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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 16:15

On ne trouve pas de définition de la guerre dans le Dictionnaire de stratégie militaire de Chaliand et Blin, alors même que les concepts de guerre absolue, de guerre d’usure, de guerre économique, etc... sont abordés (G. Chaliand et A. Blin, Dictionnaire de stratégie militaire des origines à nos jours, Paris, Perrin, 1998). De même, si la guerre est évoquée dans le cours de stratégie de Hervé Coutau-Bégarie au Collège inter-armées de défense, elle n’est pas véritablement définie (H. Coutau-Bégarie, Traité de stratégie, Paris, Economica, 1999, 2ème édition. Il donne priorité aux concepts de conflit et de stratégie, en particulier aux pages 55-78). Ceci est symptomatique d’une attitude contemporaine qui voudrait faire comme si la guerre n’existait plus, comme si il fallait absolument la conjurer en en taisant le nom même !

Il en est de même de la violence dont on ne parle plus que peu lorsque l’on évoque les affaires militaires, alors même que la guerre implique par nature même la violence.

Peut-être faut-il y voir une évolution liée à la définition des missions des armées, celles-ci n’étant plus forcément axées sur la guerre ou la simple défense du territoire mais ouvertes vers des missions nouvelles. Par exemple, la défense européenne n’est pas la défense de l’Europe, celle-ci relevant plus de l’OTAN que de l’Union européenne. Par contre, relèvent clairement de la mission des armées européennes ce que l’on appelle certaines missions non-article 5 ou encore les missions Petersberg : maintien de la paix, rétablissement de la paix, évacuation de ressortissants, missions et interventions humanitaires, ... Ces missions ne sont cependant pas forcément nouvelles pour nos Armées, même si elles n’étaient pas alors prioritaires, la Légion étrangère étant par exemple autant connue pour ses qualités au combat que comme édificatrice de routes ou d’écoles...

Le cœur de la définition des missions actuelles de nos armées est désormais la  paix et non plus la guerre, ce qui impose de nouvelles attitudes, de nouveaux moyens, de nouveaux dimensionnements, et surtout de nouvelles formes de coopération civilo-militaire. Pourtant, la guerre et les violences ne sont pas absentes, loin de là, de nos sociétés contemporaines et de la surface du globe. Sinon quel sens donner par exemple au concept nouveau sur un plan international d’imposition de la paix ?

Toujours est-il que l’on constate depuis 1945 une évolution du vocabulaire : guerre a cédé la place à défense qui tend elle-même à céder la place à action militaire. Un exemple : depuis 1945, le Ministère de la Guerre est devenu Ministère des Armées, puis des Forces armées, puis de l’Armée, puis de la Défense nationale, pour être qualifié depuis 1980 de Ministère de la Défense, comme si l’on voulait exorciser les démons de la guerre. À quand un Ministère de la Paix comme le disait récemment dans un séminaire jeunes de l’IHEDN à Marly-le-Roi le Capitaine de Vaisseau du Vignaux ?

Pourtant, ce n’est pas en ignorant les mots que l’on efface le risque, ce besoin essentiel de l’âme dont parlait Simone Weil (S. Weil, L’enracinement, Gallimard, Paris, 1995, coll. Folio Essais [1° éd. : 1949], page 49). Insistons quelques instants sur le concept de risque. Le risque est partie inhérente de la nature humaine. Le risque est à la fois élément matériel et élément de l'âme, puisque, s'il peut traduire une situation strictement perceptible, il est aussi, comme l'affirmait Simone Weil  l'un des quatorze  besoins essentiels de l'âme, au même titre que l'ordre, la liberté, la responsabilité et la sécurité, autant de principes clés de la prise en compte de l'environnement. D'ailleurs Simone Weil donne une définition générale du risque qui peut être considérée comme l'une des plus précises, car recouvrant l'ensemble des natures du risque (accident/erreur ; matériel/âme) : Le risque est un danger qui provoque une réaction réfléchie ; c’est-à-dire qu’il ne dépasse pas les ressources de l’âme au point de l’écraser sous la peur (S. Weil, op. cit., p. 49). Ainsi, avoir conscience de l'existence ou de l'imminence d'un risque ne signifie pas renoncement, abattement, abandon devant la peur, mais bien au contraire engagement, responsabilité et courage, c'est-à-dire abandon de la fatalité et recherche de réponses à des situations plus ou moins menaçantes pour l'avenir.

De plus, on peut, par l’effacement des mots et de leur sens, confondre la force et la violence qui sont pourtant deux choses distinctes.

Commençons par la violence. Quel point de départ pour définir la violence ? La violence de certains rites primitifs, la violence du quotidien ne l’est qu’à l’aune de l’autre, qu’à celle d’une éthique, éthique non forcément partagée par tous, que ce soit au niveau des droits, des sociétés ou des religions. On ne pourrait peut être définir la violence que par rapport au fond commun du non violent ? La violence n’est pas perçue de la même manière dans le temps, y compris par les mêmes sociétés; on peut ici penser à l’acceptation de l’Inquisition dans la Chrétienté. On peut de même penser à l’approche contemporaine de ce que l’on qualifie désormais d’incivilités, surtout lorsque l’on veut bien se remémorer les niveaux de criminalité et de violence urbaines au début du XX° siècle, pour ne pas remonter au XV° siècle.

La violence s’oppose à la force, même si les deux sont liées. Ainsi, est fort celui qui a la capacité de faire, alors que le violent est celui qui use de cette force pour arriver à son but. Ainsi, il est possible de dire que la violence s’oppose à la force, à laquelle elle est pourtant reliée, de par son externalité - nul ne pouvant à proprement parler se faire violence à lui-même - et de par sa nature de contrariété à l’inclination de la volonté.

Paradoxes... La violence ne doit-elle pas avant tout être pensée en termes d’absolu ? L’absolu n’est-il pas, bien plus que le bien ou le mal - car il y a une violence du bien -, le véritable critère de la violence, et ce d’autant plus quand le sacré s’en mêle, comme trop souvent aujourd’hui ? Comment ne pas penser à Goetz, ce mercenaire qui, chez Sartre, fait le mal avec la foi d’un saint et le bien avec la rage d’un homme de guerre ? L’absolu ou sa recherche n’est-il pas la vraie définition de la violence ? On peut ici penser aux concepts chrétien de guerre sainte ou musulman de jihâd. Ainsi, Al-Djazaïri, fortement influencé par le wahhabisme cependant, a t-il défini en 1964 l’objectif du jihâd comme étant de faire face aux ennemis de la religion et de la Nation, (…), … prohiber toute adoration autre que celle du Seigneur, 5…) répandre la justice et la vertu.

La guerre a quant à elle souvent été conçue comme la matrice de l’histoire, le grec Héraclite d’Éphèse (fin du VII°-début du VI° siècle avant J.-C.) l’ayant par exemple définie comme étant la matrice de toute chose.

Le grand théoricien de la guerre que fut Carl von Clausewitz (1780-1831), reprenant la vision du chinois Shang Yang (IV° siècle avant Jésus-Christ), définissait la guerre comme étant le prolongement de la politique par un autre moyen (C. von Clausewitz, De la guerre, I, 24, Paris, Éditions de Minuit, 1955, page 67), même si il y a divergence entre ces deux auteurs. Pour Clausewitz, la guerre se fonde sur un échec de la politique, alors que pour Shang Yang la politique est l’échec de la guerre. Mais ces deux auteurs sont d’accord pour affirmer que toute stratégie militaire passe par la réussite politique, donc par une vision à et du long terme, ainsi que par la fixation d’un but défini, clair. Sans but politique clair, sans ennemi défini, pas de réussite possible.

