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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:35

Lire les deux Épîtres de Pierre est indispensable. Ne serait-ce que parce qu’est à Pierre que Jésus à confie ses brebis ! De plus, Pierre, premier des Apôtres, est un témoin direct du message de Jésus dont il a suivi les pas au jour le jour tout au long de sa mission sur terre. Son témoignage est donc un bien des plus précieux pour le chrétien, tant car il fut témoin que car il reçut la charge de l’Église :

« Pais mes agneaux. » (5 Jn 21, 16)

 

Dans tous les cas, (Jn 21, 15-19) me semble bien plus significatif de la mission pastorale confiée à Pierre que le Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église de (Mt 16, 18), car, outre le fait que la traduction ne prête ici à aucune contestation possible, quelle que fut la langue parlée par Jésus, cet envoi a été effectué après la Résurrection, après le reniement de Pierre !

 

Saint Pierre fait un devoir de ne pas se révolter contre le pouvoir civil dans une épître datée par la tradition de 60-63, même si elle a plus vraisemblablement été écrite entre 70 et 90 par un disciple perpétuant l'héritage de Pierre à Rome[1] :

« Soyez donc soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme délégués par lui pour faire justice des malfaiteurs et approuver les gens de bien. Car c’est la volonté de Dieu que, par votre bonne conduite, vous fermiez la bouche aux insensés qui vous méconnaissent. » (1P 2, 13-15)

 

Saint Pierre semble de plus mettre l'obéissance au prince quasiment au même niveau que l'obéissance due à Dieu en prescrivant :

« Craignez Dieu ; honorez le roi. » (1P 2, 17),

ce qui n'est d'une certaine façon pas illogique, le Royaume de Dieu n'étant pas de ce monde, d'où deux niveaux de pouvoir distincts, même si celui du prince reste soumis à la volonté de Dieu. A contrario, on peut lire en [Jn 1, 11] que le Verbe est venu dans son propre bien[2].

 

On a cependant trop souvent oublié que l’Apôtre étend cette exigence de respect dû au prince à toute l’humanité, car ces mots sont inscrits dans une plus longue phrase, dépassant le simple respect des autorités :

« Rendez honneur à tous ; aimez tous les frères ; craignez Dieu ; honorez le roi. » (1P 2, 17).

Roi doit ici s’entendre au sens de souverain terrestre, pas dans le sens de monarchisme)[/list].

 

Comment ne pas penser ici à la Règle de saint Benoît qui demande d’accueillir dans les monastères tout hôte, même inconnu, comme le Christ lui-même :

« Tous les hôtes survenant au monastère doivent être reçus comme le Christ, car lui-même dira un jour : « J’étais sans toit et vous m’avez reçu. » » (Règle de saint Benoît, LIII, 1) ?

 

Et l'Apôtre d'ajouter  :

« Dans la mesure où vous avez part aux souffrances du Christ, réjouissez-vous… Si vous êtes outragés pour le nom du Christ, heureux êtes-vous… Si quelqu'un de vous souffre comme chrétien, qu'il  n'en  ait  point honte ; plutôt  qu'il  glorifie Dieu  de ce nom même. » (1P 4, 13-16)

 

On notera en passant, que dans le même passage que celui qui vient d’être cité, Pierre condamne le meurtre, sans préciser la forme de celui-ci :

« Que nul d'entre vous n'ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou comme se mêlant des affaires d'autrui. »

 

Ceci n’est pas sans poser question quant à l’exercice de certaines de ses fonctions par le soldat, mais saint Pierre n’en dit pas plus, nous renvoyant à recourir aux paroles du Christ même, nous forçant à analyser avec attention la Tradition. L’ambiguïté tient en la référence, dans ce passage qui traité des outrages subis par le chrétien de la part de l’autorité, au fait de devoir souffrir, ce qui laisse planer un doute certain sur le cas du meurtre légal commis par le soldat, celui-ci n’ayant pas à en souffrir sur terre.

 

Dans tous les cas, le mal ne peut pas être le moteur de l’homme, donc du soldat :

« Enfin qu’il y ait entre vous union de sentiment, bonté compatissante, charité fraternelle, affection miséricordieuse, humilité. Ne rendez point le mal pour le mal, ni l’injure pour l’injure ; bénissez, au contraire ; car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de devenir héritiers de la bénédiction. « Celui qui veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu’il garde sa langue du mal, et ses lèvres des paroles trompeuses ; qu’il se détourne du mal, et fasse le bien ; qu’il cherche la paix et la poursuive. Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et ses oreilles sont attentives à leurs prières ; mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal. » (1P 3, 8-12)

 

L’amour du prochain, l’humilité, le refus du mal, la patience, la recherche de la paix et de la justice sont des vertus impératives pour le chrétien…



[1] R. E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, Paris, Bayard, 1997, 2ème éd., page 760

[2] Cette traduction est celle de la TOB.  La traduction Crampon est : « Il vint chez lui. » ; le texte latin de la Nova Vulgata est : « In propria venit. ». Or, le Verbe était Dieu (Jn 1, 1). Certaines traductions utilisent même le mot domaine au lieu du mot bien. Le mot grec utilisé est “idia” qui peut se traduire par “maison”, “biens propres”. Néanmoins, une telle interprétation réduirait la mission du Christ à une simple dimension matérielle, alors que sa dimension est avant tout spirituelle et salvatrice. Rien de ce qui est sur la terre n’est insouciant à Dieu, et la terre est sienne en ce sens qu’il en est créateur ; mais la finalité de l’homme est de contempler Dieu, pas de rester éternellement sur terre avant la fin des temps

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 15:28

Ce sont les Pères des IIIème et IVème siècles qui allaient remettre saint Paul au premier plan, et tout particulièrement Jean Chrysostome et saint Augustin qui en firent leur maître. Puis, après une certaine période d’oubli pendant le Moyen-âge, ce n’est qu’avec la Réforme et la Contre-réforme qu’il ressurgira avec force dans les écrits et la réflexion théologiques. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’apparaît quasiment pas chez les auteurs chrétiens des deux premiers siècles, ce qui n’est pas sans importance quant au sujet de la présente étude. Y a t-il relation de cause à effet entre cet effacement de Paul pendant les premiers siècles et l’évolution de l’attitude vis-à-vis de la guerre et du métier des armes ?

 

La mission de saint Paul s’étendit entre 50/51 et 57/58. Sur le sujet du rapport au pouvoir civil, l’Apôtre des Gentils, s'exprime d'une façon encore plus forte et plus générale que saint Pierre :

« L'autorité est pour toi le serviteur de Dieu pour le bien… Ce n'est pas en vain qu'elle porte le glaive, car elle est serviteur de Dieu… Il faut donc être soumis… Rendez donc à tous ce que vous devaient : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui le respect, le respect. » (Rm 13, 1-7)

 

À la nation juive rongeant son frein, toujours  prête à la révolte et à la violence s'opposent ici les chrétiens déterminés à la soumission et à l'obéissance, résolus à tout souffrir plutôt que de prendre les armes, et donc de provoquer la guerre civile.

 

Saint Paul ne s'est pas interdit l'usage des métaphores empruntées à la vie militaire, ce qui permet de croire qu'il considère ce métier comme légitime et honorable :

« Qui jamais a porté les armes à ses propres frais ? » (1Co 9, 7)

 

Être soldat est donc ici aussi a priori licite, évidemment, que de recevoir sa solde.

 

De même, Paul prescrit aux Thessaloniciens de prendre la cuirasse de la foi et de l'amour, avec le casque de l'espérance du salut (1Th 5, 8). Il reprend cette image en s'adressant aux Éphésiens (Ep 6, 13-17), comme si cette image lui était familière et rendait au mieux sa pensée. Et, dans la première épître aux Corinthiens, de lire :

« Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ? »[1] (1Co 14, 8)

 

 

Et voici une comparaison plus frappante encore :

« Prends ta part de souffrance en bon soldat du Christ Jésus. Personne, en s'engageant dans l'armée, ne s'embarrasse des affaires de la vie civile s'il veut donner satisfaction à celui qui l'a enrôlé. » (2Tm 2, 3-4)

 

Dans tous les cas, saint Paul, qui est pourtant très souvent direct dans ses références, ne semble pas classer le métier de soldat parmi les métiers portant atteinte à la justice, puisqu’il ne le reprend pas dans la liste de ceux qui ne pourront pas accéder au Royaume des Cieux :

« Ne savez-vous donc pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs,  ni les filous n'hériteront du Royaume de Dieu »[2] (1Co 6, 9-10)

 

Dans tous les cas, force nous est faite de constater que le discours de saint Paul est dominé par l’idée de paix, paix surtout et avant tout spirituelle, même si cette paix spirituelle ne peut se vivre pleinement que par une paix terrestre, paix qui est à la source de la joie chrétienne :

« Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez-vous, soyez bien d'accord, vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous » (2Co 13, 11)

 

Saint Paul est, sur les pas de Jésus, la source de toute la spiritualité chrétienne de la paix, Dieu étant d’Amour et de paix et non plus Sabaoth, car la paix est un fruit, un don de l’Esprit saint :

« Mais voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n'y a pas de loi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit. Ne soyons pas vaniteux : entre nous, pas de provocations, entre nous, pas d'envie. » (Ga 5, 22-26)

 

Ainsi, il insistera toujours sur cette paix dès les appels de ses Épîtres :

« À vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. » (1Co 1, 3 ; 2Co 1, 2 ; Ga 1, 3 ; Ep 1, 2 ; Ph 1, 2 ; 2Th 1, 2 ; Phm 1, 3)

 

« Grâce, miséricorde, paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur. » (1Tm 1, 2 ; 2Tm 1, 2 ; Tt 1, 4)



[1] À propos de la trompette appelant au combat, on peut en trouver un exemple chez Xénophon (Anabase, I, 2, 16), l’usage de celle-ci n’étant pas spécifique aux Hébreux.

[2] Rappelons en passant que pédérastie n’est pas ici synonyme d’homosexualité ; la pédérastie est ici le commerce charnel d’un homme avec un jeune garçon, ce que nous appelons aujourd’hui partiellement pédophilie ! Par ailleurs, efféminé ne semble pas devoir se concevoir comme synonyme d’homosexuel, sauf dans le cas de la sodomie…

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 08:23

Une démonstration du fait que le Christianisme ne semblerait pas rejeter a priori le métier des armes se retrouve dans la réponse que Jean-Baptiste fait aux soldats venant l'interroger avant de se faire baptiser : Et nous, que nous faut-il faire ? (Lc 3, 14a). Alors même, qu'il se caractérisait par un rigorisme moral bien plus strict que celui de Jésus (cf. Lc 3, 7b), Jean ne répond pas aux soldats d'abandonner leur métier, de déposer les armes. Il leur prescrit dans les faits, dans l'exercice normal de leur métier de suivre les lois universelles de la morale : Ne molestez personne, n'extorquez rien, et  contentez-vous de votre solde (Lc 3, 14b).

Jean-Baptiste ne prescrit donc pas aux soldats la désertion, mais seulement d'être droits dans leurs actes : ne pas massacrer, ne pas piller, ne pas rechercher le butin et la vaine gloire ! Il ne fait finalement que rappeler aux soldats qu'ils doivent se conformer au Décalogue qui interdit le rapt et les rapines (Ex 20, 15 & 17 ; Dt 5, 19 & 21) : Tu ne commettras pas de rapt. (…) Tu n'auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n'auras de visées ni sur la femme de ton prochain, ni sur son serviteur, sa servante, son bœuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain (Ex 20, 15. 17).

