la guerre…

la guerre préventive pour protéger le faible du méchant peut être un devoir (Athénagore ; Ambroise de Milan ; Augustin) ;

la guerre pour imposer la foi est interdite (Ambroise de Milan ; Augustin ; Vitoria) ;

il ne faut pas être l'agresseur (Augustin) ;

la guerre ne peut être civile (Augustin) ;

la décision de l'engager revient à la seule autorité publique (Augustin ; Thomas d'Aquin ; Rufin) ;

le droit doit être moralement certain (Augustin) ;

la guerre doit être menée dans une intention droite (Augustin ; Thomas d'Aquin) ;

une éthique de et à la guerre doit exister (Augustin) ;

il faut rechercher avant tout la paix (Augustin) ;

il ne faut pas mener une guerre aventureuse (Augustin) ;

il doit y avoir avertissement préalable, bref une déclaration de guerre (Isidore de Séville) ;

la guerre juste ne doit avoir lieu que pour récupérer des biens ou pour repousser des ennemis (Isidore de Séville) ;

celui qui fait la guerre doit s’exécuter avec bonté et ne doit pas être frappé d’un empêchement canonique (Rufin) ;

l’adversaire doit le mériter (Rufin) ;

la guerre n’est pas toujours et nécessairement un péché. Tout dépend en fait des motifs et des conditions de la guerre (Gratien) ;

la guerre doit avoir une juste cause ; la guerre est ainsi juste dans trois cas : - repousser une agression ennemie ; - récupérer des biens spoliés ; - châtier des injustices (Gratien) ;

elle est obligatoire lorsque l’on est en mesure de la détourner d’autrui et on est coupable si on la laisse commettre dans ce cas (Gratien) ;

la finalité de la guerre est de redresser une injustice et non pas forcément de punir le coupable ou même de faire restituer de manière équitable un état de chose conforme au droit (Gratien) ;

le tyrannicide est possible comme remède au détournement du pouvoir vers un profit indépendant, aux dépens du bien commun (Thomas d'Aquin) ;

la guerre doit avoir une juste cause (Thomas d'Aquin) ;

même juste, la guerre ne doit être envisagée que comme une solution extrême (Vitoria) ;

le but de la guerre est de rétablir la justice et non pas d’aller jusqu’au bout de la raison du plus fort (Vitoria) ;

la paix victorieuse doit être emprise de modération chrétienne et du loyal souci de l’équité envers tous (Vitoria) ;

il y a culpabilité morale du prince qui détient un bien étranger (Banez) ;

il y a un caractère punitif dans la guerre menée par le légitime propriétaire revendiquant son droit par les armes (Banez) ;

si l’adversaire est coupable d’une injustice, le caractère du recours à la force est punitif (Molina) ;

si l’adversaire se trompe de bonne foi, le recours à la force doit être le moyen ultime, viser à recouvrer son droit ou son bien et ne doit pas avoir de caractère punitif visant à une sanction (Molina) :

il faut chercher un règlement des litiges internationaux par conciliation ou arbitrage afin d’éviter toute cause d’incertitude ou d’erreur (Molina) ;

la juste guerre ne peut avoir qu’un caractère punitif (Suarez) ;

il ne faut pas avoir à douter de la culpabilité morale du fautif (Suarez) ;

il doit y avoir détention évidente d’un bien d’autrui (Suarez) ;

l’erreur de bonne foi ne doit pas empêcher de lancer la juste guerre si elle n’est pas admise ou réparée (Suarez) ;

il existe une communauté morale et juridique de tous les peuples de la terre qui sont liés entre eux par un même ensemble de droits et de devoirs universels et humains. Il y a donc nécessité de coutumes et de conventions admises par tous, sous l’égide de la raison et de la morale. Il doit donc y avoir émergence d’un Jus inter gentes (Suarez) ;

la guerre ne devant être considérée de manière réelle que comme un recours ultime, qui ne peut avoir lui qu'avec le consentement de toute la nation (Érasme) ;

il faut chercher à supprimer les causes de la guerre dès qu'elles apparaissent et éviter toute complaisance permettant de fermer les yeux sur certains devoirs (Érasme) ;

il faut avoir le souci de concilier le sens du meilleur et le sens du possible (Taparelli) ;

il faut avant tout rechercher un règlement pacifique des conflits (Taparelli) ;

l’évolution de l’univers induit la mise en place d’un système de communauté organique entre les puissance visant à la pacification commune (Taparelli) ;

cette évolution impose des collaborations, sans que ceci supprime la légitime souveraineté de chaque État dans le domaine de sa juste compétence distinctive (Taparelli) ;

le droit de la guerre ne peut être relié qu’à l’organisation des nations (Taparelli) ;

la guerre ne peut donc être qu’une opération de police internationale visant au rétablissement de la paix (Taparelli) ;

les enceintes internationales doivent être le cœur de la recherche de la paix et du règlement pacifique des conflits (Paul VI) ;

l'une des missions particulières du Pape est de veiller patiemment et constamment à la sauvegarde et à l'affermissement de la paix (Paul VI) ;

il ne faut pas laisser des peuples en état d'infériorité par rapport à d'autres (Paul VI) ;

les États ne doivent pas se faire la guerre mais au contraire conjuguer leurs efforts pour faire la paix (Paul VI) ;

la guerre est un fléau épouvantable (Paul VI) ;

pour aimer la paix, il faut aimer le droit et l'honnêteté (Paul VI) ;

les dirigeants politiques ont la responsabilité de faire cesser les hostilités et de faire déposer les armes (Paul VI) ;

chacun doit veiller dans sa propre famille à ce que la paix soit assurer, et ce en priorité (Paul VI) ;

la paix doit être basée sur la justice, la liberté, le respect des droits de l'homme et celui des communautés. À défaut, son fondement est précaire et instable (Paul VI) ;

il vaut mieux régler un conflit avec quelque inconvénient ou désavantage que de se lancer dans la guerre (Paul VI) ;

les États doivent négocier et conférer entre eux en toute sincérité (Paul VI) ;

le devoir du chrétien et de l'Église est avant tout de rechercher la paix, en particulier par l'intercession de la Vierge Marie (Paul VI) ;

sans démantèlement des armes de destruction massive, nulle paix durable n'est possible (Paul VI) ;

le Pape est le porteur de l'Évangile de paix (Paul VI);

le service du bien commun de l'humanité n'est possible que par le respect du droit, de la vraie liberté, de la dignité de la personne humaine et par l'abolition de la guerre (Paul VI) ;

l'ONU doit jouer un rôle majeur dans le maintien de la paix, la prévention de la guerre et le règlement des conflits (Paul VI) ;

l'ONU n'est peut-être pas parfaite, mais sa destruction serait un épouvantable désastre (Paul VI) ;

la guerre est une folie criminelle fondée sur le déchaînement criminel des puissants (Paul VI) ;

la paix est un bienfait que la communauté humaine n'appréciera jamais à son juste prix (Paul VI) ;

la cité spirituelle de l'Église est fondée sur une paix qui descend des cieux (Paul VI) ;

la cité spirituelle de l'ONU est fondée sur une paix émanant de la terre (Paul VI) ;

la rencontre de ces deux cités est merveilleuse, car elle permet à la justice et à la paix de s'étreindre (Paul VI) ;

l'Église et l'ONU ne sont pas en compétition mais poursuivent au contraire des objectifs communs (Paul VI) ;

le Pape donne une ratification morale et solennelle à l'ONU (Paul VI) ;

les jeunes générations ont droit à une humanité meilleure (Paul VI) ;

les fondements de la paix sont la justice, la dignité de vivre, la liberté, le bien-être et le progrès (Paul VI) ;

la pluralité des États ne s'oppose pas à une coexistence pacifique féconde et simple (Paul VI) ;

les rapports entre les peuples doivent être régis par la raison, la justice, le droit et la négociation, et non par la force, la peur et la tromperie (Paul VI) ;

par le pont qu'elle établit entre les peuples, l'ONU est un reflet dans l'ordre temporel de ce que veut être l'Église catholique dans l'ordre spirituel (Paul VI) ;

les États doivent fonder leurs relations sur la confiance mutuelle (Paul VI) ;

chaque État doit être égal dans les relations internationales (Paul VI) ;

il faut être humble, car c'est de l'orgueil que naissent les guerres, les tensions, le colonialisme et l'égoïsme (Paul VI) ;

jamais plus la guerre ! (Paul VI) ;

c'est la seule paix qui doit guider le destin des peuples et de toute l'humanité (Paul VI) ;

la paix ne se construit pas seulement au moyen de la politique et de l'équilibre des forces et des intérêts (Paul VI) ;

l'histoire du monde a été jusqu'alors fondée sur une mentalité particulariste et belliqueuse (Paul VI) ;

les armes offensives doivent disparaître car, avant même de causer des victimes, elles alimentent de mauvais sentiments, faussent la psychologie des peuples, brisent la solidarité et coûtent de l'argent de manière démesurée (Paul VI) ;