Pour Sun Tse, contemporain de Shang Yang, la guerre est vitale pour l’État, car la vie ou la mort des sujets et de l’État lui-même sont en jeu : La guerre est une affaire d’une importance vitale pour l’État, la province de la vie et de la mort, la voie qui mène à la survie ou à l’anéantissement. Il est indispensable de l’étudier à fond (Sun Tse, L'art de la guerre, I, 1, 1).

Là encore, ceci impose une doctrine claire et une vision à long terme, mais aussi une vision proche de la doctrine romaine du Si pax vis para bellum, ce qui impose de ne pas se voiler la face sur certains risques ; à noter que même si on ne sait pas qui a véritablement créé cette maxime, on remarquera que l'on retrouve une expression très voisine dans l'Épitome rei militaris de l'écrivain latin Vegèce. Elle remonte donc au moins au IVème siècle avant Jésus-Christ.Gaston Bouthoul, le père français de la polémologie, devait d’ailleurs remettre cet adage romain au goût du jour en écrivant : Si tu veux la paix, connais la guerre (G. Bouthoul, Traité de polémologie. Sociologie des guerres, Paris, Payot, 1970).

Li Ch’uan, cité par Sun Tse, disait aussi que les armes sont des outils de mauvais augure. La guerre est une affaire sérieuse ; on redoute que les hommes ne s’y engagent sans la réflexion qu’elle mérite (Sun Tse, op. cit., I, 1, 2). Pas de commentaire nécessaire.

Pour en revenir à Clausewitz, la guerre n’est rien d’autre qu’un duel à une plus vaste échelle... Chacun essaie, au moyen de sa force physique, de soumettre l’autre à sa volonté; son dessein immédiat est d’abattre l’adversaire, afin de le rendre incapable de toute résistance. La guerre est donc un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté... La violence, c’est-à-dire la violence physique (car il n’existe pas de violence morale, en dehors des concepts de l’État et de la Loi), est donc le moyen : la fin est d’imposer notre volonté à l’ennemi (C. von Clausewitz, De la guerre, op. cit., I, 2, page 51).

Aucune de ces définitions n’a vieilli, et elles se suffisent à elles mêmes.

Néanmoins, dès que l’on aborde la question de la guerre, on doit se poser la question du sens de l’action militaire. On doit aussi se poser la question du sens des choses « au sens large ». En effet, la guerre, donc la chose militaire, est fondée sur une dialectique de vie et de mort, et il n’y a pas de solutions simples. La seule chose certaine est que la guerre n’est jamais propre, jamais zero killed, jamais sans dommages collatéraux, et que des personnes extérieures au monde militaire y seront toujours frappées, les militaires eux-mêmes devant y payer un lourd tribut.

Il ne faut donc pas faire d’angélisme lorsque l’on parle de la guerre. Il ne faut pas non plus être dualiste ou manichéen. Il ne faut enfin pas sombrer dans l’illusion technologique, laissant croire que les frappes puissent toujours être chirurgicales ou que la machine peut se substituer à l’homme. De ces approches découlent des erreurs, bref des choses contraires à une bonne conduite de la guerre dont le but premier reste, entre nations civilisées, la paix !

Mais, qu’est ce que la paix ? La paix peut être considérée comme étant une situation non conflictuelle supposant, dans des relations individuelles ou collectives, non forcément une bonne entente, mais à tout le moins une absence de litige suffisamment grave pour avoir recours aux armes. La guerre économique peut donc cohabiter avec des situations de paix et même de très bonnes relations, d’alliances solides.... La paix ne se limite donc pas à la simple situation d’un État qui n’est pas en guerre, que cette situation résulte de la conclusion d’un traité de paix ou de la seule prolongation d’un état de non-guerre. La notion de paix doit s’entendre comme étant a priori générale, abstraite et exclusive de conflit, mais non exclusive de crise, de menace, voire même de belligérance ! L’allié fidèle peut se retrouver être un opposant farouche sur un plan économique ou culturel, remettant au goût du jour cet extrait de Richard III, du moins à la condition d’isoler celui-ci de son contexte : Puisses-tu, tant que tu vivras, suspecter tes amis comme des traîtres, et prendre les traîtres les plus profonds pour tes plus chers amis ! (Shakespeare, Richard III, I, 3). Bien y penser lorsque l’on étudie par exemple les relations des Etats-Unis avec le Pakistan ou l’Arabie saoudite…

C’est en se sens que la paix concerne la défense, la chose militaire. Ainsi, le maintien de la paix, acte positif visant à assurer l’absence de litige, semble s’inscrire dans une vision défensive, c’est-à-dire soit d’évitement de la guerre, soit de phase ultime du rétablissement de l’ordre. On pourrait ainsi dire que si la guerre est l’expression ex ante du rétablissement de l’ordre, le maintien de la paix est l’expression ex post de ce même rétablissement de l’ordre.

C’est donc bien la paix qui doit servir de base à la réflexion des nations et des dirigeants civilisés.

La défense est légitimée par la violence qui est injustice. Elle est force. Et la force pose problème ! En effet, prise dans le cadre de l’action militaire, elle peut imposer la crainte par sa démonstration. Elle implique aussi la destruction et la mort, même en dehors de sa démonstration, ce qui pose un problème éthique.  Blaise Pascal  avait bien posé le problème : La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique (B. Pascal, Pensées [V, 298 (numérotation Brunschvicg) - 411 (numérotation Michaud) - I, 5°, 192 (numérotation Lafuma)]), étant par la suite paraphrasé  par Joseph Joubert, qui, né en 1754, mort en 1824, fut entre autres secrétaire  de Diderot  : La justice  sans la force,  et la force  sans justice : malheurs affreux !(J. Joubert, Pensées, titre XV. Des lois, 18).

Aujourd’hui, la vision de Clausewitz selon laquelle la guerre est le prolongement de la politique par d’autres moyens n’est plus soutenable. Cela ne doit cependant pas signifier que l’action militaire ou que la guerre ne doit pas avoir de but politique. Bien au contraire ! Il doit toujours y avoir un but politique sous-tendant l’action, un objectif clair et précis, et ce au risque de se perdre.

À côté de la nécessité d’un objectif politique clair, se pose la question de la définition des seuils d’utilisation de la force, les concepts et schémas actuels n’étant pas forcément adaptés aux situations actuelles, plus caractérisées par des menaces non-étatiques que par des menaces étatiques. Que signifient aujourd’hui les notions de dissuasion du fort au faible, d’équilibre des forces, etc... ? Le dimensionnement des forces est-il adapté ? On peut se poser légitimement la question lorsque l’on assiste à la riposte des États-Unis face aux attentats du 11 septembre dernier, et à leur action en Afghanistan; on a un État surdimensionné pour le combat inter-étatique, mais non véritablement adapté face à un ennemi invisible, et ce malgré la réforme de la Révolution des affaires militaires qui n’a pas véritablement pris en compte les nouveaux risques en toutes leurs dimensions. Or ces nouveaux risques ont été énoncés, notamment par la France dans son Livre Blanc sur la Défense de 1994, mais aussi par les États-Unis eux-mêmes ! Or, la structure et les concepts d’utilisation des forces armées, ainsi que celle des services de renseignement et de la coopération civilo-militaire, ne sont pas forcément en adéquation avec ces nouvelles menaces que sont l’immigration, le trafic de drogues, le blanchiment de capitaux, les risques sur l’environnement, le terrorisme et les extrémismes religieux.