Cette interprétation faisant que l'Évangile n'interdit pas le métier de soldat est confirmée par saint Augustin : Si la doctrine chrétienne condamnait toutes les guerres, on aurait répondu aux soldats dont il est parlé dans l'Évangile qu'ils n'avaient qu'à jeter leurs armes et à se soustraire au service militaire.  Mais au contraire  il leur a été dit : "Ne faites ni violence  ni tromperie  à l'égard  de personne ; contentez-vous de votre paie (Lc III, 14)."  En prescrivant  aux soldats de se contenter  de leur paie,  l'Évangile   ne leur interdit pas la guerre (Augustin d’Hippone, Lettre CXXXVIII à Marcellin, 15).

A noter que ce passage n'est repris ni en [Mt 3, 1-12], ni en [Mc 1, 1-18], ni en [Jn 1, 19-28], ce qui ne remet en rien en cause sa réalité et son autorité…

 

 

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 15:57

Arrêtons nous d’abord sur [Lc 22, 25-38]. Devant l’imminence de l’épreuve de sa Passion, Jésus forme une demande surprenante à ses disciples, celle de vendre son manteau non pas pour le suivre mais pour acheter une épée ! Celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une (Lc 22, 36b ). Et ce sont ces épées que ceux qui entourent Jésus voudront utiliser au moment de son arrestation, ce que Jésus refusera, répondant par la négative à la question : Seigneur, frapperons-nous de l’épée ? (Lc 22, 49b ). La justification du port de ces épées est simple : Jésus devant être arrêté comme un criminel, il doit donner cette image afin que les Écritures s’accomplissent, avec une référence très claire à  [Is 53, 12]. Car, je vous le déclare, il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : On l’a compté parmi les criminels (Lc 22, 37) ! Rien de plus… Il ne s’agit en aucun cas d’une justification du port des armes, et encore moins de leur usage…

Analysons donc le Remets ton glaive à sa place, car tous ceux qui prennent l'épée périront par l'épée de [Mt 26, 52]. Il y a en effet un très gros risque de contresens à une lecture trop littéral de ce verset, à vouloir absolument le transposer dans l'ordre social et politique, alors qu'il s'agit à la fois d'une réponse s'inscrivant dans le dessein de la Passion, mais aussi dans le seul domaine de la morale et de la religion, Jésus ne pensant qu'à la fin de la sanctification des âmes. Jésus ne se mêle pas des questions politiques, ou du moins, il ne les confond pas dans le même moule que celui de la motivation de sa venue sur terre, car son Royaume n'est pas de ce monde : Moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi (Lc 22, 29). Ceci est d'autant plus patent que Jésus prescrit de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-22). En fait, en interdisant à celui qui le suit d'user de son arme - en fait à Pierre selon [Jn 18, 10] -, Jésus ne réfute pas toute guerre mais cherche avant tout à éviter toute guerre civile ; il ne manquait en effet pas de Juifs qui envisageaient le triomphe du Messie sous l'aspect d'une bataille acharnée d'où l'envoyé de Dieu sortirait vainqueur, bataille qui aurait pu naître de ce geste. Mais Jésus est ici dans l'attente de sa Passion qui sera la clé de la Révélation, et  il veut donner par delà même de la force aux Béatitudes : Heureux ceux  qui font œuvre de paix : ils seront appelés  fils de Dieu (Mt 5, 9). 

Jésus refuse la guerre civile ! Son Royaume n'est pas de ce monde comme il le dit à Pilate en [Jn 18, 36], même si, Lui refusant le monde terrestre que lui offre le tentateur (Lc 4, 5-7), il offre la terre en héritage aux doux (Mt 5, 4) ! En fait, il y a une difficulté qui doit être ici analysée, car comment la terre peut-elle revenir aux doux alors que Jésus lui-même affirme que les violents arrachent le royaume de Dieu (Mt 11, 12) ? Tout va en fait se comprendre avec sa mort et sa résurrection, sans rejet de la promesse faite aux doux. Peut-être Jésus condamne t-il ici la violence des pharisiens et de leur foi de façade, ou encore celle des zélotes pour qui l'accès au royaume est lié à une guerre civile et de résistance ? C'est la victoire sur le monde de [Jn 16, 32-33].

Jésus doit mourir ! Son message de Paix ne doit naître que dans la paix civile et non dans la contrainte ! Et ce souci d'éviter toute guerre civile sera la priorité des premiers chrétiens qui sont prêts à tout souffrir pour leur foi et pour une paix que l'on qualifierait aujourd'hui de "sociale". Donc, cette parole du Christ, malgré les apparences premières, ne s'oppose pas à la tolérance de la guerre et du métier des armes une parole du sauveur qu'on présente comme une réprobation : Remets ton glaive à sa place, car ceux qui prendront le glaive périront par le glaive

On notera ici la similitude de ce propos du Christ avec le Qui verse le sang de l'homme, par l'homme aura son sang versé de [Gn 9, 6a]. De même, le Ceux qui prendront le glaive périront par le glaive » doit être mis en perspective avec « les chaînes pour qui doit être enchaîné ; la mort par le glaive pour qui doit mourir par le glaive ! Voilà qui fonde l'endurance et la confiance des saints de l'Apocalypse (Ap 13, 10), et ce n'est pas rejet de toute guerre ou de toute violence, car le disciple de Jésus ne rend pas le mal pour le mal. Pour dire simplement, si la légitime défense ne lui est pas interdite, l'offensive ne lui est pas permise.

Que devient dès  lors la légitimité de la guerre ? Incontestablement au regard de l'Évangile, la guerre est un fléau. On n'a pour s'en convaincre qu'à relire les textes relatifs à la prédiction de la ruine de Jérusalem et de la fin de tout dans les Synoptiques. Ne vous épouvantez pas encore, dit Jésus, quand vous entendrez parler de  guerres et de bruits de guerre (cf. Mc 13, 7 ; Mt 24, 6),  saint Luc  parlant  lui de  guerres et séditions (Lc 21, 9). Le discours de Jésus poursuit : Nation s'élèvera contre nation, royaume contre royaume, il y aura de grands tremblements de terre,  et en divers lieux des pestes,  des famines, et des choses terrifiantes dans le ciel et de grands prodiges. La guerre est une calamité comparable à la peste et à la famine. C'est une calamité par laquelle, comme par les autres, se manifeste le gouvernement divin : elle est une force malfaisante dont Dieu, dans sa justice, peut permettre - ou plutôt ne veut ou peut empêcher - le déchaînement. Jésus pleure sur Jérusalem en lui prédisant la guerre et le siège où elle périra : Il viendra des jours où les ennemis t'investiront de tranchées, t'enfermeront, et te serreront de toutes parts ; ils te détruiront entièrement, toi et tes enfants au milieu de toi, ils ne laisseront pas de toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée (Lc 19, 43-44). Les ennemis de Jérusalem seraient ainsi les exécuteurs des plus hautes œuvres de Dieu…, ce qui fut malheureusement interprété par beaucoup comme un appel à l’antisémitisme, ce qui n’est pas !

Remets ton glaive à sa place dit Jésus… Mais il ne demande pas de le jeter…, renvoyant ainsi à l'Ancien Testament où le fait de remettre son glaive à sa place était considéré comme le geste de paix par excellence…

Une autre précision sur cet épisode, précision dépassant le strict cadre de la guerre, mais non anodine. L'homme auquel le disciple de Jésus tranche l'oreille est un serviteur du Temple ; or, pour servir au Temple, il fallait être indemne de toute blessure (Lv 21, 16-23). En tranchant l'oreille, le disciple punit cet homme et le prive de son métier, ce qui n'est pas le dessein de Jésus qui ne veut pas punir ceux qui ne sont pas coupables ; ce simple geste de Jésus me semble démontrer la vanité et l'erreur de faire porter à tous les Juifs le poids de la faute de quelques-uns, et Jésus nous montre ici que l'antisémitisme n'est pas chrétien et qu'il nous appelle à l'amour ! Et c'est pourquoi Jésus, en témoignage de paix et d'amour, remet l'oreille à sa place. Par ce signe, peut-être montre t-il aussi que l'heure n'est pas encore venue où Dieu abandonnera Jérusalem, et qu'il faut encore des serviteurs pour servir son Père ? Néanmoins, malgré les avertissements de Jésus aux Juifs, notamment chez Matthieu, l'idée d'abandon par Dieu de Jérusalem est surtout une explication juive de la destruction du Temple, explication que l'on retrouve en particulier chez Flavius Josèphe. D'ailleurs, une telle tentative d'explication théologique se retrouve déjà dans les deux livres des Macchabées à propos de la profanation du Temple par Antiochos Épiphane, ainsi que de la persécution lancée par ce dernier contre les Juifs au IIème siècle avant notre ère.

Dans l'Évangile de Jean, Jésus n'évoque pas la mort de celui qui prendra l'épée, mais insiste bien au contraire sur la dimension eschatologique de son arrestation et de sa mort : La coupe que le Père m'a donnée, ne la boirais-je pas ? (Jn 18, 11b ). On pourrait presque dire que selon cet Évangile ce sont ceux qui ne tirent pas l'épée, mais au contraire sont non-violents qui périront par l'épée, en particulier si l'on s'arrête sur le thème de la coupe que l'on retrouve chez Marc lorsque Jésus répond à Jacques et à Jean : La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés (Mc 10, 39) ; on peut penser ici au martyre de Jacques en [Ac 12, 2]. De même, déjà à Gethsémani, donc peu de temps avant son arrestation, Jésus évoquait cette coupe : Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mc 14, 36) ; cette coupe est le signe de la volonté de Dieu, le signe de la mort et de la résurrection de Jésus, donc la source de la Révélation, et l'épée ne peut donc interférer dans ce processus divin. Porter l'épée dans ce cas est donc aller contre ce dessein précis de Dieu, et la mort éternelle revient à celui qui va à l'encontre du dessein de Dieu. Cette annonce aux disciples du martyre par l'image de la coupe se retrouve en [Mt 20, 22-23]. Jésus doit servir et mourir pour racheter tous les hommes (Mt 20, 28).

 

 

 

 

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:51

Le texte de [Jn 4, 1-42] et les extraits de la Bible sont repris de : La Bible de Jérusalem, Desclée de Brouwer, Paris, nvlle. éd., 1975.

 

Le texte de la Samaritaine (Jn 4, 1-42) est tellement connu qu'il en est devenu ignoré. C'est là l'éternel paradoxe de  la sur-connaissance vidant de son sens la réalité ou l'objet. Il est donc nécessaire de relire mot à mot, phrase par phrase, ce passage de l'Évangile de Jean pour en saisir à nouveau le sens, pour lui redonner en esprit et en vérité la place fondamentale qu'il occupe dans le ministère et le mystère de Jésus. Ce texte est en lui-même une pastorale, une catéchèse, ouvrant aux sacrements, d'où son importance majeure pour les catéchumènes et les confirmants, mais aussi pour nous tous, chrétiens, qui devons bien comprendre la route qui nous conduit à Dieu, mais aussi le don de Dieu : la vie éternelle.