tant que l'homme restera faible, les armes défensives restent nécessaires (Paul VI) ;

les armes de destruction massive doivent être éliminées (Paul VI) ;

tant qu'il y aura des armes de destruction massive, le cauchemar de la guerre restera toujours imminent (Paul VI) ;

une simple partie des fonds consacrés aux armements suffirait pour résoudre bien des problèmes de développement (Paul VI) ;

les États doivent être capables de travailler les uns avec les autres, sur une base fraternelle (Paul VI) ;

il faut, malgré la faiblesse humaine, faire appel à la sagesse de l'homme (Paul VI) ;

la vie de l'homme est sacrée et personne ne peut oser y attenter (Paul VI) ;

sans pain, il ne sera pas possible de supprimer les guerres (Paul VI) ;

les énergies de la terre et les progrès de la science doivent servir à forger non plus des instruments de mort mais des instruments de vie pour la nouvelle ère de l'humanité (Paul VI) ;

la lutte contre l'analphabétisme et pour le bien être sanitaire sont des éléments fondateurs de la paix (Paul VI) ;

tous les hommes ont une origine, une histoire et un destin communs (Paul VI) ;

le péril ne vient pas du progrès ou de la science, mais de l'homme lui-même qui dispose d'instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu'aux plus hautes conquêtes du bien (Paul VI) ;

la civilisation doit donc se fonder, certes de manière terrestre, mais sur des principes spirituels (Paul VI) ;

la volonté de l'ONU est d'abolir la guerre, de résoudre dans l'honneur et la dignité tous les conflits armés et de porter remède aux besoins et aux maux qui entravent un progrès séculier harmonieux (Paul VI) ;

il s'agit là d'un devoir majeur au service de l'humanité (Paul VI) ;

la cause de la paix dans le monde est un élément majeur de la mission du Pape (Paul VI) ;

l'Église a une fonction de médiatrice entre Dieu et les hommes (Paul VI) ;

l'Église et le Pape ont de graves devoirs : devoir de fidélité au message de la paix, devoir de solidarité et devoir d'exemple (Paul VI) ;

l'Église a l'obligation de servir la cause de la paix (Paul VI) ;

l'Église n'a pas pour rôle d'entrer dans le domaine politique ou économique qui doivent fonder la paix temporelle, mais elle doit aider à construire cette paix séculière en lui apportant un appui moral, mais aussi concret et tangible (Paul VI) ;

le monde a soif de justice (Paul VI) ;

les disparités entre les classes et les nations sont des menaces pour la paix (Paul VI) ;

l'Église a un devoir de ministère de la réconciliation (Paul VI) ;

il faut cesser la course aux armements (Paul VI) ;

les nations doivent nourrir des pensées de paix et non pas d'affliction et de guerre (Paul VI) ;

une partie des sommes consacrées aux armements devrait être consacrée au développement humain (Paul VI) ;

l'ONU doit travailler inlassablement au désarmement et à la limitation de la course aux armements, ainsi qu'au développement humain (Paul VI) ;

la coopération internationale et le dialogue entre les peuples est le meilleur instrument de pacification (Paul VI) ;

la communauté des nations est une base fondamentale de la paix et de la coopération internationale (Paul VI) ;

la paix est la norme de la vie en humanité (Coste) ;

la guerre est irrationnelle (Coste) ;

la guerre est un mal profond (Coste) ;

la justice est la dimension fondamentale de la paix (Coste) ;

la guerre est en soi irrationnelle et le principe éthique du règlement  pacifique  des conflits  est  la  seule voie digne de l'homme (Jean-Paul II) ;

la guerre est péché, mais elle n'est pas fatalité (Jean-Paul II) ;

la vérité est fondement de la paix si tout homme prend conscience avec honnêteté  que,  en plus  de ses  droits,  il a aussi  des devoirs  envers autrui  (Jean-Paul II) ;

la justice est source de l'édification de la paix si chacun respecte concrètement les droits d'autrui et s'efforce d'accomplir pleinement ses devoirs envers les autres (Jean-Paul II) ;

l'amour est ferment de paix si les personnes considèrent les besoins des autres comme les leurs propres et partagent avec les autres ce qu'elles possèdent, à commencer par les valeurs de l'esprit (Jean-Paul II) ;

la liberté est nourriture de la paix si dans le choix des moyens pris pour y parvenir, les individus suivent la raison et assument avec courage la responsabilité de leurs actes (Jean-Paul II) ;

la guerre est toujours une défaite pour l'humanité (Jean-Paul II) ;

la légitime défense collective est admise (Ambroise de Milan ; Jean-Paul II) ;

la légitime défense contre le méchant est admise (Ambroise de Milan ; Augustin ; Jean-Paul II).

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 06:42

« (…) Les théologiens (…) ont formulé un certain nombre d'enseignements pour aider les individus à discerner quel était leur devoir dans une situation donnée ; ces règles de comportement ont été progressivement synthétisées dans ce qui est devenu la théologie de la guerre juste ; celle-ci devint une grille de lecture de plus en plus précise de situations de violence. Elle permit à la conscience de juger de sa responsabilité face à une situation en analysant ses diverses composantes, et de la juger en  se référant  aux valeurs supérieures que propose l'Église. » (extrait d'une conférence prononcée par le Père J. Joblis au Centre Saint-Louis-des-Français à Rome en avril 1999, in : La Documentation Catholique, n° 2206, 20 juin 1999).

 

Ont pris la succession de ces théologiens, ont relancé cette théologie ces Papes modernes et ces nouveaux Papes qui redonnèrent priorité à la paix : Pie IX, Benoît XV, Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, imperturbables, parfois incompris, souvent insultés comme Benoît XV, le « Pape boche » des français et le « Pape français » des allemands pendant la première guerre mondiale, Pie XII, le « Vicaire insensible et complice des nazis » des communistes, Jean XXIII, le « Pape communiste » et Paul VI, le « Pape qui abandonne tout » des conservateurs, alors que leur seul souci fut la paix, la paix avant tout !

 

Souvenons nous aussi de l’exclamation sidérante dans une bouche catholique du prédicateur de l’église de la Madeleine dans un sermon du 1er août 1917 en réponse aux appels à la paix lancés par Benoît XV : « Très saint Père, nous ne pouvons retenir pour l’instant vos appels à la paix. » Au cœur du premier conflit mondial, du haut de la chaire, un homme d’Église déclarait que la paix n’était pas l’urgence mais, sous entendu, la poursuite de la guerre et la victoire. Il serait cependant naïf de considérer ce refus comme purement et simplement anti-chrétien ; la réalité de la guerre et de la paix est beaucoup plus complexe et c’est justement cette complexité que prend en compte l’expression paradoxale de guerre juste.

 

Faisant la synthèse de cette tradition et de ce mouvement toujours vivant, Monseigneur René Coste a bien mis en évidence dans son Théologie de la paix (Paris, Cerf, 1997, pp. 185-196) les quatre critères éthiques ayant justifié le basculement actuel  de la guerre juste  à la juste défense, cette volonté de tendre, dans une théologie de la paix renouvelée, vers l'effacement de la guerre, … fut-elle juste… :

- la paix est la norme de la vie en humanité ;

- la guerre est irrationnelle ;

- la guerre est un mal profond ;

- la justice est la dimension fondamentale de la paix.

Ces propos sont à bien situer dans le cadre d'ensemble de son chapitre VI relatif à la paix au cœur de l'éthique. On peut se référer également à l'ouvrage Les dimensions sociales de la foi (Paris, Cerf, 2000) du même auteur, et en particulier à ses pages 361 à 368 qui doivent elles aussi se resituer dans la perspective de l'ensemble du chapitre VIII relatif à la paix.

 

La guerre est irrationnelle ! Comme le disait Jean-Paul II à l'occasion de la Journée mondiale de la Paix le 1er janvier 1982, « la guerre est le moyen le plus barbare et les plus insuffisant de résoudre les conflits », insistant encore sur cette irrationalité dans son message du 1er janvier 1984 par ces mots : « La guerre est en soi irrationnelle et le principe éthique du règlement  pacifique  des conflits  est  la  seule voie digne de l'homme. »

 

La guerre est un mal profond : elle est contraire à la volonté de Dieu. On retrouve ici Saint Augustin, et Jean-Paul II qualifie ainsi la guerre de « structure de péché. »

 

La guerre est donc péché, mais elle n'est pas fatalité ! Et c'est en ce sens que la riche théologie catholique du péché devient théologie d'espérance, car qui dit péché dit aussi liberté et responsabilité pour lui échapper ! D'ailleurs, la jonction théologie du péché et théologie de l'espérance, c'est aussi chez saint Augustin…. Souvenons-nous que pour Saint Augustin, la guerre est « une plaie », une « vraie misère. » Pour lui, celui qui « n’est pas touché du malheur de la guerre est d’autant plus malheureux qu’il a perdu tout sens humain. » On n’est pas très loin de la conception de Pindare, tout comme l’influence d’Aristote est partiellement visible. En fait, comme le dit saint Augustin dans La Cité de Dieu, les guerres sont les grands jeux des démons, les hommes leurs fournissant alors « de beaux spectacles et de riches festins » (De Civ. Dei, 3, 18).