À trop avoir vu le court terme de l’échec soviétique en Afghanistan, à avoir voulu abattre l’URSS et son bloc sans prévoir de substituant notamment en termes de pouvoirs et d’équilibres, on a, comme l’avait dit en son temps monsieur Wolfsee, ancien directeur de la CIA, remplacé un monstre bien identifié et connu par des milliers de petits serpents incontrôlables... On a presque l’impression que les États-Unis se cherchent un peu aujourd’hui en l’absence d’un ennemi ou du moins d’un rival à leur taille !

Ceci est particulièrement patent, comme vient de le rappeler Ignatio Ramonet, lorsque le combat est asymétrique. Les soviétiques se sont cassé les dents en Afghanistan, alors que la guerre du Golfe n’est toujours pas finie, l’Irak restant bombardé quotidiennement. Voilà une guerre que l’on n’a pas su finir. Souvenons-nous aussi des propos de Patton sur la seconde guerre mondiale et de ceux de Mac Arthur sur la Corée ! Une simple démonstration de l’inadéquation en cas de combat dissymétrique se trouve dans l’expérience du Golfe, alors même que Saddam Hussein avait été, pour reprendre les paroles du Général américain Zinni, assez idiot pour accepter le combat symétrique ! Et comment aussi ne pas songer aux interventions américaines en Somalie ou à Grenade, voire même à l’échec tragique de la tentative de libération des otages américains de Téhéran par voie de commandos héliportés !

Se pose donc bien la question de l’adéquation de la défense et de la stratégie à l’adversaire, bref la question de la proportionnalité. Se pose aussi la question du temps et de sa perception. Si les chinois, voire les arabes, ont pu développer de réelles stratégies sur le long terme, dans la durée, c’est parce que le temps n’avait pas la même valeur pour eux que pour les occidentaux. À trop vouloir se soumettre au temps, à trop vouloir le quantifier, on peut en oublier finalement l’impératif du long terme…

En fait, le problème qui est posé est parallèle à celui de la définition des valeurs de la civilisation, et, faute de valeurs véritablement définies, on manque souvent du nécessaire but politique fort, explicite, précis, car l’usage de la force n’est qu’un moyen extraordinaire de règlement des conflits dans notre vision occidentale. De même, la nécessité d’un but politique fort impose de se poser dans le long terme la question des coalitions, des alliances...

Mais ces incohérences de la politique ne sont pas nouvelles. Souvenons nous de la période ayant précédé la seconde guerre mondiale avec les incohérences entre la politique de renonciation face à Hitler, notamment avec la question des Sudètes, la politique des alliances et la stratégie de la Ligne Maginot ! Souvenons-nous de l’enlisement indochinois et de l’interrogation poignante du Général Navarre quant à la définition - ou plutôt l’absence de définition - du but politique de la Guerre d’Indochine. Mais les leçons du passé n’ont pas été retenues. Il suffit de constater l’incohérence de la politique en ex-Yougoslavie de 1992 à 1995, avec des soldats sans force, avec une attitude de franc-tireur de l’Allemagne face à la reconnaissance de la Croatie, avec une attitude états-unienne assez ambiguë. François Mitterand avait dit à propos de Sarajevo : Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre, mais était-ce la bonne solution ?

Enfin, lorsque l’on définit un but politique, il ne faut pas oublier que la légitimité de l’emploi de la force reste liée à l’idée de Nation, du moins lorsque cette dernière est définie comme le faisait Hauriou comme un groupement de population fixé au sol chez qui un lien de parenté spirituelle développe la pensée de l’unité du groupement lui-même. Et en ce sens, il est logique que l’Union européenne cherche à développer en parallèle à son concept de Politique européenne de sécurité et de défense la citoyenneté européenne, fondatrice d’une idée de Nation européenne. Et dire que cette idée serait nouvelle ou briserait les Nations actuelles est faux. Souvenons-nous de la manière dont Isidore de Beja désignait en 769 les troupes de Charles Martel à Poitiers dans sa Chronique : les européens !

Maintenant, il reste constant que trois grands principes doivent présider à toute utilisation de la force militaire : ⑴ pour que la force soit vraiment une force, il faut en premier lieu qu’elle ne soit pas vulnérable. C’est le principe de sûreté. Or, on a vu ce qu’a donné en Bosnie-Herzégovine  l’envoi de soldats sans force : rien de plus idiot et de plus contre-productif ; ⑵ par ailleurs, la force doit clairement prendre le pas sur la violence. C’est le principe d’efficience ; ⑶ et enfin, troisième principe, celui de la liberté d’action sur le terrain, cette liberté n’étant cependant possible que sous l’impérative tutelle d’un objectif politique clair et durable l’encadrant.

La première guerre mondiale a marqué un pas dans la perception de la guerre, même si la prise de conscience réelle de cette influence n’aura finalement été que récente, après analyse de la seconde guerre mondiale. En fait retour en arrière, à certaines conceptions de l’Antiquité, elle aura bouleversé en Occident une vision millénaire, et ce car on y avait oublié l’influence de la révolution industrielle. Les armes étaient autres, ce que beaucoup n’avaient pas compris, malgré les avertissements de Schlieffen. La vision de l’homme était autre, celui-ci étant redevenu une sorte d’objet au service de la Nation ou de l’entreprise et non plus le centre même de la civilisation !

Le XX° siècle aura été paradoxal. Jamais autant d’horreurs n’ont été réalisées, mais jamais aussi l’action humanitaire n’a été aussi développée. Et on assiste même aujourd’hui en Afghanistan à un mélange des deux par les États-Unis qui bombardent, et donc tuent, et lancent des colis alimentaires, donc cherchent à sauver, et ce dans les mêmes missions. Néanmoins, à mélanger les genres, ne risque t-on pas d’échouer à la fois dans les buts de guerre et dans l’aide aux populations ? On aura eu au XX° siècle un sur-droit de la guerre et un surcroît de la violence, avec l’horreur absolue des bombardements de Dresde et de Hambourg que le seul bombardement de Coventry ne peut justifier. Outre que ces bombardements furent des infamies pour la civilisation, mettant les forces alliées au même niveau de barbarie que les nazis, ils furent surtout d’une inutilité opérationnelle évidente, renforçant même le lien de la population allemande à Hitler. D’ailleurs, toute action de bombardement aveugle d’un État dictatorial n’a jamais eu comme effet que le maintien en place du dictateur, voire son renforcement. On en a actuellement la démonstration éclatante avec l’Irak de Saddam Hussein ! C’est pourquoi, toute action militaire doit se faire avec un cadre politique clair, et surtout, en cas d’action extérieure, avec l’appui d’une partie significative de la population du pays où a lieu l’intervention !

Hiroshima aura peut-être été moins absurde au regard de la forme particulière du lien entre l’Empereur et sa population au Japon, au regard de la conception d’alors du zen et du shintô impérial. Mais quel cynisme de l’URSS à Sakhaline ! Néanmoins, l’Occident était à nouveau entré dans l’engrenage infernal de la guerre totale !

Le XX° siècle aura été celui de l’oubli des grands principes de la guerre, de la directive austro-hongroise de 1915 ordonnant l’exécution d’otages en Serbie à la seconde guerre mondiale et à aujourd’hui où les populations deviennent des cibles de la guerre, et ce de la part de toutes les parties en présence, même si les occidentaux, le plus souvent sous la pression de leurs propres opinions publiques restant souvent fidèles malgré tout à leurs valeurs millénaires, cherchent désormais à limiter au maximum ces dérives !