 

Ce texte n'est pas une parabole (Qu'est-ce qu'une parabole ? ) - Jésus nous a donné une grille de lecture des paraboles en [Mc 4, 10] -, mais une histoire vraie ; il n'est pas non plus une parousie car il ne s'agit pas d'un discours mystérieux où chaque élément a un sens séparé tout en formant un tout (par exemple, le texte sur le Bon Pasteur en [Jn 10, 1-5]). Il est un témoignage, une histoire que nous offre Jésus-Christ, un épisode de sa vie témoignant de sa sollicitude envers ses "frères humains", une démonstration de la miséricorde du Père. Cependant, faisant appel aux symboles -l'eau, le puits-, à la métaphore (ou transfert de sens) - l'eau vive -, ce texte a un fort caractère allégorique puisque chaque verset a sa signification propre, traduisant la lente marche de l'homme vers la découverte du mystère de Jésus et de la foi intérieure. Par ce texte, Jésus veut nous faire entrer dans le mystère de Dieu, donc dans celui de l'homme, tant le destin de l'homme est lié au dessein de Dieu.

 

Il est bien évident que “mystère” ne doit pas s'entendre ici au sens “d'Arsène Lupin”; il ne doit pas non plus s'entendre au sens ancien ou sectaire de rite, de culte secret, réservé à des initiés en vue de leur octroyer le salut ou la vie sauve (cf. les mystères d'Éleusis ou d'Isis). Ce mot doit s'entendre au sens chrétien de dogme révélé, inaccessible à la seule raison car lié au dessein de Dieu. On peut ici songer aux mystères joyeux, douloureux et glorieux du Rosaire, ou encore au mystère de la Trinité, au mystère de l'Eucharistie, bref à tout ce que la seule raison ne peut pas expliquer et qui demande une adhésion personnelle à Dieu. L'Évangile est lui-même mystère car il a été caché jusqu'à la venue de Jésus Christ sur notre terre, car il vient de Dieu qui est d'une nature, d'une essence, d'une substance différente de la notre qui ne sommes que ses créatures, même si l'homme a été créé à l'image de Dieu ; mais ce mystère est aujourd'hui disparu car la Bonne Nouvelle s'adresse à tous les hommes. Le mystère chrétien se distingue donc notamment du mystère antique ou de celui des sectes en ce sens qu'il est offert et qu'il s'offre à tous les hommes sans aucune exception -y compris aux non-croyants- et non pas octroyé à quelques seuls initiés sélectionnés non par Dieu mais par d'autres hommes ou des “dieux”.... (pour en savoir plus : Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Brepols, 1987, pp. 880-882).

 

Ce texte, qui est à la fois histoire, message, appel à la foi, appel à l'approfondissement de cette même foi, et surtout révélation, doit nous porter, nous chrétiens, car c'est au monde qu'il s'adresse; il est donc appel à la méditation. Jésus, au travers de son humanité, s'adresse à chaque homme pour qu'il découvre Dieu, mais Il s'adresse aussi à chaque croyant pour qu'il se dépasse dans sa foi intérieure.

 

Le message que nous délivre Jésus est simple : Je le suis ! (voir le verset 26). Et ce message atteint chacun d'entre nous en son cœur car il est expression de la joie et de la certitude de la présence de Dieu parmi nous.

 

Après le texte de la Samaritaine, Dieu n'est plus inaccessible ; il n'est plus le Dieu lointain de l'Ancien Testament; il n'est plus le Dieu impalpable des philosophes : Il est ! Il est vivant parmi nous et pour l'éternité, en confiance, en amour, en liberté et en miséricorde.  Dieu s'est approché de nous; Il nous tend la main... À nous de la saisir ! Prenons sans hésiter  l'ascenseur qui nous élèvera sans fatigue vers les régions infinies de l'amour, cette voie de la miséricorde divine qui conduit au ciel et que nous offre Sainte Thérèse de Lisieux (LT 229,2 ,23 mai 1897, À Mère Agnès de Jésus)....

 

Ce texte est magnifique car il parle tant à la foi intellectuelle qu'à la simple confiance du cœur, les fusionnant dans une même foi, celle en Jésus-Christ, donc en Dieu ! Ce texte parle à tous, à chacun selon ses moyens. Il est donc susceptible de proposer des niveaux de lecture différents, mais ce n'est pas là une source de faiblesse du Christianisme, mais bien plus une source de richesse car le message du Christ est ainsi universel, parlant pour tous les hommes et non plus à une minorité - comme dans tant d'autres religions -. Tous les hommes peuvent comprendre le message divin, quel que soit leur niveau de culture ou d'éducation. Jésus nous ouvre -ouvre nos cœurs- avec ce texte à la perception, à la compréhension, à la perspective divine : Entende, qui a des oreilles (Mt 13, 43).

 

Jésus, par ce texte, cette histoire vraie, nous  fait comprendre qu'il est  le Verbe ! Il nous fait entr'apercevoir sa Gloire ! Il est Dieu parmi nous ! Tout au long de ce récit, Jean nous fait comprendre qu'avec la venue du Messie, la face du monde est changée : toutes les questions ont trouvé leur réponse, les temps sont accomplis. L'heure vers laquelle tendait toute l'histoire humaine a sonné (Thabut (M.-N.), L'intelligence des Écritures, Éd. Soceval, Châteaufort, 1999, page 166). À nous de le comprendre !

 

Jésus veut nous amener à une soif plus grande que celle de l'eau, à une lumière plus grande que celle de la vue, et il veut nous en rassasier. Jésus veut illuminer notre foi et combler nos cœurs. Il nous invite à le suivre. Il veut tous nous sauver en nous intégrant dans l'amour et la miséricorde du Père. Laissons nous emporter par l'eau qu'il offre à la Samaritaine, par la vue qu'il offre à Bartimée (Mc 10, 46-52) -Bartimée ou l'aveugle de Jéricho -, par la parole qu'il nous offre ! Abandonnons-nous à Dieu et soyons donc toujours attentifs et ouverts en esprit et en vérité, en nos cœurs et dans nos vies, au message de Jésus Christ, Dieu le Fils, Vrai Dieu et Vrai Homme, Ressuscité et Sauveur. Vivons et méditons donc en Église le Kérygme (A propos du Kérygme )...

 

Mettons nous à la suite de Jésus ! Bondissons joyeux vers sa Lumière et laissons nous submerger par son Eau ! Que notre foi soit un élan irrésistible d'amour !


(suite : Jésus et la Samaritaine (2) 

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:50

suite de Jésus et la Samaritaine (1) 

Plans et grilles de lecture de [Jn 4, 1-42]

 

Divers lectures ou commentaires de l'Évangile de Jean ont été écrits depuis les premiers temps de l'Église. Chacune de ces tentatives a été un essai de synthèse des divers éléments de cet Évangile, essais qui sont autant de grilles de lecture possible, notamment du passage relatif à la rencontre entre Jésus et la samaritaine. Il est bien évidemment impossible de présenter dans le présent cadre l'intégralité de ces recherches; parti a donc été pris de retenir :

• deux grandes approches "classiques":

+ l'une "antique", celle de Saint Augustin (A),

+ l'autre "médiévale", celle de Saint Thomas d'Aquin (B);

• deux approches "contemporaines" :

+ celle du Père Marchadour (C),

+ celle du Père Léon-Dufour (D).

La présentation de ces plans et/ou grilles de lecture est suivie d'une tentative de synthèse (E). Le but de ces plans et grilles est donc, pour paraphraser le Père Léon-Dufour, de chercher à repèrer les points-clé du texte, ainsi que d'aider à la manifestation de leur(s) sens à partir des rapports internes entre les divers éléments, en relation avec les autres textes de la Bible, tant vétéro- que néo-testamentaires, même si ces deux dernières dimensions n'apparaîtront véritablement que dans le corps du développement (ne s'agissant que de grilles d'aide à la lecture, à la structuration de la pensée, il n'a pas été jugé nécessaire de les commenter, la lecture du présent document étant suffisante à cet effet, les références utiles aux quatre auteurs retenus étant alors signalées).

 

A. Saint Augustin

Docteur et Père de l'Église, Saint Augustin  a vécu de 354 à 430. Toute sa vie aura été marquée par la lutte contre les hérésies - auxquelles il avait lui-même succombé avant que Dieu ne le fasse accéder à la vérité -.

 

Selon Saint Augustin, de grands mystères ont été évoqués dans cet entretien, de grandes réalités y sont contenues en figures, pour la nourriture de l'âme affamée et la réfection de celle qui est languissante (Saint Augustin, Homélies sur l'Évangile de Jean (I-XVI), Études augustiniennes, Paris, éd. 1983, page 757). La XVème de ses Homélies sur l'Évangile de Saint Jean est consacrée dans son intégralité à l'entretien entre Jésus et la samaritaine. C'est le plan de cette homélie qui est repris ci-après (les titres des diverses parties et sections de ce plan sont repris de la traduction citée en référence. Ils sont donc de M.-F. Berrouard qui a assuré la traduction et l'annotation du texte). Comme très souvent le ton de Saint Augustin est très fraternel, le mode choisi étant celui d'une homélie; l'accès à son écriture est donc a priori plus facile que celui à celle de Thomas d'Aquin, car elle donne priorité à la parole sur l'écrit, car elle apparaît plus simple de par sa forme même. En fait, Saint Augustin et Saint Thomas d'Aquin sont totalement complémentaires....

 

Jésus quitte la Judée

Jésus baptisait et ne baptisait pas

Le baptême corporel lui-même dépend de lui

I. La faiblesse de Jésus est notre force

Le puits de Jacob

Jésus faible et fort

La fatigue de la route

La faiblesse du Christ est notre force

La sixième heure

II. Jésus promet l'eau vive à la Samaritaine

La femme de Samarie

Jésus lui demande à boire

Il lui promet de l'eau vive

Incompréhension de la Samaritaine

Jésus essaie de la faire monter au plan spirituel

La Samaritaine comprend au sens charnel

L'eau naturelle et les plaisirs de ce monde n'apaisent pas pour jamais la soif

La femme demande l'eau vive

III. Jésus demande à la femme d'appeler son mari

Jésus lui demande de faire venir son mari

Le mari de l'âme

Jésus montre à la femme qu'il connaît sa situation

Les cinq premiers maris de l'ême

La Samaritaine était dominée par l'erreur

IV. L'adoration en esprit et en vérité

Elle reconnaît Jésus comme prophète

Elle l'entretient des discussions religieuses entre Juifs et Samaritains

Dieu cherche des adorateurs n esprit et en vérité

Dieu est proche des humbles

Le salut vient des Juifs

La Samaritaine révèle son espérance dans le Messie

Jésus se fait connaître à elle

V.  Le retour des disciples et la foi des Samaritains

L'arrivée des disciples

La femme court annoncer le Christ à ses compatriotes

La nourriture du Christ

Jésus montre à ses disciples la moisson déjà blanche

La foi des Samaritains

 

B. Saint Thomas d'Aquin

 

Docteur de l'Église, Saint Thomas d'Aquin a vécu de 1225 à 1274. Il est considéré avec Saint Augustin comme l'un des deux ou trois principaux théologiens de la catholicité.

 

Pour Saint Thomas d'Aquin, l'enseignement du Christ vise à la régénération spirituelle de l'humanité. Il distingue ainsi dans l'Évangile de Jean deux temps de cette régénération : la communication de la grâce aux juifs, puis l'extension de la régénération spirituelle aux nations. Cette dernière communication sera réalisée par le Christ de deux manières : par l'enseignement et par les miracles.