 

Et il n'y a pas fatalité de la guerre, comme il n'y a pas de fatalité du péché ! En ce sens, la vision de l'Église se rapproche de la vision onusienne, vision qui est elle-même fille d'une réflexion impulsée par le Père Taparelli d'Azeglio, le seule guerre admise ici étant le principe de légitime défense, tel que posé, défini et tempéré à l'article 51 de la Charte des Nations unies. La juste défense est donc avant tout collective, dans la solidarité des peuples et des nations, et visant à supprimer la guerre ! C'est parce que l'homme est marqué par le péché de la préférence de soi, qui est au fondement de tous les péchés, qu'il tombe dans le piège de la guerre qui n'est autre que la tentation d'obtenir par la force d'autrui ce que l'on aimerait qu'il nous donne, ou prendre par la force à autrui ce qu'on lui envie ou dont on a envie. La guerre procède donc d'une volonté malsaine de détruire ce qui est autre car cet autre n'est pas conforme à nos objectifs, ne se soumet pas à notre volonté ; mais se pose aussi la question, qui est au cœur du débat sur la guerre juste et plus encore de celui sur la juste défense, ce s'opposer à cet autre qui serait nuisible, voire mortellement dangereux. Et c'est là que l'idée de justice s'impose dans le débat…

 

Saint Augustin rappelait qu’un acte bon ne peut se faire par des moyens mauvais, être méchant contre le méchant rendant soi-même méchant : « Tu le condamnes et tu fais comme lui ? Tu veux par le mal triompher du mal ? Triompher de la méchanceté par la méchanceté ? Il y aura alors deux méchancetés qu'il faudra vaincre l'une et l'autre » (Sermon CCCII )…

 

Enfin, la justice est la dimension essentielle de la paix, car l'objectif du chrétien n'est donc pas la destruction mais la construction puisque celui-ci, fondé sur la justice, doit être positif et axé vers l'espérance.

 

Ces critères éthiques correspondent aux conditions de la paix posées par le bienheureux Jean XXIII. Et, dans son message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2003 (Message pour la célébration de la Journée mondiale de la Paix (Pacem in Terris, un engagement permanent), 1er janvier 2003, point 3), Jean-Paul II a ainsi rappelé les quatre conditions de la paix telles que posées par Jean XXIII :

- la vérité, car elle est le « fondement de la paix si tout homme prend conscience avec honnêteté  que,  en plus  de ses  droits,  il a aussi  des devoirs  envers autrui » ;

- la justice, car elle est source de l'édification de la paix « si chacun respecte concrètement les droits d'autrui et s'efforce d'accomplir pleinement ses devoirs envers les autres » ;

- l'amour, car il est « ferment de paix si les personnes considèrent les besoins des autres comme les leurs propres et partagent avec les autres ce  qu'elles possèdent,  à commencer  par les valeurs  de l'esprit » ;

- la liberté, car elle est nourriture de la paix si « dans le choix des moyens pris pour y parvenir, les individus suivent la raison et assument avec courage la responsabilité de leurs actes ».

 

Jean XXIII posait donc bien les conditions de la paix dans le tréfonds même de la conscience humaine, faisant appel à l'esprit de chaque homme, lui rendant ainsi son individualité et son unicité en tant que personne libre mais aussi responsable.

 

Par delà ce qui précède, on notera que Jean Paul II insiste à de nombreuses reprises dans ses messages à l’occasion des Journées mondiales de la Paix, sur la nécessité de l’éducation comme source de la dite Paix, rejoignant ainsi Clément d’Alexandrie qui écrivait que c’est l’éducation, non la nature, qui le plus souvent rend vertueux (Stromates, I , 6).

 

Rien de nouveau finalement, car ces critères sont traditionnels depuis saint Augustin, si ce n'est qu'il sont enfin mis en perspective. Ce qui est nouveau, c'est la vision nouvelle ouverte par Jean XXIII, puis Jean-Paul II, dans la suite de l'influence de Taparelli d'Azeglio depuis Pie IX. La vision est inversée, sans rupture cependant, par évolution positive, car la théologie de la paix ne cherche plus seulement à encadrer la guerre, à la limiter, à la rendre plus juste et plus humaine ; elle est désormais critique radicale de la guerre, et  cela conduit  à réinterpréter  la doctrine  de la guerre  juste qui n'est plus guerre mais résistance collective contre l'agression, ce qui est tout autre chose ! Néanmoins, l’élaboration de cette doctrine a parfois donné lieu à certains excès, par exemple lors de la Guerre d’Algérie, certains y voyant une justification du terrorisme aveugle… Et il est bien évident que cette idée même de résistance doit être encadrée éthiquement afin de ne pas ouvrir une boîte de Pandore permettant de tout justifier.

 

Cette théologie de la juste défense n'est pas recul mais progrès, insistant sur le refus des motivations idéologiques ou d'intérêts, sur le principe de la solidarité internationale, etc…, la guerre ne devant en aucun cas être jugée comme nécessaire. Elle n'est qu'un ultima ratio, jamais une carte blanche comme l'écrivait Karl Barth. Elle ne peut donc s'inscrire que dans une logique de détresse, comme le disait Paul Ricoeur, et l'on rejoint ici à nouveau saint Augustin. Et c'est pour cela que l'on parle désormais plus de juste paix que de guerre juste et que se substitue à cette dernière l'idée de juste défense qui devient son héritière, ce qui interdit toute glorification de la guerre et admet la volonté de proclamer, comme le demande le Père Christian Mellon, que seule une perspective strictement défensive est désormais admissible, la justice ne se trouvant que dans la paix !

 

En fait, avec Jean-Paul II, une boucle est fermée, et l'on en revient à la vision pacifique des premiers Pères, et en particulier de saint Augustin, en finissant avec plus de dix siècles de dérives qui ont nuit à l'Église… La paix est à nouveau au cœur de la théologie ! Et tant Benoît XVI que François ont confirmé et confirme cette démarche de retour à une théologie de la paix !

 

Pour finir, rappelons que dans la foulée de Jean XXIII et de Paul VI, Jean-Paul II a fait des institutions internationales la clé de toute solution aux problèmes de paix ou de guerre. Le Pape Paul VI avait ainsi insisté dans tout son message sur cet impératif de rechercher avant tout la paix. Il suffit pour s’en convaincre de relire son Encyclique oubliée « Au nom du Seigneur, Nous crions : "Arrêtez !" » du 15 septembre 1966. Et il a posé des bornes indépassables par le chrétiens : « Les États ne doivent pas se faire la guerre mais au contraire conjuguer leurs efforts pour faire la paix ; La guerre est un fléau épouvantable ; Il vaut mieux régler un conflit avec quelque inconvénient ou désavantage que de se lancer dans la guerre ; Le devoir du chrétien et de l'Église est avant tout de rechercher la paix, en particulier par l'intercession de la Vierge Marie. » 

 

Bien que proches de nous, combien ces paroles sont oubliées ! De même, depuis l’encyclique Pacem in terris de Jean XXIII, les chrétiens devraient clamer « Si tu veux la paix, prépare la paix » parce que la paix ne se résume pas à l’absence de guerre, parce que le développement est le nouveau nom de la paix. Et tant que tous les États et que tous les hommes ne se seront pas engagés sur le chemin du développement juste pour l’ensemble de l’humanité, il y aura toujours difficulté à parler de guerres justes. Que le développement soit le nouveau nom de la paix, les chrétiens ne le découvrent pas dans une lecture politique ou idéologique, mais dans l’intimité de celui qui, « Prince de la paix », a donné sa paix et ouvre le temps messianique de la « Paix sur notre terre humaine. »

 

Conséquence : toute tentative de la part d’un État quelconque visant à instrumentaliser l’ONU ou à bloquer son fonctionnement est désormais considérée par l’Église comme une véritable atteinte à la paix, même si cette violation potentielle ou réelle du droit international n’est pas en elle-même une cause de guerre…

 

« La guerre est toujours une défaite pour l’humanité. » (Jean-Paul II, pape, en 2003 ; François, pape, en 2013)…

 

 

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 18:18

Prière pour gagner la paix
Cardinal Etchegaray

Qu’il est difficile de gagner la paix ! Plus difficile que de gagner une guerre. Qu’il est difficile d’être prophète de la paix ! Si je lève le doigt vers un avenir gonflé d’espoirs, les réalistes me traitent d’idéaliste : et si je le baisse sur le présent écrasé d’échecs, les utopistes me taxent de défaitiste.
Seigneur, donne-moi le courage de n’accepter que de Toi la rude vocation de prophète et d’être à tous coups perdant parmi les hommes !