 La guerre est donc horreur, la guerre est donc mal, mais en a t-il toujours été de même ?

Dans le monde antique, le génocide était la norme, mais il était si l’on peut s’exprimer ainsi moins « technique ». C’est la révolution industrielle qui a  institutionnalisé le génocide, alors même que celui-ci était pourtant présent dans toute l’Antiquité. Il suffit de penser à la Guerre des Gaules de Jules César, aux guerres de Josué, à Socrate. Mais la dimension était autre, la primauté revenant alors à la Cité et non pas à l’individu.

La Grèce a été travestie, car si on a laissé paraître les aspects exaltation du patriotisme, de l’héroïsme, du savoir et de la sagesse, on en a occulté les atrocités. On a ainsi souvent passé sous silence ce passage de Diodore rappelant Alexandre le grand passant par les armes les 8.000 défenseurs de Tyr, ces derniers pratiquant pour leur part la « pêche aux hommes » du haut de leurs remparts. De même, on a oublié le massacre des Crotoniates par les Sybarites, massacre pourtant décrit par Strabon. La guerre antique est rude, atroce !

Mais, dans le monde grec, la guerre s’oppose à la simple violence : elle est inséparable de la Cité, Cité où l’individu ne tient qu’une place très restreinte, alors même qu’il n’existe que par elle et pour elle. C’est dans ce cadre civique que le citoyen apprend la guerre, combat, meurt. Même le citoyen mort à la guerre reste au service de la Cité comme porte-parole de la nécessité et de la pérennité de sa Cité. En fait, pour les grecs, la guerre n’existe pas en dehors de la Cité car elle n’a alors plus de sens. Bref, dans le monde grec, la guerre s’efface devant l’idéologie de la guerre autant que devant l’éthique guerrière. Mais le primordial, le seul véritable corps social, le seul véritable « individu », ce n’est pas l’homme : c’est la Cité elle-même !

Et il est utile ici de rappeler la vision qu’avait Aristote du Polèmos. Si Le Politique s’ouvre à la recherche de la meilleure constitution possible, semblant dépendre ainsi d’une problématique platonicienne, cet ouvrage reste cependant une redoutable critique du Des Lois de Platon. Aristote s’oppose ainsi à Platon en ce sens qu’il pense la guerre qu’il conçoit comme une relation dont les parties cherchent à se détruire l’une l’autre, la seule fin étant l’anéantissement ou l’accomplissement. De même, pour cet auteur, la seule alternative à la guerre est la paix - ignorant les concepts actuels de non-guerre ou de non-paix -, basant son analyse sur une analyse de la nature. Aristote en arrive à faire de la guerre et de la paix deux phénomènes naturels institutionnalisés, se posant des questions à leur sujet sans jamais s’interroger sur la guerre elle-même. Il s’est surtout attaché à comprendre pourquoi la guerre est ou n’est pas ou n’a pas à être là, même si la guerre elle-même n’est pas en question.

En fait, la pensée d’Aristote est difficile à saisir en ce sens que la guerre y est à la fois présente et effacée, ni paradoxale, ni scandaleuse, mais simplement naturelle. Aristote permet en fait de prendre une certaine distance à l’égard de la paix et de la guerre, et de les penser autrement, au travers des concepts de liberté et de naturel, non de l’homme mais de la Cité.

De même, la mauvaise foi et la ruse ont toujours été de mise. Par exemple, Hérodote ne blâme pas les soldats de Cléomène à Sepeia (494 avant Jésus-Christ), promettant la paix en échange d’une rançon aux Argiens réfugiés dans un bois pour les massacrer dès qu’ils sortirent de leur cachette. Et comment ne pas penser au Cheval de Troie ? On n’est pas loin de ce verset du Coran selon lequel la guerre est tromperie, et cette tromperie a été de mise jusqu’à ce que l’Église cherche à mettre un peu d’ordre à tout cela. D’ailleurs, les mots « stratagème » et « stratégie » n’ont-ils pas la même racine grecque ?

On pourrait aussi citer les suicides de Massada, ou encore de Corcyre en 427 avant Jésus-Christ. En fait, les œuvres d’Hérodote, de Thucydide, de Xénophon ne sont quasiment que des « catalogues » de tueries, de tromperies, de génocides, d’horreurs !

L’un des grands tournants de l’histoire aura été, quelques siècles après Saint Augustin sur lequel nous reviendrons, la prise de Jérusalem en 1099. Paradoxal, car il y eut massacre. Mais, pour la première fois, il y eut vraiment conscience de faire le mal. Godefroy de Bouillon ne devait-il pas faire repentance de ce mal – ma qu’il n’avait pu totalement juguler, des exactions ayant été commises - dès le lendemain de la chute de la ville. Grande nouveauté : on sait que l’on fait le mal !

Il ne faut pas à ce propos oublier que les Croisades tirent aussi leur motivation de la destruction du Saint-Sépulcre par les musulmans en 1010, ce que l’on tend aujourd’hui à oublier un peu trop facilement. Même si cela ne peut pas justifier à nos yeux les propos d’Urbain II en 1095 lors de ses appels à la Croisade, il faut se remettre dans le contexte de l’époque. L’Empire carolingien s’était effondré, la querelle entre les Papes et les Empereurs battait son comble, les hérésies commençaient à refleurir ! De plus, Satan était à la mode. Le Pape Grégoire ne qualifiait-il pas au milieu du XI° siècle les Évêques résistant à ses ordres - alors même que le dogme de l’infaillibilité pontificale n’existait pas encore - de « Satans », les Conciles d’ « assemblées de Satan », les rois refusant de se soumettre à sa personne de « laquais de Satan et de l’Antéchrist », qualifiant les normands, les milanais, les vénitiens et quelques autres de « prostitués au Diable » ? On n’est pas loin de Khomeiny et du jihâd de certains. Mais on est aussi mille ans dans le passé !

En fait, le Christianisme avait entraîné l’invention de l’homme en tant qu’individu, alors que dans la Cité antique l’homme n’avait pas d’importance, seule la Cité étant importante. Dans l’Antiquité, c’était la Cité qui prévalait, qui se battait, pas l’homme ! Avec le Christianisme, chaque homme a son importance ! Et pour lutter contre les querelles intestines, pour canaliser la force, on forgeât l’idée du chevalier qui devait juguler sa force au risque de se perdre lui-même. On avait dirigé, canalisé tant bien que mal la force de manière positive. la logique était désormais celle du moindre mal, mais d’un moindre mal tenant, malgré quelques débordements, les populations et les faibles hors du combat. Dès lors, la guerre était devenue un moyen licite d’assurer le service du droit par la force dans les relations internationales, mais elle n’autorisait pas tout.

Le XI° siècle aura donc été contrasté, avec certes la Croisade et des violences, mais aussi avec la première invention des Droits de l’homme !