 

On rappellera que selon Saint Thomas d'Aquin, le miracle est le signe matériel de la communication de la grâce salvatrice du Christ aux nations. Ce caractère, celui de don de Dieu qu'est le miracle, est confirmé par de nombreux textes, en particulier par [Mc 16, 20] où les miracles sont présentés comme des signes accompagnant et confirmant la parole. Les miracles sont en effet toujours liés dans le Nouveau testament à la parole, à la Bonne Nouvelle, étant autant de signes que le Messie est là, présent parmi nous [Mt 11, 2-6]. Par le miracle, plus que la guérison psychique ou physique, Jésus - et après lui les apôtres - cherche à établir la communion des hommes avec Dieu en leur offrant une "preuve" de sa parole. Le miracle sans la parole n'est rien, alors que la parole est tout, se suffisant à elle-même, même si elle doit parfois être confirmée par des signes pour ceux qui ont des difficultés à comprendre. Mais, comme le disait un professeur au séminaire de Marseille dans les années cinquante :  Je crois malgré les miracles ! C'est là la vrai foi, celle en la parole divine.

 

L'épisode de la Samaritaine est ainsi présenté par le Docteur angélique comme étant la conversion des nations par l'enseignement (Thomas d'Aquin, Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean, Cerf, Paris, 1998, tome I [Com. Johan.], n. 549, page 257). Nous reprenons ci-après le plan de la section qu'il consacre à la Samaritaine dans son Commentaire sur l'Évangile de Saint Jean (Com. Johan., op. cit., pp. 257-297). On remarquera que, comme toujours, Thomas d'Aquin a un grand souci du détail - qui rend parfois difficile la lecture de son œuvre -, sans pour cela perdre de vue le dessein de Jésus-Christ....

 

I. Les circonstances de l'enseignement du Christ (vv. 1-9) - Com. Johan., n. 549-574

                1. Premier préambule : celui qui enseigne (vv. 1-5a)

                               Le lieu d'où vient le Christ (vv. 1-3a)

                               Le lieu où se rend le Christ (v. 3b)

                               Le lieu par lequel passe le Christ (vv. 4-5a)

                2. Deuxième préambule : ce qui a été l'occasion de l'enseignement (vv. 5b-6)

                               La source matérielle du dialogue : le puits (v. 6a)

                               La halte du Christ au puits (v. 6b)

                               L'heure à laquelle le Christ s'y assit (v. 6c)

                3. Troisième préambule : la personne qui l'écoute (vv. 7-9)

                               La personne à qui l'enseignement va être proposé (v. 7a)

                               Comment cette personne est disposée à rencevoir cet enseignement (vv. 7b-8)

                               La question initiale (v. 9)

II. La nature de l'enseignement du Christ (vv. 10-26) - Com. Johan., n. 575-619

                1. Le résumé de l'enseignement sirituel du Christ (v. 10)

                2. L'enseignement du Christ quant au don (vv. 11-18)

                               La puissance du don (vv. 11-14)

                                               L'interrogation de la femme (vv. 11-12)

                                               La réponse du Christ (vv. 13-14)

                                                               Cet enseignement est une eau (v. 13a)

                                                               Cet enseignement est une eau vive (v. 13b)

                               La perfection du don (vv. 15-18)

                                               La manière de recevoir le don (vv. 15-16)

                                                               La demande de la femme (v. 15)

                                                               La réponse du Christ (v. 16)

                                               Comment la femme est confondue (vv. 17-18)

                                                               La réponse de la femme quant aux maris (v. 17a)

                                                               La réplique du Christ qui la confond (v. 17b-18)

                3. L'enseignement du Christ quant à la demande (vv. 19-24)

                                La question de la femme à propos de la prière (vv. 19-20)

                                               La reconnaissance de l'aptitude du Christ à répondre (v. 19)

                                               La question de la femme quant au culte (v. 20)

                               La réponse du Christ (vv. 21-24)

                                               La distinction de trois formes de prière (vv. 21)

                                               La comparaison des formes de prière (vv. 22-24)

                                                               Jérusalem et le mont Garizim (v. 22)

                                                                              L'insuffisance de l'adoration des samaritains (v. 22a)

                                                                              La vérité de l'adoration à Jérusalem (v. 22b)

                                                                              Les raisons (v. 22c)

                                                               La vraie adoration face aux deux premières formes (vv. 23-24)

                                                                              L'éminence de la vraie adoration (v. 23a)

                                                                              La convenance de cette prééminence (v. 23b-24)

                                                                                              La volonté de celui qui est adoré et ce qui lui est

                                                                                              agréable (v. 24b)

                                                                                              La nature même de celui qui est adoré (v. 24a)

                4. L'enseignement du Christ quant au donateur (vv. 25-26)

                               La confession de foi de la femme (v. 25)

                                               La proclamation de foi de la femme au Christ qui doit venir (v. 25a)

                                               L'affirmation de la perfection de l'enseignement du Christ (v. 25b)

                               L'enseignement du Christ :  (v. 26)

III. L'effet de l'enseignement du Christ (vv. 27-42) - Com. Johan., n. 620-665

                1. L'exposé de l'effet (vv. 27-30)

                               L'effet produit chez les disciples qui s'étonnent (v. 27)

                               L'effet chez la femme qui annonce la puissance du Christ (vv. 28-30)

                                               L'aspect aimant de la dévotion de la femme (v. 28a)

                                               Le caractère propre de la prédication de la femme (v. 28b-29)

                                               L'effet de l'enseignement du Christ  (v. 30)

                2. La manifestation de l'effet (vv. 31-42)

                               L'enseignement du Christ aux disciples (vv. 31-39)

                                               L'occasion de la manifestation de l'enseignement chez les disciples (v. 31)

                                               La manifestation de l'enseignement proprement dite (vv. 32-38)

                                                               L'effet en langage figuré (v. 32)

                                                               La lenteur des disciples à comprendre (v. 33)

                                                               Le Christ explique ce que le Seigneur a dit (vv. 34-38)

                                                                              L'explication du langage figuré (v. 34)

                                                                              Une comparaison (vv. 35-38)

                                                                                              La moisson (v. 35)

                                                                                                              La moisson matérielle (v. 35a)

                                                                                                              La moisson spirituelle (v. 35b)

                                                                                              Les moissonneurs (vv. 36-38)

                                                                                                             La récompense (v. 36)

                                                                                                              Un proverbe familier aux Juifs (v. 37)

                                                                                                              L'application du proverbe (v. 38)

                               L'effet produit sur les samaritains (vv. 40-42)

                                               Le rôle du témoignage de la femme (vv. 39-40)

                                               L'accroissement du fruit par le Christ lui-même (vv. 41-42)

                                                               Le grand nombre de ceux qui croient (v. 41)

                                                               Leur manière de croire (v. 42a)

                                                               La vérité de leur foi    (v. 42b)

 

C. Père Alain Marchadour

(tableaux établis à partir de : Marchadour (A.), L'Évangile de Jean, Bayard/Centurion, 1992, pp. 74-84)

 

A.  Une adhésion progressive au mystère de Jésus :

 

      Juif (v. 9)

      àSeigneur (v. 11)

                     Plus grand que notre père Jacob (v. 12)

                           Prophète (v. 19)

                                   Messie (v. 26)

                                          Sauveur du monde (v. 42)

 

B.  Un cheminement de la Foi :

 

      Une loi intérieure (vv. 7-15) : l'eau source de la vie éternelle

              La vérité intérieure (vv. 16-19) :  (v. 19)

                    Le culte intérieur (vv. 20-24) en esprit et en vérité

                                La révélation de Dieu (v. 24)

                                La révélation de la nature de Jésus (v. 26)

 

D. Père Xavier Léon-Dufour

 

Voir : Léon-Dufour (X.), Lecture de l'Évangile selon Jean, Seuil, Paris, 1988, tome 1, pp. 424-425.

 

  (suite sur : Jésus et la Samaritaine (3a) )

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:48

suite de Jésus et la Samaritaine (2)

E. Proposition de grille de lecture (1)


TABLEAU SCINDE EN DEUX PARTIES POUR DES RAISONS DE "POIDS" 


 

vv

Plan

Lieux

Personnages

1

 

DE  JUDÉE

 

2

 

VERS

JÉSUS

3

INTRODUCTION

LA  GALILÉE

(les  disciples)

4

 

EN  SAMARIE

(les  pharisiens)

5

 

PRÈS  DE  SYCHAR

(Jean  Baptiste)

6

 

 

 

7

 

 

 

8

 

 

 

9

 

 

 

10

AUTOUR

 

 

11

DU

 

 

12

PUITS

 

 

13

 

 

 

14

 

 

 

15

 

AU  PUITS

JÉSUS

16

À  PROPOS

DE  JACOB

ET  LA

17

DES  MARIS

 

SAMARITAINE

18

ET  DES

 

 

19

FAUX  DIEUX

 

 

20

 

 

 

21

 

 

 

22

À  PROPOS

 

 

23

DU  CULTE

 

 

24

 

 

 

25

 

 

 

26

 

 

 

27

 

 

JÉSUS  ET  SES DISCIPLES

28

 

DE  SYCHAR

SAMARITAINE

29

 

VERS  LE

ET  GENS  DE

30

 

PUITS

SYCHAR

31

 

 

 

32

LES  DISCIPLES

 

 

33

 

 

JÉSUS

34

 

 

ET SES

35

 

AU  PUITS

DISCIPLES

36

 

DE  JACOB

 

37

 

 

 

38

 

 

 

39

 

 

GENS  DE  SYCHAR

40

LES

 

 

41

SAMARITAINS

À

TOUS

42

 

SYCHAR

 

 

  à suivre sur Jésus et la Samaritaine (3b)

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:45

suite de Jésus et la Samaritaine (3a) ion de grille de lecture

E. Proposition de grille de lecture (2)

 

 

 

vv

Mystère du Christ

Cheminement

de la Foi

Dominante verbale

1

 

RAPPEL  SUR L'OEUVRE  DE

 

2

 

JEAN  ET  LE BAPTÊME

 

3

 

 

 

4

 

 

 

5

 

 

 

6

 

 

 

7

 

 

 

8

 

 

 

9

JUIF

 

MOUVEMENT

10

 

L'EAU,

DIALOGUE

11

SEIGNEUR

SOURCE   DE

DON

12

PLUS  GRAND  QUE JACOB

LA  VIE

ÉTERNELLE

REPAS

13

 

 

 

14

 

 

 

15

 

 

 

16

 

LA  VÉRITÉ

 

17

 

INTÉRIEURE :

DIALOGUE

18

 

JE  VOIS

CONNAISSANCE

19

PROPHÈTE

 

 

20

 

 

 

21

 

LE CULTE

 

22

 

INTÉRIEUR

MOUVEMENT

23

 

 

CONNAISSANCE

24

 

LA

DIALOGUE

25

MESSIE  ET

RÉVÉLATION

 

26

CHRIST

 

 

27

 

 

 

28

 

 

 

29

 

 

 

30

 

 

 

31

 

 

MOUVEMENT

32

 

 

DIALOGUE

33

 

 

 

34

 

 

 

35

 

LA  VOLONTÉ

 

36

 

DU

 

37

 

PÈRE

 

38

 

 

 

39

 

 

 

40

 

NOUS  SAVONS

FOI

41

 

NOUS  CROYONS

 

42

SAUVEUR  DU MONDE

 

 

 

  à suivre sur Jésus et la Samaritaine (4)

 
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:43

suite deJésus et la Samaritaine (3b)

I. Introduction

 

 

1-4. Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean (voir [Jn 3, 22]) - bien qu'à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples-, il quitta la Judée et s'en retourna en Galilée. Or il lui fallait traverser la Samarie.