Qu’il est difficile d’être pédagogue de la paix ! Au milieu de sourds qui croisent le fer des menaces, comment faire entendre la voix qui les éloigne tous de cette bordure du gouffre où à tout instant risque de s’engloutir l’humanité ?
Seigneur donne-moi l’adresse de bien expliquer que la paix n’est pas si simple que le cœur ne l’imagine, mais plus simple que la raison ne l’établit !

Qu’il est difficile de croire que la paix est entre mes mains ! Et pas seulement entre les mains des stratèges et des super-grands. Chaque jour, par ma façon de vivre avec les autres plus que par un défilé ou un manifeste, je choisis pour ou contre la paix.
Seigneur, donne-moi la lumière pour découvrir les vraies racines de la paix, celles qui plongent jusqu’au cœur de l’homme réconcilié avec Dieu !

Qu’il est difficile d’accueillir l’Évangile de la Paix ! De quelque côté que l’on se trouve, à l’Ouest comme à l’Est. Dans une jungle de fauves aux dents de fusées, comment faire comprendre que perdre son âme est encore plus dangereux que de laisser sa peau ?
Seigneur, donne-moi la force d’aider ceux qui puisent la sève des Béatitudes à briser la logique absurde et la spirale infernale de la violence !

Seigneur, tous ces crépitements autour de la paix me révèlent que le moindre accroc à la tunique de la paix fait crier l’homme. Toucher à la paix, c’est plus que toucher à un problème, c’est même plus que toucher à l’homme, c’est toucher à Dieu, à Celui que saint Paul nous présente comme étant lui-même la Paix (Ep 2, 14).

Seigneur, apprends-moi à gagner la Paix !
Amen.

 

Source : http://marseille.catholique.fr/Priere-pour-la-Paix-du-Cardinal

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 09:22

Prier pour nos Prêtres, c’est parfait ! Les inviter à partager nos repas, c’est très bien ! Mais, ce n’est pas forcément tout !

 

Car c’est à nous, les « cathos de base » de nous bouger et d'aider nos Prêtres dans leur sacerdoce. Car les « simples » fidèles que nous sommes peuvent faire beaucoup de taches qui ne sont pas réservées aux Prêtres, mais que nous leur laissons trop souvent par frilosité (le manque de temps n'est pas un argument : un peu moins de télé, plusieurs fidèles travaillant à une même tache, etc..., c'est possible), par peur de ne pas savoir comment faire, par orgueil, par peur du qu'en dira-t-on, etc..., leur permettant ainsi de se recentrer sur leur sacerdoce.

 

Il est des « basses besognes » qui sont sublimes lorsqu'elles sont au service de ses Frères et de ses Sœurs ; souvenons-nous ne serait-ce que du lavement des pieds... Sommes-nous plus que le Christ ?

 

Aider à l’animation de la Messe, organiser cette animation, encadrer les jeunes, faire le catéchisme, laver l'église, jouer de la musique, balayer la cour avant et après une fête, faire des sandwichs, des tartes ou des salades, accueillir les fidèles, tenir la paperasserie, gérer la bibliothèque, décorer l'église, faire du soutien scolaire, visiter des malades ou des personnes seules, tenir à jour le panneau d'affichage, rédiger le bulletin paroissial, passer dire un petit bonjour à son Prêtre autrement que pour lui demander quelque chose, organiser des sorties ou des animations paroissiales, visiter les personnes isolées, faire les petites réparations électriques ou de plomberie, repeindre certaines statues, encadrer les sorties des scouts, recevoir les parents, tenir les comptes de la Paroisse, donner des cours d'art floral, organiser le tableau des lectures, chercher du travail pour ceux qui n'en ont pas, aller à des réunions diocésaines, organiser l'entraide, sont considérés par certains qui se réfugie derrière un « mais je prie ! » (mais pas tous, et c’est heureux, car il en est qui prient et agissent à la fois)  ou un « mais je donne au denier du culte ! » comme de basses besognes alors que ce n’en sont pas dès lors qu’elles sont offertes à Dieu et à nos Frères ! Le problème, c'est que dans certaines Paroisses on laisse tout ça sur le dos du Prêtre...  C’est aussi cela soutenir les Prêtres ! Car beaucoup de ces tâches, matérielles le plus souvent, ne sont pas spécifiques ou liées à leur sacerdoce ! Et les faire nous-mêmes lui permettent au contraire de se recentrer sur leur sacerdoce !

 

Repeindre une pièce peut faire perdre à un Prêtre une journée, alors qu’il a déjà tant à faire ! A deux ou trois, c’est juste quelques heures ! Que déjà chaque catholique offre deux heures de travail à sa paroisse par mois, et ce serait immense… Rêvons un peu ! Mettons qu’il y ait ne serait-ce qu’un million de catholiques qui consacrent deux heures par mois à aider leur Curé ! Cela ferait deux millions d’heures, cela fait 83333 journées, cela fait 228 années que nous rendons aux Prêtres pour vivre encore plus pleinement leur sacerdoce ! Il y avait en 2007 15 341 Prêtres diocésains en France, cela ferait 130 heures par mois offertes à chaque Prêtre, dans les 4 heures par Prêtre et par jour, alors qu’ils sont peu nombreux pour beaucoup demandé ! Pensons-y !

 

L’important, c’est de rester humble, de ne pas vouloir se substituer au Prêtre, de le voir comme son Père !

 

Alors, le mieux, ce serait peut-être que chacun aille voir son Curé et  lui dise deux choses :

1/- Qu’entendez-vous par vous soutenir, soutenir les Prêtres ? En quoi puisse vous aider ? N’ayez pas peur de passer pour un idiot en posant cette première question !

2/- Que puis-je faire donc ? Voilà ce que je sais faire, même si c’est « simplement » réparer une prise électrique !

Et puis discutez ! Peut-être même que ce Prêtre trouvera en chaque personne des ressources que cette dernière ignore être en elle-même !

 

Souvent les Prêtres aimeraient demander, mais combien de fois sont-ils rabroués par des catholiques qui ne sont parfois plus que des consommateurs de sacrements et ne voient dans le Prêtre qu'un homme à leur service (image inversée de la hiérarchie), qu'un simple distributeur de sacrements taillable et corvéable à merci, se disant C'est lui qui l'a choisi, qui l'a voulu, donc.. ? Faisons notre propre examen de conscience !

 

Donc : PRIER (indispensable) + AGIR ! Bref, la Foi et les Œuvres !... bref, être simplement Catholique…

 

 

 

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 15:42

La logique de développement soutenable, ce lien entre environnement et développement est par nature même un principe chrétien comme l'a d'ailleurs rappelé le Pape Jean-Paul II, en particulier dans sa lettre encyclique Centesimus Annus. Il est en effet faux d'affirmer comme trop de personnes à la suite de la critique de Lynn White jr que la sauvegarde de l'environnement passe par un rejet de la version occidentale du Christianisme et que le christianisme, en contraste absolu vis-à-vis des anciens paradigmes et des religions asiatiques, non seulement a instauré un dualisme entre la nature et l'homme, tout en insistant sur le fait que ce serait la volonté de Dieu que l’homme exploite la nature à ses propres fins[1]  ; non seulement de telles assertions sont mensongères, mais elles traduisent de plus une réelle incompréhension et une méconnaissance certaine du message du Christ.

 

Le Christianisme n'a en effet jamais élevé en dogme la supériorité absolue de l'homme sur la nature, ce qui est contraire aux idées même d'Alliance et d'Amour du prochain, et ce même si l'homme a été créé à l'image de Dieu et même s'il a reçu pour mission de soumettre la Terre. D'ailleurs, Lynn White lui-même était obligé de faire référence à Saint François d'Assise, et d'admettre[2] que l'idée développée par ce Saint fondamental du catholicisme est porteuse d'avenir par la vision proposée de la relation entre l'homme et la nature. C'est ce que rappelait le Père Bernard Przewozny, directeur du Centre franciscain    d'étude  de  l'environnement  de  Rome,  lorsqu'il  écrivait  en     1990 :

 

Comme de nombreux auteurs l'ont démontré, la recherche d'un modèle alternatif du rapport de l'homme à son environnement est inspirée par une démarche peu honnête. Dans le cas de White,Toynbee, et d'autres, ce modèle est basé sur l'animisme primitif. Cette démarche est peu honnête car elle attribue la responsabilité du désastre écologique non seulement  à la Tradition judéo-chrétienne,  mais  au monothéisme[3].

 

Jean-Paul II lui-même n'a t-il pas écrit :

 

L'homme saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et de sa vie même. À l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique... L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre... Au lieu de son rôle de collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui.... En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain... Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté[4] ?

 

Ce n'est donc pas la soumission des hommes à Dieu qui est la cause de la dégradation de l'environnement, mais justement l'oubli par ces mêmes hommes de Dieu, donc l'oubli par les hommes modernes du sens de la transcendance de Dieu par rapport à l'homme, mais aussi de l'homme par rapport au reste de la Création divine[5]. C'est l'idée que voulait faire passer Jean-Paul II dans son Message pour la Paix du 1er janvier 1990 lorsqu'il parlait de la nécessité d'un univers en harmonie, d'un vrai cosmos pourvu d'une intégrité propre et d'un équilibre interne dynamique[6]. Ces mots de Jean-Paul II sont en fait la clé de lecture de tout ce document, ils en sont le thème central, car imposant une réflexion vraie sur la liberté, sur l'éthique et surtout sur le rôle de l'homme dans la Création.