C’est l’oubli de cette position privilégiée de l’homme qui, sous la pression du technicisme et/ou des seuls aspects accumulateurs du capitalisme, sous l’influence de philosophies asservissant l’homme et le soumettant à une entité matérielle - communisme, capitalisme sauvage, nazisme, ... -, fait que la guerre est totale ! C’est l’oubli de l’idée de temps longs qui fait aujourd’hui que la guerre est totale, car à ne pas vouloir voir loin, car à se laisser dominer par des théories fondées sur des cycles ou un quelconque sens de l’histoire, on en oublie l’homme pour le soumettre à une sorte de fatalisme auquel il ne peut rien ! C’est la désespérante soumission au destin des personnages de Wagner, la force du destin de Verdi... L’homme, privé de libre-arbitre, est broyé par sa destinée, que celle-ci soit désormais figurée par la machine, l’argent, la folie religieuse, l’État... Tout est désormais justifiable puisque tout échappe au libre-arbitre individuel, puisque « tout est écrit » et que nul ne peut en réchapper . On en revient à la mort de Socrate ! Et on peut aisément comprendre que certains, tel Nietzsche, se soient laissés tenter par une image de l’Islam confondant fatalisme, soumission absolue avec obéissance...

Le « Tu ne tueras point » du Décalogue semble pourtant s’opposer à la guerre. On peut penser ici aux figures de Saint Maurice et des Légions thébaines, ou encore de Saint Martin. Mais les III° et IV° siècles devaient entraîner une première modification de la vision pacifiste des chrétiens, avec les traumatismes des invasions barbares et de la chute de l’Empire romain d’Occident. Et c’est à cette époque que devait émerger l’immense figure de Saint Augustin d’Hippone qui le premier allait se poser les questions fondamentales pour un chrétien : doit-on se battre ? peut-on se battre ? Avec la théorie de la guerre juste, il devait légitimer l’action militaire, mais il encadrait la guerre, cherchait à défendre la dignité, à limiter les effets les plus néfastes de la violence. Et son œuvre sera prolongée par Saint Thomas d’Aquin - et son célèbre article 40 sur la guerre-, par Vitoria, puis par toute la cohorte des penseurs du droit des gens, nom ancien mais bien plus parlant du droit international public. D’ailleurs, en effaçant le mot gens, n’a t-on pas écarté l’homme ? Ne l’a t-on pas d’une certaine manière retiré de sa place centrale dans les sociétés humaines, au profit de ces dernières, revenant ainsi à l’antique ?

Augustin d’Hippone (354-430), l’Évêque berbère, aura été tout à la fois un philosophe, un mystique et un homme de gouvernement. Son rayonnement sur la pensée occidentale aura été et reste encore aujourd’hui immense. En effet, confronté aux invasions barbares et à la crise de la chute de l’Empire romain d’Occident, il devait jeter les prémisses du jus ad bellum et du jus in bello ; en termes contemporains, on parlerait de droit des conflits armés, droit qui est l'addition du droit de la guerre - ou droit de La Haye - et du droit humanitaire - ou droit de Genève -.

Pour Saint Augustin, qui est ici proche d’Aristote, la guerre est un élément de la nature de l’homme, l’homme porte partout la guerre en lui-même! Il reprendra toujours au fil de son œuvre de multiples exemples de guerres : les guerres puniques, la guerre civile de Marius et de Sulla, celle contre Mythridate... Pour lui,  le christianisme ne condamne pas toute guerre.  Pourtant, il n’en fait jamais l’apologie, la déplorant, estimant qu’il est mieux d’abolir la guerre par un mot, que de tuer des hommes, et d’obtenir la paix par la bonne volonté que par la guerre

Une grande erreur domine pourtant la perception contemporaine de Saint Augustin : il serait un théologien de la guerre ! Or, rien n’est plus faux : il est un théologien de la paix qui, sans rompre avec le passé ni avec la Bible, allait, dans une vision éthique de la paix à ses yeux seule légitime, chercher à poser les limites éthiques de la guerre. Pour Augustin, si le Christianisme ne condamne pas toute guerre, il faut avant tout considérer pourquoi et à qui on fait la guerre, le principal restant que  le but premier de la guerre est la paix ! Pour lui, la guerre est  une plaie, une vraie misère. Pour lui, celui qui n’est pas touché du malheur de la guerre  est d’autant plus malheureux qu’il a perdu tout sens humain. On n’est pas très loin de la conception de Pindare, tout comme l’influence d’Aristote est partiellement visible. En fait, pour Saint Augustin, les guerres sont les grands jeux des démons.

Une autre erreur : Saint Augustin aurait écrit une étude synthétique sur la guerre juste ! Toujours faux. Même si il y a une grande cohérence dans l’étude augustinienne de la guerre, même si la logique et la consistance de sa pensée en la matière sont des évidences, force est de constater que ses réflexions sur la guerre sont éparpillées dans l’ensemble de son œuvre, et pas dans la seule Cité de Dieu. On ne peut ainsi ignorer son Contra Faustum Manicheum (398), ses lettres à Marcellinus (412), à Bonifacius (418) et à Darius (429), ou encore son Sermon 302.

Saint Augustin aura été un tournant décisif dans l’approche chrétienne de la guerre, faisant de la théologie de la paix et de la problématique de la guerre une synthèse des plus cohérentes qui devait marquer la pensée occidentale jusqu’à nos jours. Augustin a défini des directives pratiques par rapport à la guerre, mais seulement dans une vision de paix à préserver. Le problème, comme l’a écrit Monseigneur René Coste, est que l’on s’est trop souvent contenté de (les) reprendre .en les détachant du contexte de la riche et stimulante théologie de la paix qui leur conférait leur véritable signification

Le contexte est celui de l’effondrement de l’Empire romain, celui des invasions barbares, et plus particulièrement de la pression des Vandales. L’Empire a été partagé en 395; les Vandales et les Alains font des incursions en Gaule dès 406, les premiers passant en Espagne en 409, puis en Afrique en 429, à la suite de Genséric; Rome est prise par Alaric en 410, les provinces romaines étant occupées par les Barbares en 425... Il n’existait plus de véritables institutions politiques ou administratives... Le traumatisme intellectuel était énorme avec l’effondrement de tout un système politique et philosophique... Seuls restaient comme “phares” les chefs des Églises, et ces derniers devaient donc trouver une réponse aux agressions, réponses pouvant en apparence sembler contraires à la tradition « pacifiste » des premiers chrétiens. C’est dans ce cadre qu’Augustin - à la suite de quelques autres dont il est l’admirable synthèse - a cherché à développer les conditions éthiques permettant de faire une juste guerre, l’impératif éthique fondamental restant celui de la paix.

On peut retrouver dans son œuvre tout ce qui sera ensuite théorisé comme étant les six conditions de la guerre juste, la similitude avec Cicéron - dont il s’inspire autant que de la Bible - étant remarquable dans certains cas : ⑴ ne pas être l’agresseur ; ⑵ la guerre ne peut être entreprise que par la seule autorité publique, et ne doit en aucun cas être civile, celle-ci étant bien plus pénible que la guerre avec un ennemi ; ⑶ la guerre doit s’appuyer sur un droit moralement certain et avoir une juste cause, le dommage infligé par l’agresseur devant être durable, certain et grave. Il reprend ici l’idée de Cicéron selon lequel la République peut faire la guerre pour son salut ; ⑷ la guerre doit être faite dans une intention droite, c’est-à-dire procurer un bien ou éviter un mal, tout en cherchant la paix sans faire durer la guerre d’une manière inutile ; ⑸ tous les moyens d’éviter la guerre doivent avoir été épuisés, priorité étant donc donnée à la paix, car le soldat doit désirer la paix, la nécessité seule (devant) porter la guerre  ; ⑹ enfin, des conditions sérieuses de succès doivent avoir été réunies, sinon la recherche de la paix est un impératif éthique.