 

Quand Jésus apprit que les Pharisiens avaient entendu dire qu'il faisait plus de disciples et en baptisait plus que Jean -bien qu'à vrai dire Jésus lui-même ne baptisât pas, mais ses disciples...

 

Ce passage -malgré son intérêt dans l'économie générale du ministère de Jésus- n'attire aucune remarque particulière dans le cadre de la présente étude, si ce n'est que l'on commence à entrevoir l'attitude des pharisiens envers Jésus (pour en savoir plus sur ce point :  - Johan. ev. tract., pp. 757-763 ; - Com. Johan., op. cit., pp. 258-261).

 

On se souviendra simplement que le baptême est la porte des sacrements, nécessaire au salut (…) par lequel les êtres humains sont délivrés de leurs péchés, régénérés en enfants de Dieu, et, configurés au Christ par un caractère indélébile (Canon 849 du Code de droit canonique), et qu'il est conféré au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit  [Mt 28, 19] (cf. par exemple : Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, AELF/Desclée, Mame, Paris, 1997, nvlle éd., page 153). Le baptême est ainsi - entre autres - une incorporation comme membre du corps unique du Christ qu'est l'Église. Le baptisé est invité à participer au sacerdoce du Christ. Temple vivant de l'Esprit Saint, le baptisé est d'une certaine manière un nouvel apôtre; pierre vivante de l'édifice spirituel qu'est l'Église [1P 2, 5], le baptisé ne s'appartient plus : il appartient désormais, et ce de manière définitive à Jésus mort et ressuscité ; il est membre de la communauté de l'Église, donc membre du peuple de Dieu, celui de la nouvelle alliance. Marqué de la nouvelle alliance, le baptisé l'est donc d'une trace indélébile qui fait que le baptême est un sacrement unique, non renouvelé. Après le baptême, le baptisé est définitivement uni au Christ, le péché - né par nature d'une créature - ne pouvant briser cette union même s'il empêche d'accéder - en l'absence de pénitence et de réconciliation - aux fruits du Salut. Incorporation définitive, le baptême est le sceau qui marque le chrétien pour le jour de la rédemption, le sceau de la vie éternelle entr'aperçue lors du sacrement de l'Eucharistie.

 

Jésus n'a donc pas besoin de baptiser directement puisque le baptême est conféré en son nom. Il est donc toujours présent lors du baptême, même aujourd'hui, car c'est toujours lui qui baptise comme l'a affirmé Jean Baptiste : Celui sur qui tu verras l’esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint [Jn 1, 33b].

 

...il quitta la Judée et s'en retourna en Galilée.

 

Selon Saint Jean, le ministère de Jésus s'effectua pendant environ 3 ans. Saint Jean met ainsi en évidence les trois Pâques auxquelles participe Jésus pendant sa mission : la première à Jérusalem (Jn 2, 13), la deuxième, et la troisième, celle de la Passion à Jérusalem. Le cadre temporel est ainsi fixé.

 

Durant cette période, Jésus devait beaucoup voyager - du moins au sens de l'époque -, effectuant un certain nombre de déplacements en Palestine, au gré de son mystère et des nécessités de sa révélation, même si la Galilée et Jérusalem restent les lieux majeurs de sa vie terrestre. Un bon nombre de ses déplacements s'effectuent en fait entre la Galilée, dont il est originaire [Jn 18, 5 et al.] et la Judée, principalement Jérusalem où se trouve le Temple, car Jésus veut porter la Bonne Nouvelle à tous, juifs et non-juifs, même si sa présence attestée au moins deux fois par Saint Jean à Jérusalem aux temps de la Pâque démontre son attachement à la religion de son Père.

 

Il est possible, en s'en tenant au seul Évangile de Jean, de synthétiser de la manière suivante les voyages et les lieux de séjour de Jésus jusqu'à sa Passion :

• au-delà du Jourdain, à Béthanie [Jn 1, 28-29]

• en Galilée [Jn 1,43], dont à Cana [Jn 2,1] puis à Capharnaum [Jn 2,12]

• en Judée, à Jérusalem [Jn 2,13] puis dans le pays de Judée [Jn 3, 22]

• en Samarie [Jn 4, 4], dont à Sychar [Jn 4,5; 4, 40]

• en Galilée [Jn 4,45], dont à Cana [Jn 4,46]

• en Judée, dont à Jérusalem [Jn 5,1]

• de l'autre côté de la mer de Galilée [Jn 6,1]

• en Galilée, dont à Capharnaum [Jn 6,22] puis à travers la Galilée [Jn 7,1]

• en Judée, à Jérusalem [Jn 7,14]

• au-delà du Jourdain, peut-être à Aenon (?) [Jn 10,40]

• retour en Galilée par la Judée [Jn 11,7]

• en Judée, à Béthanie [Jn 11, 18]

• dans le désert, à Ephraïm [Jn 11, 54]

• en Judée, à Béthanie [Jn 12,1] puis à Jérusalem [Jn 12,12].

 

Jésus ne fuit pas la Judée où il est menacé de persécutions. Il sait que son heure n'est pas encore venue, et qu'il doit d'abord manifester sa divinité et étendre le message de son Père au monde entier que symbolisent les samaritains, mais aussi d'une certaine manière les galiléens....

 

Or il lui fallait traverser la Samarie.

 

Les Juifs répugnent à traverser la Samarie qu'ils jugent impure et qu'ils détestent : Il y a deux nations que mon âme déteste, la troisième n’est pas une nation : les habitants de la montagne de Séir, les Philistins, et le peuple stupide qui demeure à Sichem [Si 50, 25-26]. On remarquera que les Samaritains sont si bas dans l’esprit des Juifs  qu’ils ne constituent même pas une nation aux yeux de Jésus Ben Sira, maître de sagesse à Jérusalem !

 

Souvenons nous ce qu'est la Samarie, en nous souvenant que la querelle était très ancienne, pré-exiliaire même, remontant à la division du royaume de Salomon entre Israël et Juda.... En ~722, Samarie, capitale du royaume d'Israël, est prise par les assyriens; c'est la victoire de l'Assyrie et la chute du Royaume du Nord. C'est la déportation des populations vers Ninive et le remplacement progressif des juifs de cette région par des peuplades originaires, entre autres, d'Assyrie, par des personnes pas toujours très recommandables [2 R 17, 24], et ce afin de créer un État tampon ; les habitants des villes de Samarie n'étaient donc plus des descendants du peuple élu, mais des étrangers en Terre promise, avec leurs Dieux, leurs coutumes, leurs langues. Certes, certains Juifs étaient restés dans la région [2 Ch 34, 6-9], mais leur descendance avait changé, ne respectant plus vraiment la Loi et la religion divine, ce qui fait qu'ils sont encore plus méprisés. Pour les Juifs du temps de Jésus, la Samarie était donc peuplée soit d'étrangers, soit de juifs renégats, ce qui fait de cette région tampon une région impure, d'autant plus que les samaritains pratiquent un double culte, invoquant Yahvé pour assurer leur intégration mais élevant des temples à des faux dieux, au nombre de cinq. Ce ne sont donc pas des gens "fréquentables" aux yeux des Juifs. L'attitude des samaritains ne fait rien pour améliorer la situation : ils jettent des pierres aux juifs qui passent par chez eux, tout comme ils s'opposèrent à la reconstruction du Temple à Jérusalem durant la période post-exiliaire [Esd 4], persuadés que le vrai Temple devait se trouver sur le Mont Garizim, alors que certains des Juifs les accusent d'y adorer... Zeus (cf. 2M 6, 2b) ! L'incompréhension et le refus de dialogue sont donc totaux entre les Samaritains et les Juifs. La Samarie est donc une région a priori dangereuse pour les Juifs, tout comme les Territoires occupés sont aujourd'hui dangereux pour les israéliens....

 

Le chemin par la vallée du Jourdain était pourtant possible; celui longeant la mer aussi. En fait, quatre routes principales s'offraient à Jésus pour aller de Jérusalem en Galilée (pour en savoir plus sur la géographie biblique : Rogerson (J.), Nouvel atlas de la Bible, Brepols, Turnhout, 1985), ces routes étant d'ouest en est :

• celle passant par Joppé et Césarée, le long de la Méditerranée;

• celle passant par Antipatris;

• celle passant par Silo et Sichem, que choisira Jésus;

• celle dite "du Jourdain", passant par Jéricho et Bet-Sheân.

 

Pour vouloir malgré tout traverser la Samarie par son cœur, Jésus a donc un objectif précis et important ; c’est celui d’apporter le don de Dieu à tous les hommes, et on peut ici penser à ce passage des Actes : Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1, 8b).

 

La Samarie est ainsi le symbole du monde des non-Juifs, des nations, de ce monde auquel Jésus apporte l'adoration en esprit et en vérité. Cette opposition entre les Juifs et les Samaritains se retrouve à d'autres endroits du Nouveau Testament, et notamment à l'occasion de la montée de Jésus vers Jérusalem : S’étant mis en route, ils entrèrent dans un village samaritain pour tout préparer. Mais on ne le reçut pas parce qu’il faisait route vers Jérusalem (Lc 9, 52b-53). Néanmoins, cet épisode semble tempéré tant par une phrase suivante : Et ils se mirent en route pour un autre village (Lc 9, 55) - car Jésus ne renonce pas à sa mission - que par la parabole du bon samaritain (Lc 10, 29-37).

 

On peut par contre s'interroger sur les paroles de Jésus en [Mt 10, 5] : Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samarie ; pourtant, Jésus lui-même était déjà entré dans une telle ville, y recevant bon accueil, comme le démontre le verset 40. De même, Jésus guérira dix lépreux aux confins de la Samarie et de la Galilée (Lc 17, 11-19), un seul cependant lui rendant gloire : un Samaritain [Lc 17, 16 b] ; là encore cependant, Jésus rappelle combien les Samaritains sont des étrangers aux yeux des juifs puisqu'il lui répond : Il ne s’est trouvé, pour rendre gloire à Dieu, que cet étranger (Lc 17, 18), cet étranger auquel il dit : Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé (Lc 17, 19).

 

Peut-être Jésus déplore t-Il en fait que le Royaume reste inaperçu, son message incompris par ceux-là même qui devraient en être les premiers destinataires, c'est-à-dire les juifs, les membres du Peuple élu.... ? C'est ce qui semble ressortir de [Mt 10, 5b-6], comme l'écrit Frère Claude Tassin c.s.sp. dans son commentaire sur l'Évangile de Matthieu : Les envoyés éviteront les territoires païens et samaritains. Ils se consacreront au Peuple d'Israël considéré comme ce troupeau de  qui suscitait naguère la tendresse du Maître. L'expression reviendra en 15, 24 : Jésus est « envoyé seulement aux brebis perdues de la maison d’Israël ». (Cl. Tassin, L’Evangile de Matthieu, Bayard/Centurion, Paris, 1991, 4ème éd., page 111. Certains des Samaritains sont cependant des brebis perdues d’Israël…).

 

5. Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph.

 

Il arrive donc à une ville de Samarie appelée Sychar, ...