 

La doctrine théologique de la transcendance se trouve en fait au centre de toute la conception chrétienne de l'environnement, puisqu'au cœur de la question de la Création; en effet, Dieu n'est pas dans le monde comme un principe vital animant tous les êtres vivants, mais comme créateur et maître de l'univers. De plus, la transcendance, relation personnelle avec Dieu, traduit le mouvement par lequel la conscience vise l'objet qui, tout en étant en corrélation avec ses actes, lui est radicalement extérieur, ce qu'est Dieu, d'où les principes de grâce et de révélation.

 

D'autres que Lynn White jr ont attaqué le christianisme et l'ont accusé de tous les maux. Ainsi, le cardinal Ratzinger a t-il déploré que le Club de Rome ait développé une « critique du christianisme qui serait la racine de cette civilisation du pillage[7], alors que Drewermann a repris ces accusations en affirmant :

 

Pour le dire en termes très tranchants : la religion désertique de l'Ancien Testament, élevée par le christianisme au rang de message d'une Église universelle, pourrait en effet désertifier le monde entier[8]... 

 

Mais là encore, ils relèvent plus une ignorance totale ou malveillante du message chrétien que d'une lecture critique, raisonnée et sensée du même message.

 

A suivre…

 



[1] White (L.), « The historical roots of our ecological crisis », in : Science, n° 3767, 10 mars 1967, pp. 1203-1207, publication de la communication faite le 26 décembre 1966 à l'American Association for the Advancement of Science.

[2] même si ses commentaires sont faux…

[3] Przewozny (B. J.), « La dimensione culturale ed etica della crisi ambientale », in : Volto della Terra, volto di Dio, Quaderni di Città di Vita, Firenze, 1990, page 29.

[4] Centesimus Annus, Cerf, Paris, 1991, pp. 76-78.

[5] Luyckx (M.), Les religions face à la science et la technologie. Églises et éthiques après Prométhée, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, novembre 1991.

[6] La Documentation Catholique, n° 1997, 7 janvier 1990, page 10.

[7] Ratzinger (J.), Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, Fayard, Paris, 1986, page 43.

[8]in :  Le progrès meurtrier, Stock, Paris, 1993, page 136.

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 18:23

Certains de mes rappels historiques, présents, passés ou à venir peuvent paraître parfois critiques envers l’Eglise. C’est pourquoi je me permets de vous écrire ce qui suit, afin que je sois bien compris.

 

En premier lieu, je rappelle qu’il faut éviter tout actualocentrisme. C’est ce que Montesquieu rappelait en écrivant qu'on ne jugera jamais bien les hommes si on ne leur passe pas les préjugés de leur temps !

 

Par ailleurs, et selon moi, le grand miracle de l’Eglise, ce qui démontre que l’Eglise est éternelle et sainte en elle-même alors que les hommes qui la dirigent ne sont que passagers, c’est que, quelques grands qu’aient pu être les scandales et les crimes de certains de ses Papes ou de ses clercs, par exemple Alexandre VI, la sainteté de l’Eglise ne s’en trouva pas entachée, la foi n’en fut pas transformée, malgré l’autocratie de ces Papes, malgré leurs crimes, malgré leur infaillibilité déjà bien réelle avant Vatican I, même si elle n’était pas encore dogmatique…

 

C’est ce que rappela le Pape Léon XIII dans sa lettre au clergé de France en écrivant que l’historien de l’Eglise sera d’autant plus fort qu’il ne cachera pas les fautes de ses fidèles, même de ses ministres. Ayant toujours apprécie Léon XIII, je ne fais que marcher sur le chemin qu’il a tracé aux historiens de l’Eglise. Il avait conscience du fait que ce fut en cachant les crimes de certains que l’Eglise catholique avait perdu de son influence…

 

Ce fut aussi le seul sens de la repentance de Jean-Paul II du 12 mars 2000 et de la dimension pénitentielle du Jubilé de l’An 2000, mais aussi de la demande générale de pardon formulée par Paul VI en 1965. La repentance n’est soumission, mais au contraire démarche d’un Frère ayant blessé son autre Frère, demande volontaire de réconciliation, de pardon fraternel et librement consenti ! L'Église, en tant que structure humaine (je n’utiliserai ici ce mot que sous cette seule acceptation) a pu faire des erreurs, voire des horreurs, mais il faut s'arrêter au message du Christ et non à ces seuls aspects, à ce message qu'elle protège de ses mains depuis deux milles ans ! Le modèle absolu du Catholique : c'est Jésus, mais nous ne sommes que des hommes qui connaissons le péché, mais qui savons aussi le dépasser, le transformer en bien par la connaissance qu'il nous donne du mal !

 

Ainsi, en actes comme en paroles, le Seigneur a-t-il révélé sa miséricorde des les origines du peuple qu'il s'est choisi, et, tout au long de son histoire, ce peuple s'en est continuellement remis, dans ses malheurs comme dans la prise de conscience de son péché, au Dieu des miséricordes (Jean-Paul II, Dives in Misericordia, 4).

 

Nier ses fautes, les occulter, ce n’est pas être Catholique ! Ou alors, le sacrement de réconciliation n’a aucun sens, et le pardon n’existerait pas… Le courage est aussi dans l’aveu de ses fautes ! Nier nos fautes, c’est aussi offrir des armes à nos ennemis.

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 18:22

Evangéliser, ce n'est pas forcément conduire quelqu’un au Baptême, même si cela reste à mon esprit. Certains saints chrétiens, dont Saint Giniez le patron de mon ancienne Paroisse, n'ont jamais été baptisés, même si lui a, par le martyr, reçu le baptême du sang. Il n'était pas chrétien, mais il a refusé de participer à leur massacre. C'est un saint non baptisé…

Ce serait de plus limitatif, car l'évangélisation concerne aussi ceux qui sont déjà baptisés. Moi-même, j'ai aussi, encore, toujours besoin d'être évangélisé... Il y a en fait plusieurs niveaux d'évangélisation, tout comme il y a plusieurs niveaux d'éducation, et l'évangélisation n'est jamais finie pour quiconque car nul ne peut accéder en ce monde au mystère de Dieu.

D'une manière générale, évangéliser c'est d'abord proclamer la bonne nouvelle de l'Amour de Dieu et de l'Amour du prochain à tous les hommes et à toutes les femmes.

Évangéliser, c'est comprendre et respecter l'autre, tout en étant sûr de sa propre Foi, en aucun cas provoquer, car il faut convaincre, non pas directement, mais en laisser couler en l'autre l'esprit de Dieu. L'évangélisateur n'est qu'un relais de l'Esprit Saint. S'il ne l'a pas compris, il se trompe sur toute la ligne, même s'il peut sauver son frère....

Évangéliser, c'est aussi être un exemple, un témoin vivant... E puis, rendre un sourire à un enfant qui s'est fait un bobo en le soignant, en le cajolant, c'est déjà évangéliser car témoigner de l'Amour...

Évangéliser, c'est aussi s'évangéliser soi-même, car proposer la bonne nouvelle est autres, c'est aussi s'ouvrir aux autres et comprendre la bonne nouvelle. Car avant d'évangéliser, il faut comprendre, chercher un lien "direct" avec Dieu, comprendre ce que l'on dit, car évangéliser n'est pas réciter une leçon, mais transmettre un message que l'on vit : les commandements d'Amour, Dieu un et trine, Jésus vrai Dieu et vrai homme, Jésus mort pour tous les hommes et ressuscité pour sauver le monde, l'espérance.

À propos de l'évangélisation, que pensez-vous, pour ceux qui l'ont lu, du rapport de monseigneur Dagens "proposer la Foi dans la société actuelle", rapport adopté en 1996 par la Conférence des Évêques de France ? J'ai beaucoup aimé et en recommande la lecture à tous. Une phrase que j'ai bien aimé de monseigneur Dagens sur l'usage de son rapport :

Première exigence, qui est de l'ordre des évidences : il s'agit d'abord de lire et de recevoir vraiment ce texte, de telle façon que nous donnions envie à d'autres de le lire et de le recevoir à leur tour.

Connaître, apprendre, recevoir d'abord pour ensuite offrir aux autres, leur donner envie de découvrir ! Une vraie leçon d'évangélisation ! Et puis, n'a t-il pas superbement conclu, résumé son rapport par ces mots :

Soyons chrétiens là où nous sommes, dans cette société qui est la nôtre, et vérifions ainsi la force de l'Évangile et la jeunesse de l'Église du Christ, de notre Église et de notre foi !