On remarquera que pour Saint Augustin la religion n’est pas une cause juste de guerre, cette vision ne commençant vraiment à émerger qu’au milieu du XI° siècle, et ce même si l’impiété fait guerre à Dieu. Il reprenait ainsi le principe de son maître Ambroise de Milan (340-397) selon lequel l’Église ne conquiert pas avec des armes temporelles les forces qui lui sont opposées, mais avec les armes de l’esprit

Augustin d’Hippone a bien théorisé la guerre juste, mais tout en faisant de la paix l’objectif majeur. La recherche de la paix est le vrai moteur de la pensée augustinienne, seule l’injustice de l’ennemi imposant au sage de faire une juste guerre, la guerre, même juste, causant de la douleur au sage. Néanmoins, de la guerre peut naître du bien puisque par la guerre Dieu corrige les mœurs, éprouve et augmente la vertu, ce à quoi Vauvenargues (1715-1747) répondra que le vice qui fomente la guerre, c’est la vertu du combat

On remarquera que Saint Augustin évoque une autre sorte de guerre : celle de l’homme contre lui-même, la guerre contre les vices, la guerre intérieure et spirituelle de l’esprit et de la chair en nous... C’est pour lui, dans sa vision des deux Cités, la plus pénible car l’on doit y  vaincre des ennemis que nous ne voyons pas ; et le glaive de cette guerre est la parole de Dieu. Est-on si loin des deux sens du jihâd ?

Toujours est-il qu’il y aura eu suite à l’impulsion donnée par Saint Augustin une véritable émergence des notions de jus ad bellum et de jus in bello, notions qui resteront valables en Occident jusqu’au XX° siècle.

L’Âge classique aura peut-être été celui où la plus grande attention fut apportée au respect de la vie humaine lors des combats. Cependant, la raison n’est peut être pas éthique, mais plus prosaïquement économique ! En effet, à cet époque, les armées étaient professionnelles et donc coûteuses, ce qui imposait de les économiser. C’est ainsi que Vauban cherchera avant tout à ce que le combat n’ait jamais lieu, d’où un retour à la guerre de siège, sous des formes cependant différentes de celles de la poliorcétique grecque puisque les populations assiégées sont a priori plus ou moins protégées. Ce sera aussi l’époque de l’émergence de l’idée d’honneurs de la guerre, la seule alternative en étant cependant le « pas de quartier ». Néanmoins, une telle approche restera - sous réserve de l’épisode des guerres du Premier Empire - valable jusqu’à Sedan où l’on trouve encore des prisonniers sur parole.

La « guerre en dentelles » restait une guerre entre armées, une affaire de professionnels, et ce même si les armées vivaient sur le pays. Il y avait malgré tout recherche du moindre mal, recherche d’une certaine protection des populations, malgré les exactions, malgré les famines. Et il est ainsi possible d’opposer la résolution de Louvois qui, comme Louis XIV, ne voulait pas de massacre au Palatinat, au mémorandum de Churchill sur la guerre totale...

Alors, pourquoi notre aujourd’hui de la guerre, et ce même s’il n’y a jamais eu d’Âge d’or de la guerre ? Pourquoi désormais l’oubli d’une certaine éthique de la guerre ? En fait, car se pose toujours l’éternelle question de la cohérence entre la croyance et la situation. En effet, la guerre devient totale dès qu’elle est sacralisée ou dès que ses buts politiques sont sacralisés ! Or, avec le romantisme, la Nation est devenue sacrée ! Ceci était déjà vrai par le passé; pensons aux Cités grecques, aux guerres des hébreux, aux Croisades, aux Conquistadores en Amérique latine. Dans ce dernier cas, la guerre sera justifiée par des motifs sacrés : défendre la vie humaine contre les sacrifices humains, sacrifices d’ailleurs bien moins nombreux que ce que l’on en disait à l’époque; assurer la plénitude de la Chrétienté sur l’univers comme l’affirmait en 1498 le Pape Alexandre VI pour justifier la conquête et le partage entre espagnols et portugais.

Mais la guerre de 1914/1918 est elle aussi sacralisée : Verdun, la Voie sacrée, la canonisation de Jeanne d’Arc, et, au milieu cherchant la paix, Benoît XV, le « Pape boche des français », le « Pape français » des allemands ! Hitler lui-même se sent et se réclame d’une inspiration sacrée ! La guerre est désormais, au travers du mythe de la Nation sacrée, un rite sacré où l’individu s’efface au profit du salut collectif de la Nation ! C’est en cela que de nombreux auteurs antiques sont emplis d’une grande modernité, en leur vision de l’enfermement et de l’effacement de l’individu dans le rite ! Mais Dieu est bien absent de tout cela en fait....

La guerre est totale dès que l’on fait descendre le Ciel sur la terre, car c’est alors l’absolu, c’est alors le salut qui est en jeu, soit bien plus que la vie, que ce salut soit celui de l’homme, ou, bien pire, qu’il soit celui d’une entité : la Nation ! Ce seront les guerres de la Réforme, l’une des trois grandes catastrophes civilisationelles du deuxième millénaire avec la Renaissance et les Lumières... Pendant près de deux siècles, du début du XVI° au début du XVIII°, l’Europe allait connaître une période de guerres quasi ininterrompue, avec ses massacres, ses exactions de tous côtés, au nom de la Foi, au nom de Dieu ! Ces guerres allaient briser beaucoup des liens, des échanges et des solidarités mis en place tout au long du Moyen-Âge. Ces guerres qui opposent pays réformés et pays contre-réformateurs sont sans précédents en Europe tant par leurs enjeux nouveaux - car c’est désormais le Salut qui est en cause - que par leurs échelles. On est désormais très loin des joutes chevaleresques ou des micro-guerres locales où l’entente était toujours possible autour de données non pas spirituelles mais matérielles, le spirituel jouant de plus un rôle  modérateur et non séparateur entre les parties. Avec la Réforme,  toute une civilisation,  toute une vision du monde s’écroule !

On vit depuis, et surtout depuis le triomphe de la mécanisation pendant le première guerre mondiale, sur la seule vision du couple sacralisation/diabolisation, le tout étant lié à l’hypertrophie du sentiment national. 1914/1918, les Balkans en sont les symboles sanglants ! Et là encore, la responsabilité des penseurs, des intellectuels est fondamentale, car dans tous ces cas la pensée  a précédé l’action. L’intellectuel n’est pas toujours en prise directe avec le monde, et l’oubli des réalités humaines est alors dramatique !

La première guerre mondiale a été voulue sacrée - Jeanne d’Arc, le Got mit uns des allemands - malgré l’opposition de Benoît XV. Mais la Révolution française elle-même, malgré ses aspects anti-religieux, ne fut elle pas sacralisée ? Amour sacré de la Patrie chante t-on dans La Marseillaise... C’était dans l’esprit du temps, dans la droite file des Lumières.... Ce fut la vision de Fichte pour qui le Moi collectif de la Nation allemande se substitue au Moi individuel qui n’a dès lors qu’une simple fonction collective !

Saint-Just, l’« Archange de la Révolution » avait de même sacralisé la vérité de l’homme moderne ! Tout son langage était sacré : Malheur à cette nuit qui flétrit mon âme dira t-il à la veille de sa mort ! Ceci était aussi flagrant sous la Convention, et plus encore sous la dictature de Robespierre, la sacralisation de la raison et de la Révolution permettant de justifier la Terreur ! Robespierre ne brûlait-il pas le 8 juin 1794 à l’occasion de la Fête de l’Être suprême le mannequin de l’athéisme des cendres duquel naissait la sagesse ?