 

C'est près de Sychar (cf. Gn 33, 18-20, Gn 48, 21-22 et Jos 24, 32), que Dina, fille de Jacob, fut violée par le fils du prince du pays, hors de la ville. C'est là que s'exerça la vengeance de Siméon et de Lévi (Gn 34). Faut-il voir un lien entre ce viol hors de la ville et la rencontre entre Jésus et la samaritaine ? Une femme bafouée, puis une femme glorifiée car envoyée comme témoin....

 

...près de la terre que Jacob avait donnée à son fils Joseph.

 

N'oublions pas non plus que Joseph, préféré de son père Jacob et promis par des songes à un avenir rayonnant, avait été vendu par ses frères jaloux (Gn 37). Malgré tout, malgré l'humiliation de l'esclavage et de la prison en Égypte, c'est lui qui fit triompher sa sagesse, protégea ses frères, et leur pardonna le mal d'autrefois : Ne craignez point.  Vais-je me substituer à Dieu ? Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l'a tourné en bien afin d'accomplir ce qui se réalise aujourd'hui : sauver la vie à un peuple nombreux. Maintenant, ne craignez point : c'est moi qui vous entretiendrai, ainsi que les personnes à votre charge (Gn 50, 19-21).

 

Joseph est la victime qui console et pardonne.... Il a été étranger parmi les siens pour devenir le plus glorieux des siens; il a été le plus petit pour devenir le plus grand....

 

6. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près du puits. C'était environ la sixième heure.

 

La rencontre de Jésus avec la Samaritaine était a priori triplement improbable :

• le passage de Jésus par la Samarie honnie des juifs :

 [Os 14, 1];

• un Juif et une Samaritaine;

• mais aussi que la Samaritaine aille puiser de l'eau à midi, à l'heure où la chaleur est la plus intense.

Il n'y a cependant pas de hasard,  le dessein de Dieu s'exprimant au travers de cette improbabilité : il faut une rencontre déterminante tant pour la transformation de l'une que pour la Révélation du Christ.

 

Là se trouvait le puits de Jacob.

 

À noter que le puits de Jacob n'est pas mentionné dans le texte de la Genèse.

 

Jésus, fatigué par la marche, se tenait donc assis près  du puits.

 

Le lieu de cette rencontre n'est pas innocent. En effet, le puits est un lieu hautement symbolique chez les sémites : il est lieu de vie au milieu du désert ; il est le lieu des rencontres dans les sociétés agro-pastorales, y compris aujourd'hui. De plus, le puits est assimilé par les Hébreux à la Loi (on peut penser ici au chant du puits de [Nb 21, 17-20] ou encore à certains textes rabbiniques) ; il en est de même chez les Esséniens comme le démontrent certains textes de Qumran.

 

On remarquera aussi ici un  témoignage  irréfutable de  l'humanité de Jésus, Vrai Dieu et Vrai Homme : il est fatigué ! Comme l'a écrit von Balthasar : L’annonce du Royaume pendant la vie publique fut une peine terrestre (H.-U. von Balthasar, La Gloire et la Croix. 3. Théologie : ** Nouvelle Alliance, Desclée de Brouwer, Paris, 1990, coll. Théologie, n° 83, page 449).

 

Comme nous, vivant notre nature, Jésus souffre de la chaleur et de la marche prolongée. Jésus est ainsi homme au milieu des hommes, comme il le sera au verset 40, comme il l'était aux noces de Cana [Jn 2, 10]...., comme il l'est par sa mort sur la Croix.... Mais, comme le dit Saint Augustin : Jésus est faible dans la chair, mais toi, garde-toi de te laisser aller à la faiblesse : dans sa faiblesse soit fort, car ce qui est faible en Dieu est plus fort que les hommes (Johan. ev. tract., XV, 7).

 

Jésus est fort car il est vrai Dieu , car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes (1 Co 1, 25). Jésus est faible car il est vrai homme ; sa faiblesse est en fait message pour tous les hommes car elle est témoignage du fait que Dieu nous cherche par tous les moyens, qu'il s'est mis à notre portée, à notre niveau dans le mystère de l'Incarnation !

 

C'était environ la sixième heure.

 

De même, il faut prêter attention à l'heure : la sixième heure, c'est-à-dire midi. Outre ce qui précède, il nous faut nous souvenir que cette sixième heure de la révélation est à mettre en parallèle avec la sixième heure de la condamnation à mort de Jésus (Jn 19, 14) : Jésus se révèle à l'heure même où les Juifs  rejetteront de manière définitive sa Révélation ! Précisons cependant que ce ne sont pas tous les Juifs, loin de là, qui condamnèrent Jésus : ce furent les seuls sadducéens (et encore pas tous puisque, à titre d’exemple, Joseph d’Arimacie était membre du Sanhédrin qui condamna Jésus à mort), donc en fait une minorité de Juifs, d'où l'imbécillité absolue de reporter la faute de la mort du Christ sur l'ensemble du peuple juif (Judaïsme et Christianisme ), car ce serait ignorer les milieux juifs où  Jésus et ses disciples prêchaient et étaient reçus, écoutés, où ils trouvaient des amitiés et du soutien : pharisiens (mais pas tous, loin de là), baptistes, esséniens, ... , ainsi que les Juifs de la Diaspora qui ne le connaissaient même pas car trop loin de la Terre promise (je renvoie ici à un article de Frère Dominique Cerbelaud op dans le numéro de juin 1997 de Recherche de Science Religieuse). Néanmoins, tout au long de ce texte, il faudrait peut-être entendre le mot “juif” au sens de “judéen”, plus que tout autre sens....

 

On peut par contre s'interroger sur le sens que donne Saint Augustin à la sixième heure : « Par ce que c'était le sixième âge du monde. Compte dans l'Évangile respectivement comme une heure le premier âge qui va d'Adam à Noé, le deuxième qui va de Noé à Abraham, le troisième qui va d'Abraham à David, le quatrième qui va de David à la déportation en Babylonie, le cinquième qui va de la déportation en Babylonie au baptême de Jean : alors commence le sixième âge » (Johan. ev. tract., XV, 9), cette interprétation revenant dans divers autres textes (par exemple in : De div. Quaest. 83, q. 64, 2).

 

D'autres Pères, tel Irénée, ont développé une pensée fort proche.... Sans remettre en rien en cause leur message, sans remettre en cause le fait que Jésus est venu sur notre Terre pour nous revêtir de l'homme nouveau, je m'interroge cependant sur cette idée des six âges (qui peuvent aussi rappeler les six âges d’Hésiode -Hésiode -), ou du moins sa structure - sans même évoquer les conséquences que cette division, finalement par millénaires, peut avoir sur certains esprits tentés par l'erreur du millénarisme ou du “Nouvel Âge” -. Tout d'abord, pourquoi fondre la période d'Abraham à David dans un seul âge, alors que Moïse est une figure fondamentale de la Bible ? ensuite, que doit-on faire de la période entre le baptême de Jean et la rencontre avec la Samaritaine : des choses importantes se passent pourtant, non pas hors du temps, mais dans le temps, dont la rencontre avec Nicodème et le miracle des noces de Cana ? Par contre, le rapprochement fait par Augustin avec les six jours de la création (Johan. ev. tract., IX, 6. On le retrouve d'ailleurs in [De cat. rud., XXII, 39] et dans La Cité de Dieu) me semble plus pertinent, le parallélisme entre l'oeuvre de la Création et l'histoire du Salut pouvant être fait.

 
à suivre sur :
Jésus et la Samaritaine (5)

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 08:40

suite de Jésus et la Samaritaine (4)

II. Autour du puits : l'eau, source de la vie éternelle

 

 

7. Une femme de Samarie vient pour puiser de l'eau, Jésus lui dit :

 

Une femme de Samarie...

 

Comme cela a déjà été dit, les gens de Samarie - et plus encore les Samaritaines - sont méprisés par les juifs;  parmi d'autres, le prophète Amos  l'exprime lorsqu'il écrit à propos des Samaritaines : Ecoutez cette parole, vaches de Bashân qui êtes sur la montagne de Samarie, qui exploitez les faibles, qui maltraitez les pauvres, qui dites à vos maris : « Apporte et buvons ! » (Am 4, 1). La Samaritaine est donc ce qui est de plus méprisable pour un Juif de l’époque, et pourtant - ou justement à cause de cela - c'est à elle que Jésus choisit de se révéler.

 

...vient pour puiser de l'eau.

 

Un acte humain : celui de la recherche de la source principale de la vie terrestre...

 

..., Jésus lui dit :  ...

 

Il faut remarquer que c'est Jésus qui prend l'initiative du dialogue, même s'il se pose ainsi presque en hérétique aux yeux des Juifs en parlant à une Samaritaine ; par lui, c'est Dieu qui cherche à parler aux hommes, car il a besoin des hommes pour laisser éclater l'infinité de son amour, de ces hommes qui le craignent, le prient, mais l'oublient tout aussi souvent depuis la chute d'Adam : même si nous ne nous croyons pas dignes de l'amour de Dieu, Dieu nous aime comme nous sommes ! Par son Fils et en l'Esprit, le Père veut faire exister les hommes, tous les hommes, y compris les exclus qui sont ici symbolisés par la Samaritaine : une femme non juive et a priori pas très futée puisqu'elle va puiser de l'eau à midi, c'est-à-dire à la pire heure !

 

Il n'est pas innocent que la rencontre entre Jésus et la Samaritaine suive l'entretien avec Nicodème (Jn 3, 1-21), car tout les oppose, même s'ils ont tous les deux la même attente : une femme/un homme, une Samaritaine/un Juif, une "pas très futée"/un "intellectuel" ; tous les deux sont aux extrémités de l'humanité (du moins dans le cadre de la civilisation que le Père a choisi pour cadre à l'Incarnation), mais, alors que tout les oppose, ils se retrouvent dans leur rencontre avec Jésus, tendant tous deux vers un même but, celui de la découverte de la vérité, mais par deux voies différentes : une voie très intellectuelle pour Nicodème, une voie du cœur pour la samaritaine. Ceci montre bien que Jésus s'adresse à tous. Il n'est cependant pas innocent que Jésus ne se révèle pleinement qu'à la samaritaine, car celle-ci est l'image de nos faiblesses, mais aussi de la joie du coeur.  Arrêtons nous ici un instant pour méditer le message des Béatitudes.... Et comment ne pas penser ici à la première Épître aux Corinthiens : Où est-il, le sage ? Où est-il, l’homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle, Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ? Puisqu'en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu à Dieu de sauver les croyants. Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse; nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu (1 Co 1, 20-24) ?

 

« Donne-moi à boire. »

 

Toute la démarche de Jésus, toute son approche de la Samaritaine ne sera plus désormais qu'au service de l'évolution de la foi intérieure de la Samaritaine : il ne se révèle pas ipso facto, mais la laisse au contraire s'approcher d'elle-même de son mystère. Cette démarche progressive est  à rapprocher de notre propre démarche qui, progressive, n'est qu'une découverte permanente du mystère divin. Il y a donc là bien démarche de foi, d'adhésion à Dieu, et non pas simple croyance comme dans le cas des faux dieux, car, comme l'a écrit Saint Jean de la Croix,  la foi est la substance des choses que nous espérons, et bien que l’entendement y adhère avec fermeté et certitude, elle ne lui rend pas l’objet manifeste (Carm., II, 5).