 

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 16:27

Les critères pour qu'une guérison inexpliquée soit qualifiée de miracle sont bien difficiles à réunir :

 

- Critères médicaux :

 

L'avis positif et unanime des médecins est obligatoire sur chacun de ces points, l'Eglise ne pouvant reconnaître un miracle qu'avec cet avis positif, mais ne proclamant pas toute guérison inexpliquée comme miracle :

 

1. la maladie ou le handicap doit être grave ou impossible ou très difficile à guérir;

2. la guérison, si elle est difficile, ne doit en aucun cas pouvoir être spontanée ou rapide;

3. la maladie ne doit pas être arrivée à un stade où elle doive décliner d'elle même passé ce stade;

4. nulle médication ne doit avoir été appliquée ou, si elle a eu lieu, il faut que son inefficacité ait été prouvée;

5. la guérison doit être subite, instantanée, même si, dans le cas du pèlerinage ou de l'application d'eau bénite elle peut être différée d'une journée au plus, sans que les critères d'instantanéité soit remis en cause, la guérison progressive ne pouvant être considérée comme inexpliquée dans ce cas précis;

6. la guérison doit être parfaite;

7. la guérison ne doit pas être soupçonnable de possible au regard des derniers états de la science, y compris même des simples hypothèses sérieuses;

8. il ne doit pas y avoir eu préalablement de crise ou de frémissement laissant entrevoir une guérison soit en temps naturel, soit pour une cause déterminée;

9. la guérison doit être inexplicable par la seule raison;

10. la maladie ou le handicap doit être démontré au préalable par un dossier médical solide, argumenté et faisant état très exactement des soins et médications préalables;

11. la maladie ou le handicap guéri ne doivent pas revenir, bref, il ne doit pas y avoir de récidive directe, soit induite et liée au même mal.

 

Si un seul de ces onze critères manque, une guérison ne peut être considérée comme inexpliquée ! Donc, déjà, le nombre de guérisons inexpliquées ne peut être, vus les critères, que très inférieur au nombre des guérisons.

 

De plus, établir un tel dossier demande du temps, notamment la preuve du critère de non récidive. Les médecins doivent alors conclure en cas de positif : guérison inexplicable dans l'état actuel de la science, guérison non explicable par les lois naturelles, guérison à laquelle nous ne trouvons pas d'explication médicale, seule la troisième rentrant stricto sensu désormais dans les critères pour être analysée comme guérison inexpliquée susceptible d'être miraculeuse.

 

Toutes les guérisons jugées inexpliquée ne sont par ailleurs pas transmises pour supplément d'enquête et analyse spirituelle.

 

- Critères spirituels, se surajoutant aux critères médicaux :

 

1. la guérison doit être clairement attribuable à Dieu, même si c'est par l'intercession d'un saint ou de la Vierge Marie, à Dieu et à lui seul;

2. dès qu'il y a doute de préternaturel (intervention démoniaque, non divine, etc...), il y a rejet de l'idée même de miracle. Par exemple, s'il est prouvé que la personne s'était livrée avant à des pratiques démoniaques, satanistes ou spéciales, ou encore à des tentatives de simonie, ou encore à des exercices réprouvés de piété (les neuvaines n'étant pas considérées, bien naturellement comme impies), il n'y aura jamais miracle. Par contre, le fait d'être d'une autre religion ne rentre pas en compte; ainsi, par exemple, un musulman peut très bien avoir invoqué Marie ou Jésus sans pour autant avoir violé sa propre religion;

3. l'analyse se fait au travers de critères et d'enquêtes portant sur l'efficacité de la guérison, l'utilité de la guérison, le mode de la guérison, la fin(alité) de la guérison, la personne de la guérison et son entourage immédiat lors de la guérison, les moyens de la guérison, l'occasion de la guérison;

4. il ne faut trouver rien de frivole, de ridicule, de déshonnête, de honteux, de violent, d'impie, d'orgueilleux, de mensonger et de défectueux, à quelque titre que ce soit, dans la fin, l'agent, les conditions et les effets du phénomène extraordinaire que doit juger l'Eglise;

5. tous ces signes doivent exister simultanément et de manière certaine dans le prodige.

 

Tous ces critères doivent être remplis sans exception aucune, sachant que l'Eglise mènera un procès (au sens de process) régulier tout particulièrement sur l'identité des personnes, sur les constatations des médecins, sur les dépositions des témoins.

 

Voilà, rapidement exposés, les 11 critères médicaux et les 5 critères spirituels principaux. Seize critères, dont certains multiples, tous précis et devant être documentés solidement ! Pas facile d'être miraculé au sens de l'Eglise !

 

Bref, toutes les guérisons ne sont pas inexplicables, toutes les inexplicables ne sont pas inexpliquées, toutes les inexpliquées ne sont pas surnaturelles, toutes les surnaturelles ne sont pas des prodiges, tous les prodiges ne sont pas attribuables à Dieu, toutes les guérisons attribuables à Dieu ne sont pas forcément des miracles ! Dès lors, même le bureau médical est plus que prudent pour parler de guérison inexpliquée, celle-ci n'étant elle-même qu'un troisième degré sur une échelle de sept !

 

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:19

Prier pour nos Prêtres, c’est parfait ! Les inviter à partager nos repas, c’est très bien ! Mais, ce n’est pas forcément tout !

 

Car c’est à nous, les « cathos de base » de nous bouger et d'aider nos Prêtres dans leur sacerdoce. Car les « simples » fidèles que nous sommes peuvent faire beaucoup de taches qui ne sont pas réservées aux Prêtres, mais que nous leur laissons trop souvent par frilosité (le manque de temps n'est pas un argument : un peu moins de télé, plusieurs fidèles travaillant à une même tache, etc..., c'est possible), par peur de ne pas savoir comment faire, par orgueil, par peur du qu'en dira-t-on, etc..., leur permettant ainsi de se recentrer sur leur sacerdoce.

 

Il est des « basses besognes » qui sont sublimes lorsqu'elles sont au service de ses Frères et de ses Sœurs ; souvenons-nous ne serait-ce que du lavement des pieds... Sommes-nous plus que le Christ ?

 

Aider à l’animation de la Messe, organiser cette animation, encadrer les jeunes, faire le catéchisme, laver l'église, jouer de la musique, balayer la cour avant et après une fête, faire des sandwichs, des tartes ou des salades, accueillir les fidèles, tenir la paperasserie, gérer la bibliothèque, décorer l'église, faire du soutien scolaire, visiter des malades ou des personnes seules, tenir à jour le panneau d'affichage, rédiger le bulletin paroissial, passer dire un petit bonjour à son Prêtre autrement que pour lui demander quelque chose, organiser des sorties ou des animations paroissiales, visiter les personnes isolées, faire les petites réparations électriques ou de plomberie, repeindre certaines statues, encadrer les sorties des scouts, recevoir les parents, tenir les comptes de la Paroisse, donner des cours d'art floral, organiser le tableau des lectures, chercher du travail pour ceux qui n'en ont pas, aller à des réunions diocésaines, organiser l'entraide, sont considérés par certains qui se réfugie derrière un « mais je prie ! » (mais pas tous, et c’est heureux, car il en est qui prient et agissent à la fois)  ou un « mais je donne au denier du culte ! » comme de basses besognes alors que ce n’en sont pas dès lors qu’elles sont offertes à Dieu et à nos Frères ! Le problème, c'est que dans certaines Paroisses on laisse tout ça sur le dos du Prêtre...  C’est aussi cela soutenir les Prêtres ! Car beaucoup de ces tâches, matérielles le plus souvent, ne sont pas spécifiques ou liées à leur sacerdoce ! Et les faire nous-mêmes lui permettent au contraire de se recentrer sur leur sacerdoce !

 

Repeindre une pièce peut faire perdre à un Prêtre une journée, alors qu’il a déjà tant à faire ! A deux ou trois, c’est juste quelques heures ! Que déjà chaque catholique offre deux heures de travail à sa paroisse par mois, et ce serait immense… Rêvons un peu ! Mettons qu’il y ait ne serait-ce qu’un million de catholiques qui consacrent deux heures par mois à aider leur Curé ! Cela ferait deux millions d’heures, cela fait 83333 journées, cela fait 228 années que nous rendons aux Prêtres pour vivre encore plus pleinement leur sacerdoce ! Il y avait en 2007 15 341 Prêtres diocésains en France, cela ferait 130 heures par mois offertes à chaque Prêtre, dans les 4 heures par Prêtre et par jour, alors qu’ils sont peu nombreux pour beaucoup demandé ! Pensons-y !

 

L’important, c’est de rester humble, de ne pas vouloir se substituer au Prêtre, de le voir comme son Père !

 

Alors, le mieux, ce serait peut-être que chacun aille voir son Curé et  lui dise deux choses :

1/- Qu’entendez-vous par vous soutenir, soutenir les Prêtres ? En quoi puisse vous aider ? N’ayez pas peur de passer pour un idiot en posant cette première question !

2/- Que puis-je faire donc ? Voilà ce que je sais faire, même si c’est « simplement » réparer une prise électrique !