La guerre est donc désormais absolue, donc violence absolue, ne respectant rien, et ce car le Ciel trouble la Terre, que ce Ciel soit divin ou celui de Maamon !

Mais cette sacralisation, en dehors même de toute idée de « guerre de Dieu » n’est pas née ex nihilo. Elle est fille de la pensée de Nicolas Machiavel, la vraie clé de la théorie actuelle des conflits, qui écrivait que la fin justifie les moyens. S’il ne créa pas la formule, il aura été le premier à la professer. On en arrive ainsi à Hegel pour lequel par la guerre se conserve la santé éthique des peuples. On en arrive à Carl von Clausewitz, grand admirateur - tout comme Fichte d’ailleurs - de Machiavel, et à sa vision de la guerre totale :  « La guerre est un acte de violence que rien ne doit limiter. »Et on aboutit enfin à Nietzsche pour lequel « la paix n’est que le moyen d’une nouvelle guerre », et selon lequel la guerre et le courage ont plus de grandeur que l’amour du prochain. On est désormais bien loin de Saint Augustin... On est encore plus loin de Pindare, repris par Végèce puis par Érasme dans son Adage 3001,  qui écrivait dans ses Hyporchèmes aux Théliens : Douce chose, la guerre aux inexperts, mais qui l’a éprouvée frémit à son approche en son cœur au plus haut point.

Cette pensée de guerre totale, née de la perte du sentiment religieux auquel se substitue la sacralisation de la Nation - bref de l’effacement de la Cité divine devant la Cité terrestre -, de la fusion de l’individu à cette même Nation, de la mécanisation industrielle aura dominé toute la première guerre mondiale. Ce sera la vision prométhéenne des Lumières dans ses effets les plus pervers. Et le sommet de l’horreur sera atteint pendant la seconde guerre mondiale avec l’Antéchrist Adolf Hitler et ses Harmagedôn que furent Dresde et Hiroshima. La seconde guerre mondiale, ce gigantesque holocauste des civilisations - toutes furent atteintes -, aura été un grand combat eschatologique où le bien et le mal, par delà eux-mêmes, se sont affrontés, le bien lui-même utilisant le mal pour vaincre le mal ! Achèvement complet de la pensée nietzschéenne : Hélas ! Voici que nous devons embrasser le contraire de la vérité, ce n’est qu’à présent que l’erreur devient mensonge ! C’est la 42° Symphonie de Mozart s’opposant à la 7° Symphonie de Beethoven pendant l’agonie de Berlin, l’agonie d’un monde dominé par l’oubli de l’individu fondu dans le corps mystique de la Nation !

Un monde est mort avec la seconde guerre mondiale, le coup de grâce pre mortem ayant été la première guerre mondiale... Et Pie XII nous l’a bien montré avec sa vision du Bambino... Une nouvelle civilisation tend à émerger, mais elle est encore dans les douleurs de son enfantement !

Parmi ces soubresauts, reste encore la sacralisation du bien que l’on croit représenter et la diabolisation de l’autre chez certains, que l’on soit américain ou taliban ! Rien de changé, sinon un recul civilisationnel sans précédent ! Si l’on rajoute que l’on ne voit plus la guerre dans le sens d’un moindre mal ou d’une fin politique mais comme moyen économique... Dès lors le violent est encouragé ! Mais on peut aussi comprendre la réticence de certains à entrer dans ce jeu ! Mais, après ce XX° siècle eschatologique, le XXI° siècle se cherche, et il ne pourra pencher que vers le bien ou que vers le mal ! Non pas fin des temps, non pas fin de l’histoire, mais fin d’un temps et fin d’une histoire !

Le XX° siècle aura été le siècle du génocide massif et industriel même s’il n’aura pas été spécifiquement celui du génocide. Mais il n’y avait jamais eu avant lui cette idée d’industrialisation du génocide et non plus de sa seule planification ! La première guerre mondiale a été l’étape décisive. Le XX° siècle aura été celui de l’horreur, du génocide arménien, des boucheries de Verdun, de l’holocauste nazi, de la violence économique ! Et pourtant, les armes légères tuent toujours bien plus que les armes de destruction massive ou que les armes lourdes ! Guerre, quand tu tiens le cœur de l’homme !

Aujourd’hui le monde est dans les douleurs de son « réenfantement » ! Émergence d’ennemis diffus, recrudescence du religieux, armes nouvelles... D’où le besoin d’une nouvelle philosophie, de nouvelles doctrines de défense et de sécurité, donc de paix !

Mais, à reculer les échéances, à ne voir que le court terme, à ne pas vouloir faire de guerres limitées, à se tromper d’objectifs - comme par exemple en voulant hâter la chute de l’Union soviétique par sa défaite en Afghanistan sans prévoir d’élites de substitution ou en soutenant les musulmans les plus radicaux, Massoud y compris -, on ne pourra qu’arriver à des guerres totales.

Et la sacralisation continue : on brûle le diable Saddam Hussein, comme Khomeiny brûlait le grand Satan américain... Il est nécessaire de redécouvrir un nouvel humanisme, et donc de mieux comprendre le monde, mais cela ne sera possible qu’avec une certaine humilité, qu’avec charité, avec amour, cette « chose » la plus importante selon Saint Paul.

Reste à savoir ce qui fait agir le soldat ? Le fantassin n’est-il pas celui qui le perçoit le mieux car il est celui qui a le moins de distanciation, malgré les armes nouvelles ?

Ou n’est-ce pas plutôt le marin, dans sa solitude collective de la mer ? Dans tous les cas, ce ne sont pas des principes éthérés - malgré la nécessité du rêve, de l’idée de mission incarnée - qui font marcher le soldat à la guerre. C’est l’esprit de corps, celui de solidarité, celui d’équipe, et l’on peut ici réfléchir à l’impact sur la France de la victoire en Coupe du Monde de football en 1998, même si cet élan a été effrité par le France-Algérie de cette année...

Face à la difficulté, face au sort cruel, on trouve la fraternité des armes, cette gigogne, cette identité commune du soldat bien plus verticale qu’horizontale, tous étant solidaires, du chef au plus humble soldat... Au combat, il y a confusion des armes et du cœur, pour reprendre une formule du Général Bachelet ! Les Waffen SS, les bandes des quartiers, les talibans avaient ou ont aussi cet esprit de corps, alors qu’est-ce qui fait la différence ? Eh bien, tout tient aux valeurs, et aux limites données par et à ces valeurs !

C’est pourquoi il est impératif de définir ces valeurs. C’est d’ailleurs ce à quoi se sont attachés les penseurs de la défense européenne, car sans valeurs communes, il ne peut y avoir de défense commune. Mais ces valeurs font-elles rêver ? Ce sont aujourd’hui surtout des intérêts définis dans le cadre atlantique : ⑴ des intérêts vitaux, tous liés à la population et au territoire : la défense stricte du patrimoine, du territoire, des communications; la protection de la vie, de la liberté, des biens et du mode de vie des populations ; ⑵ des intérêts essentiels liés à la sécurité collective - paix et stabilité en Europe - et à l’économie - libre accès à l’espace mondial, garantie de la liberté des échanges, sécurité des approvisionnements et des exportations - ; ⑶ des intérêts généraux, soit un ordre international juste et stable, et aussi les valeurs : démocratie, droits de l’homme, justice, solidarité, pluralisme, garantie d’un système constitutionnel, sûreté juridique, respect du droit, économie de marché ; ⑷ et, depuis peu, et dans une approche strictement européenne, la dimension culturelle, car les européens se sont bien rendus compte que la seule notion d’intérêts communs n’était pas suffisante !