 

C'est d'ailleurs pour cette raison que le chrétien parle de  foi (Quelques définitions de la foi ) et non pas de croyance, la foi impliquant une démarche personnelle aboutissant à une adhésion intime à Dieu, à un engagement a priori individuel même s'il s'exprime en communion au sein de l'Église, donc à une réalité et non à une probabilité éventuelle ; la foi met en jeu un "tressaillement" individuel et un appel du -et au- Cœur de l'Homme que ne présuppose pas forcément la croyance qui n'est qu'un mode de connaissance parmi d'autres, la croyance qui, comme le souvenir, est toujours mieux ou pire que la réalité, qu'il s'agisse de celle de Dieu ou de celle de sa création. La foi, qui est avant tout témoignage - ici celui à venir de la Samaritaine - est en fait totale car adhésion à Dieu, alors que la croyance peut n'être que partielle. C'est par notre rencontre personnelle avec Dieu que notre foi grandit, s'affermit, qu'elle s'insinue dans notre coeur, car, comme le dit Saint Paul : Ayant donc reçu notre justification de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné d’avoir accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu (Rm 5, 1-2).

 

La rencontre de la Samaritaine avec Dieu, c’est bien notre propre rencontre avec Dieu, sur la route de la vie éternelle et du Salut ! Nous vivons en notre foi les mêmes épreuves, plus exactement les mêmes étapes qu’elle : le doute, l’effarement, la réflexion, enfin l’adhésion. Comme Jésus lui donne peu à peu les éléments qui lui permettront d’accéder à la foi en Dieu, Il nous donne petit à petit les éléments qui nous permettront de concrétiser notre propre foi… Comme Dieu demande de l’eau à la Samaritaine, Il a soif de nous : Il nous demande tout, tous ! A la place de la Samaritaine, aurions-nous compris ce que Jésus nous demande ? Pas certain…

 

8. Ses disciples en effet s'en étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.

 

Jésus a besoin d'être seul pour dialoguer avec la Samaritaine, car l'adhésion à Dieu, même si elle se vit en Église, est avant tout une “aventure” personnelle, intime.... Il lui faut dialoguer, parler directement à celle qu'il veut ouvrir à la Révélation. Le dialogue est une dimension essentielle de l'accès à Dieu : Dieu parle à Moïse, Jésus à la Samaritaine, à Pentecôte ce sont les Apôtres qui parlent..., mais même image. La Théophanie, la révélation de l'Alliance (Ex 19, 16-25)  est dialogue, Dieu parlant par le tonnerre, même s'il n'était pas le tonnerre; la conclusion de l'Alliance (Ex 34, 10ss)  est elle aussi dialogue, Dieu parlant à Moïse face à face comme un homme parle à son ami (Ex 33, 11) : Moïse est l'ami de Dieu, son “missi dominici”... Dieu se révèle alors totalement (Ex 3, 13-14) : c'est le Décalogue, c'est le Code de l'alliance et ses multiples rappels (Lv 26, 9 ; Jr 50, 5 ; Si 17, 12-14 ; …). Dieu parle à tous les hommes, par delà les peuples, par delà son Peuple, et Jésus n'est pas venu pour détruire, mais pour continuer. La réconciliation (Pardon et réconciliation ) est elle-même dialogue... Jésus, Vrai Dieu et Vrai Homme, n'est pas venu pour détruire, mais pour continuer. De ce fait, l'Ancien Testament et son contenu s'impose aux chrétiens et fait partie intégrante du message divin, l'annonce de la Bonne Nouvelle étant toujours liée au message des Justes et des Prophètes (Mt 13, 7), même si le chrétien est dégagé de la Loi, non dans l'esprit, mais dans sa lettre (Rm 7, 1-6) : N'allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir (Mt 5, 17)... celui qui violera l'un de ces moindres préceptes, et enseignera aux autres à faire de même, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des Cieux; au contraire, celui qui les exécutera et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux (Mt 5, 19), telles sont les paroles du Christ !

 

9. La femme samaritaine lui dit :  (Les Juifs en effet n'ont pas de relations avec les Samaritains).

 

Ne connaissant pas encore Jésus, la Samaritaine le qualifie telle qu'elle le voit matériellement, c'est-à-dire de Juif. Elle est interloquée. Peut-être même a-t-elle un peu peur.... Elle vit la première des cinq étapes de sa lente montée vers la connaissance et surtout l'adhésion au mystère du Christ. Je pense ici aux degrés de la foi dont parle Saint Paul : Au nom de la grâce qui m’a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi (Rm 12, 3). Saint Paul nous demande ainsi de servir Dieu chacun selon ses compétences, celles-ci étant un don de Dieu. Refuser de mettre ses compétences au service de l'Église est donc condamnable, tout comme il est condamnable de se sentir supérieur aux autres, car cette “supériorité” est un don de Dieu qui crée plus de devoirs que de droits, tout homme étant égal aux yeux de Dieu. Ce que Dieu veut, c'est que chacun progresse dans sa vie intérieure, dans la foi de son cœur, en aucun cas dans un “spectacle” par nature faux et contraire au dessein de Dieu. Dieu nous appelle à servir notre prochain, pas à l'humilier (on doit ainsi méditer sur la charité envers les faibles exprimée en [Rm 14—15], texte trop souvent négligé par les théologiens ou les catéchistes, alors qu'il devrait être le seul guide de leur "méthodologie" de travail)... C'est d'ailleurs la démarche que Jésus adopte avec la Samaritaine en cherchant à la faire monter progressivement vers la découverte de Son mystère et celle du don de Dieu.

 

La Samaritaine s'étonne qu'un Juif lui demande à boire de l'eau puisée avec un vase ; d’autant plus que, conformément à la coutume, les Juifs ne se servaient pas de vases à et usage… Comme le dit Saint Augustin, ce qu'elle ignore encore, c'est que celui qui lui demande à boire a soif de la foi de cette femme (Johan. ev. tract., XV, 11).... Elle s'étonne d'autant plus que, pour les Juifs, le Samaritain est un zâr, c'est-à-dire un étranger profane, un dévergondé, un bâtard, ... - qui vient de zoûr : se détourner, devenir un inconnu -, en aucun cas un gèr, c'est-à-dire un étranger accepté car respectant les règles de la vie juive, voire un prosélyte (je renvoie ici à [Ex 22, 20] et à [Dt 10, 19]). Le Samaritain n'est donc pas un proche pour le Juif :  il est inassimilable au “pauvre”, ce qui fait que la Loi qui invite les Juifs à se souvenir qu'ils étaient immigrés en Égypte ne s'applique pas en ce cas.  Pire, pour le Juif, le Samaritain est considéré comme un am ha-arets, un “peuple du pays”, c'est-à-dire comme un étranger ignorant et incapable de mettre en pratique la Loi, et cela même si certains les considèrent comme faisant partiellement partie du peuple d'Israël (voir : Cousin (H.) éd., Le monde où vivait Jésus, Cerf, Paris, 1998, pp. 736-737). La fracture est donc très profonde entre le Juif et le Samaritain. Le Juif est en Samarie comme le conquistador de la Renaissance face aux Terra incognita; dans les deux cas, l'autre est l'inconnu, et si l'on ne cherche pas à le comprendre comme le fit par exemple Francisco de Vitoria avec les Amérindiens, on le tue par peur, ou, pour le moins, on refuse de l'affronter, de dialoguer - alors même que Jésus n'hésite pas à dialoguer, prenant même l'initiative de ce dialogue, avec la Samaritaine -, donc de se connaître, blessant ainsi le coeur de Dieu par refus de son message éternel d'amour....

 

Mais quelle actualité ! D'une certaine manière, on pourrait dire que le Samaritain est au Juif ce que le beur de troisième génération - quelle que soit sa volonté d'assimilation - est à certains extrémistes nationalistes, alors que le juif est pour le samaritain le symbole d'une société incomprise sur les membres desquels on jette des pierres, comme certains jeunes de banlieues jettent des pierres sur les représentants de l'autorité que sont par exemple les policiers. Rien de nouveau sous le ciel, alors même que Jésus est venu rompre ces relations - ou plutôt ces absences de relations - absurdes et contraires au dessein du Père. C'est ici encore une preuve de l'actualité de ce passage de l'Évangile de Jean, une invitation faite aux hommes d'aujourd'hui à dépasser leurs différences, leurs querelles et leurs jalousies stériles pour appliquer le commandement d'amour de [Mc 12, 31] : tout ce texte n'est qu'un immense appel à la foi, à l'espérance et à la charité, c'est-à-dire à la mise en pratique quotidienne des trois vertus théologales, des trois charismes offerts aux hommes sur lesquelles insiste Saint Paul en [1 Co 13, 13].

 

La foi chrétienne n'est finalement pas si difficile que cela à comprendre : aimer Dieu à fond ; aimer son prochain en acceptant les charismes ! Il faut se souvenir que le dessein de Jésus-Christ étant de continuer et non de détruire, il est normal que son message ait porté principalement sur le nouveau commandement qu'il a donné aux hommes, le commandement d'Amour, source de la Révélation, fondement de la Nouvelle Alliance  : Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres (Jn 13, 34-35)... Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés (Jn 15, 12-13)… Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres  (Jn 15, 17)... Ce Commandement n'est d'ailleurs que l'accomplissement du Tu aimeras ton prochain comme toi-même de [Lv 19, 18]. Il se retrouve d'ailleurs tout au long du Deutéronome, donnant un sens au respect de la Loi, conduisant le Peuple de Dieu à la Sainteté (Dt 7, 6 ; 14, 2) et démontrant là encore le lien indissoluble entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament.

 

C'est tout, c'est bien plus divin et humain que la Loi ancienne, que les préceptes des autres religions,... mais c'est déjà beaucoup car exigeant de nous une totale adhésion, un total abandon. C'est le Aimes donc et fais ce que tu veux de Saint Augustin (Ep. Johan. tract. VII, 8), car, comme l'a écrit à propos de cette sentence Jacques Chevalier dans son Histoire de la pensée, quand un homme aime profondément Dieu et les hommes, il peut faire ce qu’il veut, parce que, sa guidant sur la vérité suprême et la sainte charité, il ne peut tomber dans l’erreur.

 

L'amour absolu conduit toujours à la liberté absolue, à la joyeuse liberté des enfants de Dieu, alors que la peur, le refus de l'autre ne font que construire des prisons toujours plus rudes autour de nous et dans nos coeurs.... Mais l'amour de Dieu, sa miséricorde, par la réconciliation, peut, si l'on accepte de s'abandonner à lui, faire exploser toutes ces prisons, aussi “solides” soient elles.....

 

10. Jésus lui répondit : tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c'est toi qui l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive.

 

Le Christ voit  plus loin. Je pense ici à l'entretien - qui précède l'épisode de la Samaritaine - avec Nicodème : En vérité, en vérité, je te le dis, nous parlons de ce que nous savons et nous attestons ce que nous avons vu; mais vous n'accueillez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas quand je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel (Jn 3, 11-12), et Il sera mieux accueilli par la Samaritaine que par certains notables et savants juifs, même si ceux-ci cherchent eux aussi la lumière (cf. 1Co 1, 20-24).

 

Jésus part de très haut dans son dialogue, avec une approche immédiatement spirituelle, alors que la samaritaine part de très bas, d'une approche uniquement matérielle; tout ce récit est donc celui d'une approche progressive avec une double démarche : une lente montée vers Dieu et Dieu qui vient vers nous, qui se met à notre portée. C'est là notre histoire !