Et puis discutez ! Peut-être même que ce Prêtre trouvera en chaque personne des ressources que cette dernière ignore être en elle-même !

 

Souvent les Prêtres aimeraient demander, mais combien de fois sont-ils rabroués par des catholiques qui ne sont parfois plus que des consommateurs de sacrements et ne voient dans le Prêtre qu'un homme à leur service (image inversée de la hiérarchie), qu'un simple distributeur de sacrements taillable et corvéable à merci, se disant C'est lui qui l'a choisi, qui l'a voulu, donc.. ? Faisons notre propre examen de conscience !

 

Donc : PRIER (indispensable) + AGIR ! Bref, la Foi et les Œuvres !... bref, être simplement Catholique…

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 13:25

Ce texte est inspiré d'une conférence entendue voici une dizaine d'années au Couvent des Dominicains de Marseille. Il est issu des notes prises à cette occasion, auxquelles sont jointes des réflexions personnelles.

Tant l'anamnèse que la doxologie sont des éléments permettant de faire mémoire, de rendre grâce au Père par le Fils et en l'Esprit. Ces mots ne sont pas étranges, ils nous sont même assez familiers, tout comme l'épiclèse nous est familière, car ils font partie du vocabulaire courant de la prière liturgique. Ce sont cependant des mots à redécouvrir car ils sont méconnus alors qu'ils sont utiles et riches de sens, car ils sont l'illustration des aspects essentiels de la liturgie.

Il existe un véritable dynamisme intérieur de la vie chrétienne, ce dynamisme se retrouvant dans la liturgie.  L'anamnèse, l'épiclèse et la doxologie nous suggèrent et soulignent dès lors le mouvement intérieur de la liturgie vers le Père....

La présente présentation se voudra généraliste et non dogmatique. C'est pourquoi elle partira de la question : de quoi s'agit-il ? Il s'agit en fait ici de comprendre ce qu'il en est du culte en Esprit et en vérité que le Père attend de ses enfants -cf. l'épisode de la samaritaine-, car l'homme est adorateur du Père en Esprit et en vérité. Pour saisir la nature de ce culte en Esprit et en vérité, on partira donc d'un mot : anamnèse, pour aller vers un autre : doxologie. Le mot anamnèse signifie mémoire, se souvenir de ; doxologie signifie rendre gloire.... Il nous faut donc nous souvenir des merveilles que Dieu  le Père accomplit et de la parole qui accompagne toujours ses oeuvres.

À qui s'adresse ce culte ? À ce même Père qui nous donne la vie. Nous lui devons donc gratitude et révérence, en langue certes, mais aussi et surtout par toute notre vie, cette vie qui rend gloire à Dieu. On peut ici penser à [Rm 12] ou Saint Paul évoque le culte spirituel et la vie nouvelle; dès le premier verset, il y a appel à ce culte spirituel : Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu… Par la miséricorde de Dieu, nous sommes appelés à offrir nos personnes en hosties vivantes.

Le dynamisme du culte chrétien et de la prière de l'Église est bien celui de la Révélation, et tout son enjeu est logique. IL faut écouter la parole, garder la parole, faire la parole : le chrétien doit, à longueur de vie, sans cesse, garder contact avec Dieu qui est la source de la vie, qui est Père. Le chrétien doit s'accomplir en Dieu dans une parfaite communion d'Amour avec lui.

 

Anamnèse - Littéralement, le mot anamnèse signifie mémoire, souvenir. Concrètement, cela renvoie à un moment précis de la célébration de la Messe, lorsque après la Consécration, l'Assemblée répond au Prêtre qui dit : Il est grand le mystère de la foi, par l'acclamation : Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. Avec l'anamnèse, on sollicite la mémoire du peuple de Dieu à un moment capital de l'eucharistie. Par cette acclamation, l'assemblée formule l'essentiel, c'est-à-dire le mystère pascal de Jésus.

Il s'agit là d'un pivot de l'histoire du Salut, de la clé de tout, et l'on pense ici au Tout est accompli de la Passion, cette parole de Jésus comme Fils bien-aimé et obéissant  au Père qui conclut le Salut du monde par le don de sa vie. Par cet accomplissement, Jésus a réparé les dommages du péché originel, la Croix rouvrant le chemin des hommes vers le Père qui est le terme de notre culte comme le rappelle le Pater qui est la prière de Jésus.

L'anamnèse se situe à un moment clé de la liturgie, et cela pour permettre de contempler Jésus comme Fils, donc par rapport à son Père, Jésus-Christ étant l'unique chemin de la vérité et de la vie, l'unique médiateur entre Dieu et les hommes. Par sa mort sur la Croix, Jésus a rétabli le cours de la charité qui avait été interrompu par le péché; mais cette mort est aussi accomplissement de la foi. l'anamnèse organise donc la mémoire de la communauté chrétienne et permet de déchiffrer les richesses de la Révélation, car, comme le montrent toutes les Écritures, Dieu a beaucoup à nous dire....

On se souviendra que dans un premier temps la Messe est liturgie de la Parole. Elle permet ainsi , avant le mémorial de l'anamnèse, de cultiver la mémoire de la Révélation et des grandes oeuvres du Père pour son peuple : sans l'accomplissement de la Pâque, tous les signes de l'histoire sainte resteraient suspendus et sans sens; de même, si ces signes et ces Écritures sont ignorés, comment comprendre la mort du sauveur, ce signe du Père. Comme l'a écrit saint Jérôme, ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ. L'anamnèse est ainsi la mémoire du chrétien en travail....

Se pose donc la question de savoir comment faire véritablement mémoire de et dans l'Église. Il ne s'agit pas d'une oeuvre d'érudition inaccessible, mais au contraire d'une oeuvre d'application de la mémoire à des points simplificateurs de l'histoire divine, points qui sont tous reconnus par et dans la liturgie. On peut ici penser au premier verset de la Genèse, donc de l'Écriture et de toutes les Écritures, et dont Dieu est le sujet : Dieu est celui de qui tout vient, de qui tout procède; il est le Père de la création, la source de toute choses, comme nous le proclamons dans la première phrase du Credo. De même, en [Gn 22], le sacrifice d'Isaac fixe le regard sur le mystère de la paternité déjà crucifiée : Abraham est attristé, mais aussi épargné en ne devant plus sacrifier son fils, le bélier étant offert pour le salut d'Abraham, tout comme le Fils est immolé pour le Salut du  monde. Autres exemples : dans l'Exode Dieu s'acquière un peuple, peuple qu'il n'oublie pas, qui est son enfant chéri, qu'il aime plus qu'une femme aime son enfant; tout le Livre d'Isaïe est consacré à l'Amour de Dieu, amour d'époux, amour saint....

On pensera enfin à la Vigile pascale qui est le haut lieu de la mémoire spirituelle. Toute la Semaine sainte offre aux hommes le contenu de la mémoire commune de l'Église, même s'il y a bien d'autres textes que ceux s'y rapportant.  Toute la Semaine sainte tourne autour de la place que tient Dieu créateur du monde, du peuple, source de tout et de la Rédemption. Comme l'a dit Saint Léon, Dieu a merveilleusement tout créé et encore plus merveilleusement tout recréé par la mort du Christ sur la Croix.

L'anamnèse est donc au premier chef la mémoire de l'origine, de l'Amour source du Père qui se manifeste tout au long de l'histoire humaine, comme le démontre par exemple dans l'Ancien Testament l'envoi toujours renouvelé vers le peuple élu d'hommes exceptionnels : patriarches, prophètes, juges, ....  Il faut bien insister sur le caractère concret de cette mémoire des fondements de l'histoire du Salut, car c'est cette histoire qui permet de comprendre ce que Dieu a fait pour nous, même si l'homme lui reproche souvent dans cette même histoire de ne rien faire pour lui. L'anamnèse fait mémoire, mais montre aussi que cette histoire est toujours en cours par la providence absolue et gratuite de Dieu.  Faisant immédiatement suite à la proclamation du Mystère pascal dont elle fait elle-même partie, l'anamnèse est toujours mémoire de l'origine, mais de l'origine retrouvée : elle réintroduit le chrétien dans la familiarité de Dieu par la Lumière du Christ et le pardon des péchés.

 

Epiclèse - L'épiclèse est complètement indissociable de ce qui précède, de l'anamnèse. Il s'agit là encore d'un moment clé de la liturgie, notamment de l'eucharistie lorsqu'il y a invocation de l'Esprit Saint sur les offrandes pour qu'elles soient consacrées au corps et au sang du Seigneur. Il y a invocation de l'Esprit dans l'épiclèse, tout comme il y a mémoire du Fils dans l'anamnèse : l'épiclèse équilibre tout et permet d'éviter une erreur de perspective, ce qui fait que l'on devrait en fait parler du couple indissociable anamnèse/épiclèse.