Et quelle place pour les consciences individuelles ? Le soldat n’est en fait que le délégataire de la Nation, communauté humaine ayant une conscience commune, et, sans la conscience de ce lien à la Nation, le soldat n’est qu’un mercenaire ! Mais il faut aussi veiller à ce que ce cadre national soit défini, car la Nation a des risques : ceux du nationalisme et de la xénophobie ! Une certaine idée de l’homme doit donc aussi se trouver à la base de l’action du soldat, et c’est là le sens fédérateur de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité », des devises « Honneur et Patrie », « Valeur et Discipline », de la devise « Legio Patria Nostra », car sans ces liens, sans ces devises, le soldat n’est plus délégataire de la Nation. Mais la devise n’est pas tout - tout comme les droits de l’homme ne sont pas tout - si elle est fracture; elle doit être un lien, une continuité avec des valeurs plus que millénaires, malgré la laïcisation, d’où, forcément, l’émergence de certains rites propres au soldat ! Ce qui est fondamental, c’est plus l’idée de sens de la vie et de l’action que celle de technique, l’être humain étant la base, même si sa conscience individuelle doit se fondre en une conscience collective à l’heure du combat.

L’action militaire, le combat est le révélateur tragique de l’humanité, car la guerre n’est jamais bonne : un moindre mal parfois, mais toujours un mal. La guerre est la situation ultime de la condition humaine, son révélateur ! La guerre est paroxysmique. Elle n’est possible que pour un monde meilleur, et c’est pourquoi la fin ne justifie pas toujours les moyens. Mais comment définir un monde meilleur ? On peut s’interroger lorsque l’on lit les pages d’Al-Djazaïri relative au jihâd... D’où la nécessité d’une exigence éthique prédéfinie, connue et admise ! Il faut donc former les hommes et les femmes, les soldats, y compris à la morale et à la philosophie. Il faut enseigner des valeurs communes qui fassent appel « au cœur et aux tripes » ! Il faut surtout bien ouvrir la Défense à la collectivité nationale - qui n’est pas forcément l’État -, l’Armée n’étant que la délégataire de la Nation, donc maintenir les liens Armée/Nation, l’esprit de Défense, et cela même pour éviter la guerre le plus possible !

La situation actuelle est la fille de la révolution industrielle et de la perte par l’Occident de sa Foi en Dieu et en lui-même, de ses valeurs intrinsèques, et comme le monde a horreur du vide... L’Occident est le seul responsable de sa crise interne et de ses faiblesses ! Mais cette situation est aussi proche en esprit de la fin du XVIII° et du début du XIX° siècle, avec la crise du romantisme favorisant l’émergence du Moi égoïste, du pessimisme, de la subjectivité et de la Nation sacrée ! Et qui mieux que Chateaubriand pour symboliser cette crise de l’homme ? « Je me suis rencontré entre deux siècles », ou encore, dans ses Mémoires d’outre-tombe : « 

>Il n’y a pas d’être à la fois plus chimérique et de plus positif que moi, de plus ardent et de plus glacé. » Oui, notre monde est tiraillé entre ses rêves et ses réalités, entre son ardeur et son égoïsme !

Même l’art devient national au XIX° siècle, fait radicalement nouveau, même la Renaissance ayant laissé libre champ à la diffusion artistique, ce dont il faut lui être gré. L'oeuvre et la vie de Verdi sont là pour en témoigner. Ainsi, Verdi deviendra célèbre grâce au caractère patriotique de Nabucco, les spectateurs lisant en filigrane de l'histoire des Hébreux opprimés par les Assyriens celle de l'Italie occupée par l'Autriche, le célèbre Va pensiero  des Hébreux ayant été voulu comme un hymne à la liberté de l'Italie : « ...O ma patrie si belle que j'ai perdue ! O souvenir si cher et si fatal ! ... » D'ailleurs Verdi devait faire suivre cet opéra par un autre à caractère encore plus patriotique, I Lombardi.  Et que penser de son opéra La Bataille de Legnano qui raconte l'histoire de l'empereur Frédéric Barberousse battu par une ligue lombarde au sein de laquelle sont unies les principales villes italiennes, la répétition générale de l'oeuvre à Rome le 27 janvier 1849 étant saluée aux cris de « Vive Verdi ! Vive l'Italie ! », en réponse au serment des soldats de la Ligue « Vive l'Italie ! Un pacte sacré unit tous vos fils. » Verdi n'expédia t-il pas à Mazzini un hymne, Suona la tromba, avec ces mots : « Pour chanter avec  accompagnement  de canon dans les plaines de Lombardie. » ?

Alors, la solution n’est pas forcément dans des lois, des ordres, des règlements, des directives ! Elle est surtout dans la vision de la civilisation elle-même ! Elle est dans la prévention, dans la précaution ! Elle est dans la confiance en soi ! Elle est dans les valeurs ! Elle est dans l’apprentissage d’une éthique ! Elle est dans l’éducation !

Il faut reconstituer le fond même de l’homme ! Il nous faut, comme le disait Jean-Paul II, retrouver une espérance, retrouver l’espérance ! Il nous faut défendre notre modèle de civilisation et de culture fondé sur l’Amour du prochain, donc sur le respect de l’homme ! Nous devons nager avec espérance, comme le disait... Chateaubriand.… Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité  (1 Co 13, 13)...

Pour conclure, je rappellerai que voici plus de vingt ans Yves Lacoste affirmait que la géopolitique servait d’abord à faire la guerre ! Il en a été longtemps de même avec la philosophie pensée comme justifiant la guerre ! Si ce constat a été une réalité pendant longtemps, il n’est plus totalement exact, car les réponses militaires actuelles ne sont plus applicables à toutes les menaces, la diplomatie préventive devant prendre le pas. Mais il est très difficile de « vendre » aux politiques des conflits qui n’existent pas encore. la diplomatie préventive est difficile à admettre car on ne peut souvent prouver que l’on avait raison que lorsque l’on a échoué. Mais elle a pourtant déjà porté ses fruits, notamment dans les Pays baltes, en Macédoine, et avec le Pacte de Stabilité. Pourquoi donc ne parler que de l’échec yougoslave ou de l’affaire Ben Laden à son sujet ? Mais, s’est-on donné les moyens de répondre à ces crises de manière préventive ? Le rôle nouveau de la philosophie alliée à la géopolitique est de prévoir les conflits potentiels et de proposer des solutions pour leur résolution. Il est en fait nécessaire d’avoir une approche globale et non plus sectorielle, temporelle et non plus limitée; il faut faire des choix et non plus adopter des demies mesures, mais des choix basés sur du concret intégrant toutes les dimensions du monde, donc une vision nouvelle. Et la philosophie peut, de par son abstraction même, aider au concret ! Dernier paradoxe......

 

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Published by Serge Bonnefoi - dans Science politique
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commentaires

Serge Bonnefoi 27/08/2013 19:33





Le Glossaire interarmées des termes et expressions relatifs à l'emploi opérationnel des
forces de septembre 1999 définit :


la guerre comme étant une « lutte armée entre groupes sociaux, et spécialement entre États, considérée comme un phénomène social. Elle se traduit, dans la
zone d’affrontement, par un état de guerre » ;


l'état de guerre comme l'« état juridique qui découle d’une
déclaration de guerre ou d’un ultimatum avec déclaration de guerre conditionnelle. »