 

La lente quête mutuelle de la perfection se fera par des signes imperceptibles, au coeur, et je ne peux m'empêcher ici de penser à l'oeuvre majeure de Saint Jean de la Croix : La montée du Carmel, avec cette montagne au sommet de laquelle la divine sagesse attend l'âme bien-aimée - notre propre âme -, au Chemin de la Perfection de Thérèse d'Avila, ou encore à l'histoire personnelle de Saint Augustin (on pourrait presque dire que Sainte Monique méritait d'être Sainte rien que pour avoir pu et su, aidée par Dieu qui connaissait le dessein d'Augustin, supporter son fils avant sa conversion) et de Saint François d'Assise qui ont tous deux connu une vie de péché avant de devenir des figures fondamentales de la foi ; ces deux derniers ont trébuché, mais la rencontre avec Dieu leur a permis de triompher du mal et de devenir des lumières du bien pour l'humanité entière. Par là même, par cette lente montée vers Dieu que Dieu lui-même nous rend possible en se rendant accessible, nous pouvons surmonter les pièges du péché, tirer du mal du péché le bien de la grâce et du Salut ; en cela, qui que nous soyons, quel que soit notre niveau intellectuel, de culture ou de richesses matérielles, nous pouvons imiter au quotidien les plus grandes figures de la foi ! Comme le dit Saint Jean de la Croix, la voie vers Dieu est semée d'embûches, mais elle est aussi fléchée par Dieu pour nous sauver ; à nous de reconnaître les “panneaux indicateurs”, en sachant qu'existe toujours la voie de secours du sacrement de réconciliation que nous offre Dieu qui sait que nous ne sommes que des hommes....

 

La question  qui se pose à nous est alors : « Qu’est-ce que j’attends de Jésus ? ». Or, Il nous a tout donné par le Père et avec l'Esprit. Notre prière ne doit donc pas être supplication, mais au contraire louange et joie nous permettant d'atteindre notre propre perfection dans la foi et dans le témoignage.

 

11-12. Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où l’as-tu donc, l’eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous as donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ? »

 

Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où l’as-tu donc, l’eau vive ?...

 

Humaine, la Samaritaine ne comprend pas dans un premier temps les paroles de Jésus, les interprétant de manière matérielle. Néanmoins, son questionnement met plus en évidence son ignorance qu'une volonté d'incompréhension. On pourrait rapprocher cet extrait de l'Évangile de Luc : Mais Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1, 34), car même Marie, la plus parfaite des créatures de Dieu car  elle est celle qui, en premier a participé à cette victoire sur le péché remportée par le Christ : elle est en effet libé&rée du péché originel et de tout autre péché (Jean-Paul II, Le Créateur du Ciel et de la Terre, Cerf, Paris, 1988, page 264), n'est qu'humaine; humaine, elle est donc imitable en tout, sauf en sa nature  d'Immaculée Conception qui appartient au seul mystère de DieuLIEN ! On peut aussi faire un parallèle avec Rebecca qui était à la fois Amour et soumission à Dieu, avec là encore... un puits (Gn 24, 15-67) !!!

 

La réfèrence au puits profond doit aussi nous faire penser à ce passage de la Septante : Une eau profonde est la parole dans le cœur de l’homme, un fleuve qui jaillit, une source de vie (Pr 18, 4).

 

Serais-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous as donné ce puits et y a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses bêtes ?»

 

Voir ici en parallèle la question des Juifs à Jésus en [Jn 8, 53].

 

Ne comprenant pas encore, la Samaritaine, comme tout homme, en revient à l'histoire pour chercher des repères. On en est ici à la deuxième étape de l'adhésion de la Samaritaine au mystère de Jésus. Toujours interloquée par ce qu'elle entend, la Samaritaine continue à s'interroger. Mais un premier changement s'opère en elle : elle se rend compte que celui qui lui parle n'est pas un Juif comme les autres, pas un homme comme les autres. Dès lors, elle qualifie Jésus de “Seigneur”, puis au verset suivant de “plus grand que notre père Jacob”. Sans le percevoir encore dans sa plénitude, elle a franchi un pas décisif dans sa compréhension du mystère de Jésus et entame le cheminement de sa foi intérieure, vers la vérité intérieure.  La Samaritaine vit la lutte intérieure dont parle l'Apôtre en [Rm 7, 14-24] : En effet, nous savons que la Loi est spirituelle ; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché (Rm 7, 14). L’Apôtre rappelle cependant en [Rm 6, 15-19] que le chrétien est affranchi du péché et de la Loi ; les chrétiens ne sont plus esclaves mais libres, car lors de Sa Passion Jésus s’est fait esclave, se laissant dépouiller de ses vêtements et crucifier, et ce pour nous libérer du péché à l’heure de Sa Résurrection.

 

13-14. Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle. »

 

L'eau dont parle Jésus n'est pas l'eau matérielle, l'eau putrescible , mais la vie éternelle. L'eau dont parle Jésus est en fait celle du baptême : l'eau baptismale; elle est signe de vie, non pas signe de mort, renvoyant à la symbolique de la naissance à la vie nouvelle (on peut penser ici aux eaux matricielles, à l'eau purificatrice, à la pluie vivifiante en vue des moissons (à rapprocher des versets 35 à 38) , ...), car le baptême est  un bain d’eau qu’une parole accompagne (Ep 5, 26). Cette eau est purification du péché, et plus encore pardon plein de miséricorde divine de ce même péché (Tt 3, 5) et illumination à la lumière du monde (Jn 1, 9 ; 14, 6 ; Ep 5, 8). L'eau vive est celle de la vie : elle est la vie car ouverture à la participation à la joie du Père, fécondation de la terre, pureté et fraîcheur, libération du péché (Ex 17; Ps 50 ; Ez 36, 24-28). Cette eau est celle du baptême ; elle est intarissable (cf. Is 58, 11) et Dieu, si nous voulons bien accepter son Don, nous en donne à profusion, autant que nous en souhaitons, à la condition que nous nous abandonnions à lui....

 

L'eau vive n'est en aucun cas la mort, ou plutôt, s'il y a mort lors de la réception de l'eau vive, c'est uniquement celle du péché : l'idée de mort ontologique est donc à bannir, l'ontologie étant de plus la science de l'être en tant qu'être, en dépit de ses déterminants; Jésus est vainqueur de la mort, vainqueur du péché : Il ne peut que donner la vie, et l'eau vive qu'il offre à tous les hommes au travers de la samaritaine est celle de la naissance à la foi, celle du renouvellement de la nature pécheresse dans le bain de la nouvelle naissance. En fait, Jésus est lui-même l'eau vive, lui-même le don de Dieu. N'oublions jamais que l'eau a jailli de Son côté avec le sang à l'heure de la Passion : ce sont là les marques de la double nature à la fois divine et à la fois humaine de Jésus; cette eau jaillissant du flanc du Christ, cette eau offerte en source inépuisable aux hommes – il y en aura toujours assez, toujours plus, pour tous ceux qui acceptent de boire à la source du Christ - est la marque suprême de la vie éternelle battant la mort, la marque suprême de l'amour de Dieu [Jn 19, 34].

 

On peut ici songer à [Pr 5, 15] : Bois l’eau de ta propre citerne, l’eau jaillissante de ton puits !, ou encore à la source de [Ct 4, 12-15]. L'eau jaillissante des Proverbes, c'est peut-être celle de notre vie intérieure, celle dont parle Jésus....

 

Cette eau vive offerte par Jésus à la samaritaine est celle du baptême, de ce baptême qui est entrée dans la vie nouvelle (Mt 18, 19-20 ; Jn 3, 3 ; 1 P 1). Par cette eau offerte et acceptée, nous devenons les fils adoptifs de Dieu (2 Co 5, 17) et nous sommes définitivement incorporés au Corps unique du Christ, à l'Église (1 Co 12, 13 ; Ep 4, 25). On comprend ici encore mieux le sens de cette citation commentée par l'Abbé Gaubert au temps de mon catéchisme : Baptisé, tu es consacré ! Tu es le tabernacle de la Sainte Trinité ! Tu es greffé sur le Christ comme un membre vivant à son corps mystique, l’Eglise !,  citation qui est à mettre en parallèle avec cet extrait de l'Épître aux Ephésiens : (le Christ) dont le corps tout entier reçoit concorde et cohésion, par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même dans la charité (Ep 4, 16). L'eau vive est une grâce reçue : à nous de la faire vivre en nous, pour Dieu, l'Église et nos frères...  Tout ceci nous est rappelé par le texte de l'Apocalypse : Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif; jamais plus ils ne seront accablés par le soleil ni par aucun vent brûlant. Car l'Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux (Ap 7, 16-17).

 

L'eau vive, le don de Dieu, c'est Dieu lui-même, sa parole, l'accès à son mystère ! Elle préfigure l'Eucharistie, cet accomplissement de l'initiation chrétienne qui est la source et le sommet de toute la  vie  chrétienne  car  don de la vie éternelle,  seul  véritable “aliment” sur la route vers Dieu ! L'eau vive, le don de Dieu, c'est le don gratuit par le Père de son Fils aux hommes, don qui aboutira au sacrifice de Jésus sur la Croix glorieuse qui a tué la haine [Ep 2, 16], notre foi étant le seul sacrifice saint et agréable à Dieu [Rm 12, 1] qui nous soit désormais demandé... N'oublions jamais que le Père nous a donné ce qu'il avait de plus beau : son Fils, c'est-à-dire lui-même, Dieu lui-même dans le mystère de la Trinité !

 

Étant Dieu lui-même, le don de Dieu ne s'achète pas. Il est une grâce, et c'est ce que rappellera Saint Pierre à Simon le magicien - d'ailleurs en Samarie ! - : Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d’argent (Ac 8, 20). Le don de Dieu est gratuit, offert à tous; à nous de l'accepter dans nos cœurs et dans nos vies !

 

15. La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, afin que je n’ai plus jamais soif et ne vienne plus ici pour puiser. »

 

La Samaritaine ne comprend toujours pas ! Elle ne comprend toujours pas que Jésus lui promet le rassasiement dans l'Esprit Saint ! Ce qu'elle veut encore, c'est ne plus souffrir en étant obligée d'aller chaque jour puiser de l'eau au puits; c'est ce qu'elle comprend lorsque Jésus lui promet la fin de sa peine, mais elle pense peine physique quand Jésus parle de peine spirituelle.

 

La soif dont parle Jésus est celle dont parlait Amos : Voici venir des jours – oracle de Yahvé – où j’enverrai la faim dans le pays, non pas une faim de pain, non pas une soif d’eau, mais d’entendre la parole de Dieu (Am 8, 11), cette parole étant d'ailleurs suivie d'une nouvelle malédiction des … Samaritains [Am 8, 14]. Le choix de Jésus de s'arrêter en Samarie, de parler à la Samaritaine pour apporter l'eau vive n'est donc pas innocent mais inscrit dans le dessein de Dieu. La rencontre avec la samaritaine était d'une certaine manière annoncée et inévitable car voulue par le Père pour que la vérité s'accomplisse.

 

On peut aussi se souvenir ici de cette phrase terrible de Jésus sur le baptême : En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Jn 3, 5).  C'est cette eau que Jésus veut offrir à la samaritaine. Cette eau est celle de la vie éternelle, de la connaissance du Père et du Fils de [Jn 17, 3].

 
à suivre sur
Jésus et la Samaritaine (6)

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Published by Serge Bonnefoi - dans Nouveau Testament
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