L'anamnèse est mémoire; cependant, isolée,  cette notion pourrait fausser toute la perspective générale de la liturgie en la renvoyant en amont, vers le passé. Or, il y a dynamique interne de la liturgie, dynamique ouverte vers le futur, vers l'accomplissement; il y a projection de l'homme vers la perfection. Il y a en fait tripolarité de la dynamique de la liturgie : le passé, le présent, l'avenir vers lequel tout tend, mais le pivot de tout est le présent, l'instant où l'on est. Ainsi, la liturgie n'est pas quelque chose d'abstrait mais bien au contraire quelque chose de très vivant car elle est tout à la fois célébration, rassemblement, prière, gestes et paroles ensemble à un moment donné; elle est sanctification du moment vécu hinc et nunc, odie, c'est-à-dire ici, maintenant et aujourd'hui !

L'épiclèse est invocation, invocation indissociable de l'anamnèse. Les deux permettent de rester attentif à ce qui fut, même si leur objet est tendu vers le futur, car il y a besoin au présent de signes de la fidélité de Dieu, d'où la référence au passé. L'anamnèse n'est donc pas une mémoire morte mais bien au contraire  une mémoire vive, vivante renvoyant l'attention sur la providence divine, et ce pour toujours, car il faut croire ce qui fut pour croire ce qui est !

Le mystère pascal change le rapport au temps de la providence divine. Or, la providence a eu un temps comme jamais dans la vie et l'oeuvre de Jésus, qui a été lui-même manifestation personnelle de la providence faite homme, traduisant de manière absolue le souci divin de pourvoir aux besoins de l'homme, notamment à son besoin de vie en plénitude. Cette providence se retrouve dans toute la vie et dans toute l'oeuvre de Jésus, vie offerte à la mort et se relevant dans la Résurrection, et ce pour toujours.

Pour toujours ! Quelle nouveauté ! Il y a permanence du ressuscité et non pas des signes, ce qui démontre la sollicitude du Père : Dieu se trouve dans la personne du Verbe ressuscité, pleinement et pour toujours. On pense ici à Saint Paul qui proclame que la mort n'a pas eu d'effets sur Jésus-Christ, la Lettre aux Hébreux rappelant par ailleurs qu'Il demeure éternellement dans son être de Fils obéissant et de prêtre intercédant. Jésus demeure; Il demeure; Il est le point de contact de notre présent ici bas avec l'éternité : il n'y aura plus de jour, plus de nuit dit l'Apocalypse, tout comme le temps et la matière ont semblé suspendus au moment de la mort de Jésus sur la Croix ! Ce contact entre notre humanité et l'éternité dès notre temps est essentiel, car il exprime la plénitude du présent divin par le Fils : toute la liturgie est habitée de cette présence du Fils, de cette éternité présente, de la vérité de la transsubstantiation. Toute la liturgie est expression de la vérité de l'intercession du prêtre éternel de la Nouvelle Alliance. La liturgie est donc participation au Mystère célébré, à l'histoire sainte célébrée.

Évoquer le Sauveur avec l'anamnèse, invoquer la plénitude de l'Esprit Saint avec l'épiclèse, participer au don de Dieu par la liturgie, c'est là toute la dynamique du culte chrétien. De la création à la re-création, Dieu veut ainsi faire de nous quelqu'un face au créateur, au re-créateur que l'on cherche à rejoindre comme source même de la vie, Yahvé qui révèle sa plénitude dans sa générosité même, comme celui qui est et qui veut que tous les êtres soient pour partager la plénitude, grâce pour grâce. Dieu est donc désir d'Amour. Présence à la source, la liturgie est le haut lieu de l'effusion de la bonté de Dieu où l'homme se reconstitue pour être capable de sa vocation : rendre gloire à Dieu, dans un échange véridique,  non à sens unique !

 

Doxologie - La liturgie est parfaite glorification de Dieu, et ce à deux points de vue. Dans la célébration elle-même qui est manifestation symbolique mais aussi rencontre de l'éternité, mais aussi, au-delà de cet espace-temps qu'est la Messe, dans la perspective générale du culte, culte qui n'est pas seulement dans l'Église, mais aussi dans la prière et dans le témoignage !

Si nous nous laissons là encore guider par la structure organique de la liturgie, on constate que la doxologie correspond à plusieurs moments, et en particulier à la conclusion de la Prière eucharistique avec la proclamation : “Par lui, avec lui et en lui....” à laquelle l'assemblée répond “Amen”. La doxologie fait donc partie intégrante de la Prière eucharistique, au même titre que l'anamnèse et l'épiclèse.

Au Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit : la liturgie est icône du Fils, car en contemplant le Fils on voit le Père que nul n'a jamais vu : le Fils est le révélateur du Père.

La doxologie vise à rendre gloire à Dieu. Elle permet de rejoindre l'intention du Père sur la création en général et sur chacun des participants à la liturgie. La doxologie, priée à la lumière du Credo, à l'idée de sommet de l'univers, permet de rejoindre la source, c'est-à-dire Dieu. La médiation du Fils, Verbe fait chair, est nécessaire car elle nous apprend à devenir (redevenir) des enfants de Dieu, à découvrir notre être profond et notre perfection possible du fait de la Rédemption et du don de Dieu.  Jésus nous entraîne avec lui vers le Père comme le démontre sa prière “ Glorifie ton Fils pour qu'il te glorifie ” ; Jésus nous permet de rejoindre l'intention du Père qui est de donner la vie éternelle et ce d'avant même que ne fut le monde. Il y a un mouvement tout entier de l'être Christ, vrai Dieu et vrai Homme, qui tend vers son Père : il en vient, il y va, il agit avec son Père, il est en communion avec lui, tout cela pour notre Salut et pour celui du monde. C'est là tout le mouvement de la liturgie, le vrai sens du en mémoire de moi.... Le péché c'est donc de refuser la source, de refuser l'Amour pour l'Amour, de refuser le mouvement de la liturgie qui est le mouvement même du Christ.

Un parallèle peut être fait entre la liturgie au sens strict et le chant des Psaumes ou encore le Rosaire : ils sont tous Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, confessions de l'indivisible et indicible Trinité .  Gloire au Père dans le Fils et par l'Esprit Saint, c'est là toute l'économie du Salut, la manifestation de la volonté de Dieu dans l'histoire.  La Trinité est présente dans toute la liturgie en lui imprimant un mouvement qui va de la source à l'accomplissement, du Père au Fils, de l'Amour à l'Amour, par le Mystère pascal, par la médiation du Fils....

On retrouve hors du temple la providence et la sollicitude divine qui a un but : la réalisation de notre bonheur, la maturité de l'Amour, la présence du Fils, la participation de l'homme à la bonté de Dieu en qui l'on doit tout.

La liturgie se veut efficace, aucune de ses paroles n'étant inefficace, car elle est guidée par une logique que l'on retrouve en [Is 55] où Dieu invite les siens à se nourrir de sa Parole, de sa Parole qui vient de Lui, qui passe par nous et qui retourne à Lui. Il y a donc des degrés divers d'efficacité de la Parole de Dieu, de la transsubstantiation à la moindre des paroles de pardon, toutes ayant un sens : la parole sacramentelle n'a de sens qu'avec un total engagement en vue de ce pour quoi la Parole  nous est donnée : la conversion, c'est-à-dire l'offrande de ses actes et de sa personne en hostie vivante agréable à Dieu. Dans la prière comme dans la Parole, le coeur doit être près de Dieu, car l'encens sans le coeur ne vaut rien ! Il faut glorifier Dieu en vivant la Parole et en témoignant, ce que Jésus nous a demandé en nous désignant comme sel de la terre et comme lumière du monde en [Mt 5, 13-16], le verset 16 étant particulièrement significatif : De même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux.

La liturgie se déploie donc dans toutes les dimensions du Mystère, comme source qui déifie tout humain, y compris l'âme de la communauté des sauvés qui s'en trouve sanctifiée. L'Église est ainsi le fleuve de vie qui devient synergie par la célébration où nous devons agir avec les autres, mais aussi avec le Père.

L'introduction au Pater est en ce sens - et en prolongement de la doxologie- importante : Comme nous l'avons appris du Sauveur et selon son commandement, nous osons dire...., car elle montre que l'on est dans la maison de Dieu comme chez soi, ce qui n'est pas toujours évident, car elle rappelle que dans l'Église nous sommes tous fils dans le Fils. Il y a là encore dynamisme transformant la liturgie et révélant notre vie.

 

Conclusion - Anamnèse, épiclèse et doxologie doivent se vivre et s'éclairer du dedans. Ils sont finalement simples car se rapportant à un moment fort de la prière : faire confiance ! Anamnèse, épiclèse et doxologie sont indissociables, livrant leurs richesses ensemble : pour se gagner à Dieu, il ne faut pas perdre sa mémoire spirituelle; il faut se souvenir d'où l'on vient pour se rappeler où l'on va, c'est-à-dire de Dieu à Dieu en passant par le Fils avec la défense de l'Esprit. Comme l'a écrit sainte Thérèse de Lisieux, il faut partager le Mystère du Fils, du feu divin incarnation du Père....

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Catholicisme
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